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20180410 - Quelle est la nouvelle géopolitique des porte-avions ?

 

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Quelle est la nouvelle géopolitique des porte-avions ?

INFOGRAPHIES - Les porte-avions effectuent un retour en force sur les mers et les océans, des espaces stratégiques où les États projettent plus que jamais leurs ambitions.

1 - Pourquoi les porte-avions sont-ils redevenus à la mode ?

Trop lourds, trop lents, trop chers… et de plus en plus vulnérables aux armes modernes développées contre eux par certains pays. L'époque, qui fait de la rapidité une condition du succès et de la sobriété économique une vertu, n'était a priori pas favorable aux porte-avions. On assiste pourtant aujourd'hui à leur plus grande envolée depuis la Seconde Guerre mondiale. «Un temps considéré comme une capacité d'appoint, le porte-avions redevient un atout majeur des grandes marines», explique Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l'Institut Thomas More, à l'occasion d'un séminaire organisé sur la question avec le partenariat du Centre d'études stratégiques de la marine. Les États-Unis, qui dominent ce marché en l'écrasant et qui possèdent la seule marine capable de déployer un groupe aéronaval sur n'importe quel océan du globe, ont inauguré leur onzième bâtiment, le USS Gerald Ford. Après avoir un temps décroché, la Grande-Bretagne effectue, avec le Queen Elizabeth et le Prince de Galles, son grand retour dans le club très fermé des puissances dotées de porte-avions. L'Espagne, l'Italie, l'Australie, le Japon possèdent aussi des porte-aéronefs. Les pays occidentaux, qui ont en partie puisé leur force stratégique dans leur capacité à dominer les mers, ne sont plus les seuls à investir. À l'heure du basculement des rapports de puissance mondiaux, toutes les marines ambitieuses en sont dotées ou prévoient de l'être. La Chine, la Russie, l'Inde: les puissances émergentes ou ré-émergentes misent de plus en plus dans cet outil de projection de puissance. «Parmi les nouveaux venus, on compte des acteurs violents et d'autres qui ne respectent pas les relations internationales», s'inquiète l'amiral Coldefy, directeur de la revue Défense nationale, dans ce même colloque. Depuis plusieurs années, la mer est redevenue un lieu privilégié des postures de force, où les États cherchent à s'étendre au-delà de leurs côtes. Pour la première fois depuis la guerre, un porte-avions américain a fait escale, en avril 2017, dans le port de Danang au Vietnam. Les groupes navals chinois et les sous-marins russes s'aventurent désormais jusqu'en Méditerranée, où ils frôlent les côtes européennes.

2 - À quoi sert un porte-avions au XXIE siècle ?

Pour une marine nationale, le porte-avions et son Groupe aéronaval (GAN) changent la donne. Sa puissance de feu donne une capacité d'entrer en premier dans un conflit. Sa mobilité permet d'assurer à la fois la maîtrise de la mer et l'action contre la terre. Le porte-avions offre aussi au pouvoir politique la capacité d'agir sans dépendre des contraintes diplomatiques et logistiques. «100 000 tonnes de diplomatie», disait de lui le diplomate américain Henry Kissinger. «Le porte-avions est un outil de puissance politique, de suprématie navale et de supériorité aérienne qui assure à la nation détentrice d'être partie prenante du règlement d'une crise ou d'un conflit et de disposer des moyens d'imposer sa volonté», résume Jean-Sylvestre Mongrenier. Des avantages particulièrement prisés au moment où la compétition stratégique pour la maîtrise des espaces maritimes se durcit et oppose les «puissances conservatrices», historiques et installées, aux «puissances perturbatrices», émergentes. La remilitarisation à grande vitesse des océans et les rivalités qu'elle entraîne menacent parfois de créer des conflits ouverts. «Nous assistons peut-être au début d'un moment critique dans les relations internationales, d'une montée aux extrêmes comme disait Clausewitz», analyse Jean-Thomas Lesueur au séminaire de l'Institut Thomas More. Dans ce nouveau contexte, le porte-avions et son GAN offrent un avantage certain aux marines nationales. «Il ne remplace pas le combat à terre mais fournit un socle géostratégique indépendant», complète l'amiral Coldefy. Il est aussi un gage d'indépendance. «Dans l'histoire, même vos plus proches alliés ne vous soutiennent pas toujours en cas de crise», rappelle l'amiral britannique Keith Blount, faisant référence à la défection de son pays en Syrie, après le franchissement de la ligne rouge chimique par le régime en août 2013. Le retrait britannique, entraînant celui des États-Unis, avait contraint la France à renoncer à son expédition punitive contre Damas.

