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Cycle d'études 2013-2014 - les travaux des pôles - Arras - Quel sera le rôle de l'Union européenne et de la France en Asie du Sud-Est en 2050 ?

Cycle d'études 2013-20104 - les travaux des pôles - Arras - Quel sera le rôle de l'Union européenne et de la France en Asie du Sud-Est en 2050 ?

 

P L A N

I)- GUERRE IMPROBABLE EN ASIE-PACIFIQUE

A)-Improbable mais pas impossible

B)-Improbable car déraisonnable

II)-DEUX SCENARII OPPOSES ET PEU CREDIBLES

A)-Les conséquences du statu quo sur nos partenaires de l'Asie du Sud-Est

a)-Forces et faiblesses d'une France « puissance-moyenne »

b)-Forces et faiblesses de l'Union européenne actuelle

B)-Les conséquences d'une « Europe-puissance » sur l'Asie du Sud-Est

a)-Les atouts d'une Europe-puissance

b)-Un idéal peu vraisemblable

III)-LE SCENARIO DE L'EUROLAND

A)-L'Euroland « noyau dur » de l'Union européenne

a)-Les prémices de l'Euroland

b)-La création de l'Euroland

B)-Les organisations régionales de l'Asie du Sud-Est et l'Euroland

a)-Les organisations régionales de l'Asie du Sud-Est

b)-La proximité de l'Euroland et de l'ASEAN

C)-L'influence de l'Euroland en Asie du Sud-Est

Politique, économique,militaire, culturelle et humanitaire

LISTE DES MEMBRES DE LA COMMISSION

Emilie ACQUISTAPACE
Jean-Pierre ARRIGNON Président
Christian BERQUIER
Robert CARPENTIER
Gilbert COMBES
Pierre-Yves DAMBRINE
Alain DUBOIS
Pierre FARDEL
Michel HALLENDER
Loïc LEMOINE
Albert LEBRUN
Gérard MASCLET Vice président
André MERVAUX
Franci MONTECOT
Christophe PAYEN
Jacques RONFORT
Jean-Pierre ROUSSEL
Jean VITTE

 

En cette première décennie du XXIème siècle la mondialisation d'une part, et les revers militaires de l'hyperpuissance américaine d'autre part, ont contribué à l'éclosion d'un monde multipolaire où les pays émergents prennent une place de plus en plus importante.
Sous l'impulsion de l'Empire du milieu, devenu en quart de siècle, la 2ème puissance économique de la planète derrière l'Union européenne, un basculement des priorités vers l'Asie-Pacifique est en cours. Priorité commerciale, puisque cet espace constituera 50% des échanges mondiaux dans les trente années avenir, priorité militaire pour les Etats-unis puisque la Chine cache de moins en moins sa volonté de leur ravir le leadership en Asie.
Les revendications territoriales de Pékin en mer de Chine exacerbent les tensions avec le Japon, la Corée du Sud, les Philippines et le Vietnam, et justifient la stratégie américaine dite du « pivot ». Celle-ci consiste à rééquilibrer l'action des Etats-Unis vers l'Asie-Pacifique, en vue de maintenir à terme sa puissance au premier rang mondial face au développement de celle de la Chine.
Dans cet espace géographique, l'Asie du Sud-Est tient une place stratégique. En effet, composé de onze Etats -le Cambodge, le Laos, le Vietnam, le Myanmar, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour, l'Indonésie, les Philippines, Brunei et le Timor Oriental – elle est le carrefour maritime entre l'océan Indien, l'océan Pacifique et la mer de Chine méridionale. L'Asie du Sud-Est contrôle tous les points clés de ces axes maritimes par les détroits de Malacca, de Batavia, de Lombok et de Macassar. En outre elle devrait passer de 613 millions d'habitants en 2013 à près d'un milliard en 2050. Cette augmentation démographique est à mettre parallèle avec les perspectives économiques pleines de promesses de pays tels que le Vietnam voire la Birmanie qui complèteront le dynamisme de l'Indonésie ou de la cité-Etat de Singapour.
C'est à la lumière de ces différents facteurs qu'il convient de s'interroger sur le rôle que joueront la France et l'Union européenne en 2050 en Asie du Sud-Est. La réponse à cette question est d'autant plus complexe que les deux organisations régionales, représentatives de ces Etats occidentaux ou asiatiques, ne présentent pas les mêmes perspectives de développement à terme. En effet, si l'ANASE (Association des Nations de l'Asie du Sud-Est) englobe quasiment toute l'Asie du Sud-Est, à l'exception du Timor Oriental, il n'en va pas de même de l'Union européenne qui ne regroupe que 28 des 49 Etats composant l'Europe géographique.
Imaginer le rôle de la France et de l'Union européenne dans cette partie du monde en 2050, suppose, au préalable, d'envisager l'alternative la plus probable entre la paix ou la guerre en Asie de l'Est. Notre groupe arrageois ne pense pas, que les prétentions territoriales chinoises en mer de Chine méridionale, puissent conduire à un conflit majeur dans les trente ans avenir. Ni paix ni guerre mais des tensions, entre

