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20171211-Coopération structurée permanente et défense de l’Europe : un modèle confédéral.

20171211-Coopération structurée permanente

et défense de l’Europe : un modèle confédéral.

Ce 11 décembre 2017, vingt-trois Etats membres de l’Union européenne lanceront une Coopération structurée permanente (CSP) en matière de défense. Après un an de négociations, sur la base d’un « papier » présenté en septembre 2016 par les ministres français et allemand de la Défense, ces pays sont parvenus à un accord le 13 novembre dernier. Ce jour, l’ensemble des gouvernements de l’Union européenne, à l’exception du britannique et de quatre autres, s’engagera à mutualiser une partie de leurs moyens et capacités afin d’accroître leur effort militaire commun.

Le contexte géopolitique pressant – une conjonction de menaces aux frontières sud et est, sur fond de terrorisme islamique, aggravée par les incertitudes du « Brexit » -, a conduit à enfin activer un dispositif juridico-institutionnel prévu par le traité de Lisbonne, signé dix ans plus tôt. La CSP doit être comprise comme l’opportunité d’établir une coopération approfondie en matière de défense à l’intérieur du cadre de l’Union européenne. Il faut ici souligner le rôle clef de Jean-Yves Le Drian, depuis nommé ministre des Affaires étrangères, et d’Ursula Von der Leyen, en charge de la Défense à Berlin, dans ce processus.

L’idée primitive d’un « noyau dur »

En effet, la France et l’Allemagne occupent une place centrale dans la vision d’une Europe à plusieurs vitesses, organisée autour d’un « noyau dur ». L’idée date de près d’un quart de siècle, lorsque deux députés chrétiens-démocrates allemands, Karl Lamers etWolfgang Schäuble, introduisirent le concept de « Kerneuropa » (Europe-noyau), en 1994. Trois ans plus tard, le traité d’Amsterdam (1997) rendait possible des « coopérations renforcées », mais pas dans le domaine de la défense. C’est le traité de Lisbonne, avec la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC), qui étend ce mécanisme. Pourtant, l’idée d’un axe Paris-Berlin, agissant au cœur de l’Union européenne, n’est pas partagée par les deux capitales, les visions ne coïncidant pas sur le plan de la défense. 

Prompte à s’engager militairement sur des théâtres extérieurs, la France voulait une CSP ambitieuse, i.e. tout autant capable de manœuvrer des crises que de dynamiser l’industrie d’armement. L’objectif français demeure l’autonomie stratégique de l’Europe, ce qui suppose la capacité d’évaluer les situations, celle de commander les opérationscommunes et d’agir en propre. Aussi la France aurait-elle préféré que la CSP regroupe seulement un petit nombre d’Etats volontaires, ce qui est cohérent avec le projet d’une Europe à plusieurs vitesses et l’ambition d’en être le leader militaire.

De son côté, l’Allemagne nourrit une vision large et « inclusive » de la CSP. Cela peut s’expliquer par son plus grand engagement dans les problématiques continentales et le souci de stabiliser l’Europe entière, alors que le révisionnisme géopolitique russe menace l’ordre de sécurité issu de la fin de la Guerre Froide. Berlin a pleinement conscience des enjeux dans la Mitteleuropa, entre Baltique et mer Noire, et considère l’Union comme un Commonwealth paneuropéen dont il fautimpérativement préserver la cohésion d’ensemble. Les autorités prennent donc en compte le refus des paysd’Europe centrale et orientale d’être traités comme des Etatsde seconde zone. Rappelons ici le ralliement du gouvernement polonais à la CSP, sans que ce dernier investisse pour autant de grands espoirs dans la défense européenne.

La justesse de l’analyse concernant la situation politique de l’Europe a conduit Berlin à refuser un projet volontariste et artificiel qui, en prétendant forcer le réel, conduirait à aggraver les lignes de partage au sein de l’Union. Avec une assise géopolitique aussi large, c’est assurément une vision paneuropéenne de la CSP qui prévaudrace lundi 11 décembre. En d’autres termes, le cadre de coopération militaire de l’Europe sera plus confédéral que fédéral, une invitation à redécouvrir les idées du comte Richard Coudenhove-Kalergi et de Monseigneur Otto de Habsbourg-Lorraine.

Une coopération élargie et « inclusive »

Au total, les contours de la CSP se précisent. La finalité d’ensemble consiste en trois objectifs étroitement solidaires : améliorer la capacité des forces armées européennes à s’engager, en augmentant les investissements militaires et en conduisant des programmes d’équipement communs. Aussi la CSP constituera-t-elle le mécanisme d’une « Europe des capacités » censée redresser la situation militaire sur le continent. Ironiquement, ce modèle n’est guère éloigné des conceptions britanniques.

Renouant avec une rhétorique usée, Federica Mogherini a déclaréque le  « vrai problème n’est pas combien nous dépensons, mais le fait que nous dépensions de manière dispersée » (Bruxelles, 13 novembre 2017). De fait, une plus grande coopération permettrait d’éliminer nombre de duplications inutiles, mais que l’on prenne garde de ne pas négliger l’effort financier à produire, une question clairement abordée dans le projet. Une CSP réussie ne consistera pas à mutualiser les déficits capacitaires, pour faire moins ensemble, mais à combler les lacunes et à relever la garde (cf. Institut Thomas More, Les Européens, combien de divisions ? Notede Benchmarking n°19, mai 2017).

Enfin, le vote du « Brexit » et ses conséquences sur le plan de la sécurité ne peuvent être ignorés. Si cette décision constitue une erreur majeure dans la présente configuration géopolitique, le Royaume-Uni ne peut tout simplement pas s’abstraire de l’Europe géographique. Puissance militaire de premier plan, membre de l’OTAN, il est aux avant-postes de la défense de l’Europe. Aussi les Britanniques doivent-ils être étroitement associés à la PSDC, et non pas se voir offrir un simple strapontin.

Sitôt réglées les questions préalables au « Brexit », ce qui semble en bonne voie, il conviendra donc d’élaborer unaccord de défense et de sécurité, épine dorsale d’un grand partenariat géopolitique euro-britannique. La chose est plus importante et vitale encore que la négociation d’un futur traité de libre-échange. A tous égards, la voie de la raison est celle d’un « soft Brexit ».

Liée à Londres par les accords de Lancaster House (2010), la France devrait pousser dans cette direction. Son statut et son rôle de puissance mondiale dépendent autant de son alliance avec le Royaume-Uni que de la relation multiforme avec l’Allemagne. L’enjeu consiste à tenir les frontières européennes et à stabiliser le continent, afin de pouvoir projeter forces et puissance dans l’environnement proche comme sur l’Océan mondial.

Jean-Sylvestre Mongrenier

Chercheur à l’Institut Français de Géopolitique (Paris VIII)

Chercheur associé à l’Institut Thomas More