3 - Les porte-avions chinois représentent-ils une menace ?

Depuis plusieurs années, les tensions sont récurrentes en mer de Chine méridionale, où Pékin et Hanoï se disputent les îles Spratleys et Paracels. L'immense Chine, dont l'ombre menaçante s'étend sur tous les voisins, tisse un collier de perles jusqu'à l'océan Indien en installant partout des avant-postes et des bases opérationnelles. La Chine participe au retour du combat en mer en coulant un bateau de pêche vietnamien, en commandant des vedettes blindées, en consacrant des sommes toujours plus importantes au développement et à la modernisation de sa marine nationale.

Pékin a entamé la construction du troisième des quatre ou six porte-avions qu'elle ambitionne de fabriquer. Elle dépense aussi des centaines de millions de dollars pour développer des missiles anti-porte-avions, destinés à éloigner la marine américaine, qui, depuis le revirement stratégique vers l'Asie de Barack Obama, se fait de plus en plus visible. Mais la menace n'est pas uniquement dirigée contre les États-Unis. Elle concerne tous les pays de la région, et notamment le Japon, la Corée du Sud et Taïwan. Elle inquiète aussi les pays européens, qui constatent une augmentation de la présence de la marine chinoise dans ses mers.

4 - Que signifie la montée en puissance de la marine russe ?

De la crise syrienne à l'annexion de la Crimée, la marine russe est au cœur d'une série d'événements qui l'ont remise à l'honneur, après la dégringolade qui avait accompagné la chute de l'URSS. Vecteur de puissance et d'influence, la marine est cajolée par Vladimir Poutine, qui veut redonner à la Russie, grâce à son armée, son statut d'acteur mondial de premier plan et prendre sa revanche sur l'Occident, le vainqueur de la guerre froide. La nouvelle version de la doctrine navale revendique le statut de «grande puissance maritime». Dans ce projet, l'Amiral Kouznetsov est, avec les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, l'un des principaux éléments de prestige de l'armée.

En Syrie, la Russie s'est appuyée sur son unique porte-avions pour revenir en force en Méditerranée orientale et au Levant. Son déploiement en grande pompe, en 2016, a permis au Kremlin de mettre en scène sa volonté de puissance. Ajouté aux dénis d'accès organisés par les systèmes anti-aériens russes, il a aussi lancé un signal aux Occidentaux: Moscou veut avoir son mot à dire sur le dossier syrien. Peu importe finalement que les performances méditerranéennes du Kouznetsov aient été décevantes. La marine russe entend bien en tirer les leçons. Moscou a aussi annoncé son intention de monter en gamme après la retraite du Kouznetsov. Elle rêve d'un bâtiment qui, avec ses 100.000 tonnes, rivaliserait avec les porte-avions américains. «La Russie veut se montrer et veut continuer à avoir son mot à dire en Méditerranée. Mais tout cela aura un coût, car elle n'a pas les moyens de remplacer le Kouznetsov» commente Alexandre Sheldon-Duplaix, chercheur au Service historique de la Défense.

5- La France a-t-elle besoin d'un second porte-avions ?

Tous les conflits géopolitiques dans lesquels la France a été impliquée depuis plusieurs années ont démontré la valeur stratégique du Charles-de-Gaulle. De l'Afghanistan au golfe Arabo-Persique en passant par la Libye et le Levant, sa puissance de feu a permis à la France d'accroître son influence dans les alliances auxquelles elle a participé. Mais depuis le retrait du Foch en 2000, l'unique porte-avions français ne permet plus à la France d'assurer la permanence à la mer, en raison des périodes fréquentes et prolongées de maintenance. Les marins s'en disent persuadés: si le Charles-de-Gaulle devait ne pas avoir de successeur au moment de sa retraite, à l'horizon 2040, la France verrait son autonomie politique et stratégique réduite. «Elle serait déclassée sur les places diplomatiques et militaires. Sa voix ne porterait plus. Les conséquences se feraient aussi ressentir sur le rôle de l'Europe et des nations occidentales dans le monde», prévient Jean-Sylvestre Mongrenier.

Pour répondre à la montée en puissance de marines de guerre qui n'appartiennent pas à la sphère occidentale, les marins militent aujourd'hui pour que la France se dote d'un second porte-avions. «Nos pays doivent se réarmer avec des outils adaptés», explique Jean-Thomas Lesueur. Deuxième puissance maritime mondiale grâce à ses restes d'empire, la France a la capacité de rayonner sur toutes les mers du globe. Reste à savoir si elle en a les moyens financiers.