les deux grands -Chine et Etats-Unis- pour le leadership dans le Pacifique, qui auront
nécessairement des répercussions sur les ambitions de la France et de l'Union européenne en Asie du Sud-Est. Ces répercussions seront fonction du scénario retenu sur le devenir de l' Europe, dés lors qu'il paraît acquis, après les craintes d'implosion émises au plus fort de la crise, que la dynamique d'élargissement va continuer fondé sur un soft power que la crise ukrainienne actuelle met sous les feux de l'actualité.
Trois scénarii sont envisageables : de faible, de moyenne ou de forte intensité. Le scénario de faible intensité, c'est-à-dire du statu quo intergouvernemental actuel de l'Union, obligera la France à intensifier et élargir ses accords bilatéraux de « partenariats stratégiques » avec les pays d'Asie du Sud-Est. Le scénario d'intensité moyenne d'une zone euro transformée en une fédération d'Etats-nations, suffisamment intégrée pour constituer une « Europe puissance », capable d'être un acteur majeur en Asie du Sud-Est et de contribuer à la pérennisation d'un monde réellement multipolaire dont l'ANASE serait également un des pôles. Le scénario de forte intensité, c'est-à-dire de la transformation des 28 en « Etats-Unis d'Europe », demeure illusoire à l'horizon 2050. L'affaire Snowden démontre crûment l'attitude de cheval de Troie des britanniques à l'intérieur de l'Union au profit des Etats-Unis, et la question centrafricaine illustre pitoyablement le manque de solidarité des pays membres.
L'improbabilité, d'une part d'une guerre en Asie-Pacifique (I) et d'autre part de deux scénarii d'évolution de l'Union européenne (II), permet de privilégier l'hypothèse d'un « Euroland » (III) actif en Asie du Sud-Est.

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I)-GUERRE IMPROBABLE EN ASIE-PACIFIQUE

Selon Thucydide les motifs de la guerre sont l'honneur, la crainte et l'intérêt. L'intérêt actuel de la Chine est de récupérer des îlots en mer de Chine méridionale pour élargir sa zone économique exclusive et ainsi exploiter ses ressources énergétiques prometteuses et ses ressources halieutiques. L'honneur c'est de montrer sa puissance retrouvée à ceux qui l'ont humiliée à la fin du XIXème siècle (les puissances occidentales) et pendant la première moitié du XXème (le Japon). La crainte c'est celle qu'inspirent les Etats-Unis et ses alliés du Pacifique. Mais c'est aussi celle du Japon face à la Chine.
L'honneur et l'intérêt peuvent-ils conduire l'Empire du milieu à risquer l'apocalypse ? C'est fortement improbable car déraisonnable.

A)-Improbable mais pas impossible

L'exemple de la première guerre mondiale est à méditer. Le traité de Francfort, signé le 10 mai 1871, sanctionna durement la défaite française et sera l'une des causes de la guerre de 1914. Néanmoins, sur le plan des échanges extérieurs, la guerre de 1870 n'empêcha pas l'essor du commerce entre les deux pays, facilité par l'accord de

libre-échange signé en 1862 entre la France et le Zollverein : l'Allemagne devint en 1913 le deuxième fournisseur de la France (derrière la Grande-Bretagne), pour un montant égal à 12,7% des importations totales (contre 9% en 1873), et le troisième client (derrière la Grande-Bretagne et la Belgique), avec 12,3% du total des exportations françaises.
Mais par ailleurs, en 1905 déjà, les deux puissances se sont livrées à propos du Maroc à une partie de bras de fer dont les enjeux dépassaient le cadre de ce pays convoité, en proie à une véritable anarchie « féodale ». Ce sont des considérations de prestige, et le désir de saisir au vol une occasion de perturber la toute récente Entente cordiale franco-anglaise, qui inclinèrent Berlin au « coup d'Agadir » en 1911 (envoie de la canonnière allemande Panther devant le port du sud-marocain d'Agadir). La guerre fut évitée de justesse, l'Allemagne acceptant finalement que la France étende son emprise sur le Maroc, en recevant en échange une partie du Congo.
L'accumulation de tensions, de rancoeurs, de conflits d'intérêts, débouchait sur un climat d'agressivité qui rendait la paix de plus en plus fragile. Le désir d'en découdre ne résita pas aux effets des alliances militaires après l'attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914.
Aujourd'hui c'est, selon Martin Wolf, « Xi Jinping dans les pas du Kaiser ». « La décision chinoise de créer en mer de Chine orientale une « zone d'identification de défense aérienne » incluant des îles inhabitées actuellement sous contôle japonais (appelées Senkaku par le Japon et Diaoyu par Pékin) constitue une provocation.
Ni le Japon ni la Corée du Sud ne reconnaissent la nouvelle zone. Les Etats-Unis, qui ne l'ont pas reconnue non plus, sont contraints par un traité à défendre le Japon en cas de conflit. Comme nous l'a appris l'attentat de Sarajevo, des évènements apparemment mineurs peuvent vite prendre des proportions catastrophiques. Certes une telle issue est loin d'être inévitable. Mais elle n'a rien d'impossible.
Pourtant les avantages que Pékin pourrait tirer du contrôle de quelques îlots inhabités semblent de peu de poids face aux risques que cela peut lui faire courir. Les experts militaires estiment qu'en cas de confrontation ouverte, la Chine aurait le dessous et ce, pour plusieurs raisons.D'abord elle n'est pas encore au niveau de l'économie américaine, et a fortiori, de celui du Japon et des Etats-Unis réunis. Ensuite, et surtout, parce que les Etats-Unis ont le contrôle des mers. Si un conflit ouvert devait éclater, ils seraient en mesure d'interrompre les échanges entre la Chine et le reste du monde. Ils pourraient également immobiliser une bonne partie des actifs liquides de la Chine à l'étranger. Or la Chine, pauvre en ressources, dépend des importations pour nombre de matières premières essentielles. Un conflit inciterait de nombreuses entreprises japonaises et occidentales de se retirer de la Chine. Les réserves en devises de l'Empire du milieu, qui équivalent à 40% de son PIB, sont par définition détenues à l'étranger. Le risque couru par la Chine serait énorme. Mais aucun bénéfice ne semblait non plus justifier le désastre de la première guerre mondiale ».


B)-Improbable car déraisonnable

Si économiquement les risques décrits précédemment sont considérables, militairement ils sont déraisonnables. En effet la Chine pourrait se retrouver face à un front uni constitué par les Etats-Unis et leurs alliés rejoints par l'Inde et les pays d'Asie du Sud-Est.
Les Etats-Unis en survolant le 25 novembre 2013, la « zone de défense aérienne » proclamée par la Chine deux jours plus tôt, avec deux bombardiers B52 sans signalement préalable aux autorités chinoises, ont envoyé une réponse claire de puissance. Les Américains sont déterminés à défendre leurs alliances dans cette région (Japon, Corée du Sud, Philippines...).
La multiplication des incidents en mer de Chine résulte d'une mauvaise appréciation de la réalité du rapport de force.
-La crise économique de 2008 a renforcé la confiance du régime de l'Empire du milieu, persuadé du caractère définitif du retrait américain de l'espace asiatique. Après l'annonce de la stratégie du « pivot », les Chinois ont voulu se rassurer en soulignant l'impossibilité par les Etats-Unis de se dégager d'un théâtre moyen-oriental
en crise. Mais Washington a fait son choix. Les réticenses américaines en Syrie, la volonté d'apaiser les tensions avec l'Iran s'expliquent aussi par la volonté de dégager des moyens au bénéfice d'un théâtre asiatique instable. A ce titre, la Russie a été un partenaire de circonstance des Américains sur le chimique syrien et le nucléaire iranien, car Moscou craint l'ascension chinoise sur ses marches sibériennes.
Les Etats-Unis comptent plus que jamais sur leur système d'alliance du « hub and spoke » (noyau et rayons), lequel s'appuie sur le Japon, la Corée du Sud, l'Australie, les Philippines et la Thaïlande. En Asie de l'Est le Japon demeure l'allié clé puisque d'une part -le détroit de Taïwan constitue un « objectif stratégique commun », et d'autre part l'Empire du soleil levant contrôle avec la Corée du Sud le détroit de Corée qui donne accès à la mer jaune. L'Australie, quant à elle, reste la pierre angulaire de la politique étrangère et de défense des Etats-Unis dans le Pacifique Sud. La base américaine de Danwin en Australie permet aux Américains d'avoir un meilleur contrôle sur les voies maritimes autour de l'Indonésie et des Philippines ainsi qu'un accès direct à l'océan indien.
-En revendiquant les îles Senkaku contrôlées par le Japon, les récifs Scarborough contrôlés par les Philippines, les îles Spratels disputées également par Brunei, la Malaisie, les Philippines, Taïwan et le Vietnam, et enfin en contrôlant les îles Paracel revendiquées par le Vietnam, la Chine contribuent naturellement au rapprochement des Pays d'Asie du Sud-Est avec les Etats-Unis. Or sur ces dossiers les Chinois font tout pour que les disputes soient maintenues au niveau bilatéral. Une coalition des pays de l'ANASE (ou ASEAN en anglais) présenterait deux inconvénients majeurs : d'une part un frein aux exportations chinoises et, d'autre part, le problème des détroits, véritable vérou vers la mer de Chine méridionale.
-La défaite de l'Inde face à la Chine en 1962 dans la guerre à propos du tracé de la
frontière himalayenne a laissé des traces. L'Inde ressent le syndrome de l'encerclement puisque d'une part, la Chine soutien son ennemi historique le Pakistan

et d'autre part, elle implante des bases navales ou des ports au nom poétique de « collier de perles » dans son voisinage immédiat (Pakistan, Sri Lanka, Maldives, Bangladesh, Birmanie). C'est dans ce contexte qu'est intervenue la révision de la doctrine militaire engagée par l'armée indienne. Les stratèges militaires ont affiné la doctrine du « double front », euphémisme désignant le double péril présenté par le Pakistan et la Chine. Les chefs de l'armée indienne veulent pouvoir mener simultanément des offensives sur leur frontière occidentale, théâtre historique de la rivalité avec le Pakistan, mais aussi dans le nord himalayen, où les contentieux territoriaux avec la Chine (Ladakh, Arunachal Pradesh) ont gagné en gravité tout au long de l'année 2009. Le glissement stratégique indien, illustré par une hausse de 29% des dépenses militaires pour l'année 2009-2010) avait déjà été décodé par Pékin.

II)-DEUX SCENARII OPPOSES ET PEU CREDIBLES

Croire que l'Union européenne et la France, figées dans leur statut actuel, pourront peser dans les affaires du monde en 2050 alors que les Etats continents auront pris toute leur place sur le nouvel échiquier international, ou au contraire, imaginer que l'Europe des 28 sera devenue un pays fédéral à l'américaine, relève du voeu pieux. Interrogeons nous néanmoins sur les conséquences, que ces deux hypothèses pourraient avoir dans nos rapports avec les pays du Sud-Est asiatique.

A)-Les conséquences du statu quo sur nos partenaires de l'Asie du Sud-Est

S'interroger sur les conséquences revient à évaluer nos atouts et nos fragilités.

a)-Forces et faiblesses d'une France « puissance moyenne » :

Si l'Union européenne demeure ce qu'elle est actuellement, c'est-à-dire essentiellement un grand marché unique, la France jouera en 2050 en Asie du Sud-Est le rôle d'une puissance moyenne, possèdant la 2ème zone économique exclusive du monde après les Etats-Unis, avec une présence dans l'océan Indien et ses bases dans l'océan Pacifique pour assurer la sécurité des routes maritimes qu'elle emprunte.
Elle fera fructifier au mieux ses atouts dans les domaines politique, économique, culturel et de la sécurité à travers des accords bilatéraux.
-Politiquement , elle pourra faire valoir son rôle de nation moteur dans l'Union européenne, son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, sa place de vieille démocratie et son expertise dans l'Etat de droit.
-Economiquement, elle renforcera ses liens avec l'ANASE d'une manière générale et, plus particulièrement avec certains de ses membres tels que la


Malaisie,l'IndonésieSingapour (2ème port du monde après Shanghaï), le Laos, avec lesquels elle a d'ores et déjà des échanges importants. Elle profitera de ses liens historiques avec les pays indochinois notamment le Vietnam.
-Culturellement elle s'appuiera sur la francophonie dont sont membres trois pays de l'ASEAN à savoir le Cambodge, le Laos et le Vietnam. La Thaïlande y participe en tant qu'observateur. En 2013, l'UNESCO classe la France en 3ème place des destinations privilégiées des étudiants étrangers, derrière les Etats-Unis et le Royaume Uni (289274 étudiants étrangers entre 2012 et 2013). Certes, un étudiant étranger sur deux vient du continent africain. Il nous revient d'attirer également ceux du Sud-est asiatique qui deviendront les ambassadeurs de notre savoir faire.
-Dans le domaine de la sécurité la France pourra faire valoir son expertise dans l'armement maritime puisqu'elle dispose d'un format complet en la matière.
Mais la France devra aussi corriger ses faiblesses. Au plan économique, en parvenant à baisser drastiquement sa dette souveraine. Au plan militaire elle devra s'interroger sur la pertinence de la préconisation du livre blanc de la défense publié en 2008, c'est-à-dire de « diminuer et rationaliser les dispositifs militaires en Polynésie française, aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie » alors que les Etats-Unis renforcent leur présence dans cette zone. Il lui faudra, alors que l'Europe désarme, poursuivre son partenariat avec l'armée britannique (à l'image des accords de Lancaster-House) seule défense encore crédible avec celle de la France au sein de l'Union européenne.

b)-Forces et faiblesses de l'Union européenne actuelle

A ce jour l'Union européenne demeure toujours « un géant économique et un nain politique ».
-Géant économique, l'Union européenne est le 2ème partenaire commercial de l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), après la Chine. En 2011, le commerce des biens et services entre ces deux entités s'élevait à plus de 206 milliards d'euros. L'UE est de loin le plus gros investisseur dans l'ASEAN. Les entreprises de l'Union ont investi près de 9,1 milliards d'euros par an en moyenne de 2000 à 2009. Les échanges de biens et services sont en augmentation puisqu'ils sont passées de 167
milliards d'euros en 2010 à 208,6 en 2012. Les négociations finales pour un accord de libre-échange entre Singapour et l'UE ont été achevées en décembre 2012. L'Union
négocie des accords de libre-échange avec la Malaisie, le Vietnam et la Thaïlande.
Le 27 avril 2012 l'UE et l'ANASE ont avalisé un plan d'action ambitieux, pour 2013-2017, visant à renforcer la coopération dans les domaines de la politique et de la sécurité, de commerce et des investissements. L'évolution diplomatique récente en Birmanie a ouvert la voie à des relations plus étroites entre les deux organisations régionales.
-Nain politique pour plusieurs raisons : des institutions lourdes, une diplomatie ambryonnaire, des Européens toujours aussi divisés en matière de défense.
Pour les peuples européens et, a fortiori, pour les partenaires extérieurs, l'Union européenne apparaît, pour reprendre un bon mot Winston Churchill en 1939 au sujet de l'URSS, « comme un rébus enveloppé de mystère au sein d'une énigme ». Qui dirige l'Union ? Depuis le traité de Lisbonne, outre la présidence semestrielle tournante, un président du Conseil européen est élu pour deux ans et demi. Le fonctionnement de l'Union apparaît incohérent, dans la mesure où les instruments de son action extérieure sont divisés entre plusieurs organes et procédures distinctes : la coopération au développement, devenu un outil stratégique majeur, est du domaine de la Commission ; la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) sont les prérogatives du Conseil. Les procédures de fonctionnement sont communautaires dans le premier cas, intergouvernementales dans le second.
Au plan militaire l'UE est toujours cantonnée aux missions de Petersberg , à la "stratégie d'escales" et le dernier Conseil européen, des 19 et 20 décembre 2013 à Bruxelles portant sur la défense, a souligné les divisions entre Etats membres. Le Royaume-Uni, a redit qu'il ne voulait pas d'Europe de la défense. Quant à l'Allemagne, elle rechigne à s'engager sur le terrain.
Malgré les 200 milliards d'euros investis par les pays de l'Union dans leur défense, il n'y a pas d'Europe puissance car pas d'interopérablité. La majeure partie des pays de

l'Union sont membres de l'OTAN et se reposent sur la puissance américaine. Or, dans les périodes de tensions, comme actuellement en Asie-Pacifique, les pays du Sud-Est asiatique ont besoin d'être rassurés par un allié fiable militairement. Le pivot américain rapprochera nécessairement les Etats-Unis des Etats membres de l'ASEAN, au détriment de la Vieille Europe déjà trop préoccupée à combler dans l'OTAN les moyens que les Américains vont basculer en Asie-Pacifique.

B)-Les conséquences d'une « Europe-puissance » sur l'Asie du Sud-Est :

Même si les avantages d'une Europe-puissance pour les pays l'Union européenne,
pour ceux du Sud-Est asiatique et, plus globalement pour le monde, apparaissent évidents, force est de constater que cette perspective s'apparente plus à la recherche du Graal qu'autre chose.

a)-Les atouts d'une Europe-puissance

500 millions d'habitants, liés par les mêmes valeurs à savoir l'Etat de droit, la démocratie, le respect des droits de l'Homme, rassemblés dans un Etat fédéral agrégeant les 28 Etats de l'Union européenne à l'instar des Etats-Unis, sécurisés par une défense indépendante et puissante, constitueraient le fer de lance de la multipolarité. En effet, selon Mr Dominique de Villepin, «  l'Europe-puissance éviterait, d'ouvrir la voie à la « Chimérique », un duopole économique chino-américain, ou d'encourager les logiques de blocs,comme avec la Russie qui restaure son ancienne zone d'influence. Dans ce monde dangereux, ce pôle de puissance européen serait capable d'organiser un vaste espace de sécurité, de prospérité et de stabilité.L'Europe aurait vocation à contribuer au règlement des crises comme médiatrice et comme actrice d'une nouvelle gouvernance mondiale. Elle pourrait promouvoir la stabilité financière, en assignant un rôle accru à l'euro face à la prééminence du dollar ».
Actuellement, grâce aux frégates des Etats de l'Union européenne qui collaborent dans le cadre de l'opération européenne « Atlanta », les attaques des pirates sur les côtes somaliennes ont chuté de 95%. C'est la démonstration de l'intérêt de la mutualisation des moyens. L'Europe-puissance serait en mesure d'investir davantage dans la sécurité maritime, notamment dans l'océan indien et la mer rouge, permettant aux pays du Sud-Est asiatique d'intensifier leurs échanges avec l'UE, l'Afrique, le Moyen-Orient et, par conséquent, de diminuer leur dépendance au marché chinois. Déjà, tous les pays de l'ASEAN, à l'exception des Philippines, ont la Chine comme partenaire numéro un. Mr Xi Jinping, s'adressant au parlement indonésien le 3 octobre 2013, a promis que le montant des échanges commerciaux de la Chine avec l'ASEAN devraient monter à 1000 milliards de dollars d'ici 2020. C'est à la fois une aubaine et une menace. Une aubaine pour le développement et la croissance de cette

région, mais aussi une menace d'une plus grande dépendance.
La France et la Grande-Bretagne seraient en mesure de jouer un rôle déterminant dans cette Europe-puissance. D'une part parce ces deux pays demeurent les deux armées les plus crédibles de l'Union, lesquelles pourraient être les figures de proue d'une défense européenne intégrée ; d'autre part parce qu'ils disposent d'un soft power efficace fondé sur le Commonwealth (dont sont membres Brunei, la Malaisie et Singapour) et la francophonie (déjà évoquée).
Toutefois tous les signaux actuels contredisent cette espérance rationnelle d'une Europe-puissance.

b)-Un idéal peu vraisemblable

L'inexistence d'un peuple européen, l'absence d'une langue commune, l'attachement de la nation à la souveraineté de son pays (attachement exacerbé dans les ex-pays de l'Est soumis à l'URSS pendant près de 60 ans), le déficit démocratique dans l'Union européenne tout entière accaparée par une élite technocratique, le désaccord fondamental sur la défense de l'Europe, la politique d'élargissement sont autant de facteurs défavorables à une Europe puissance des 28.
Les exemples des relations de voisinage démontrent les clivages entre une Europe du Nord tournée vers l'Est, privilégiant le partenariat oriental, et une Europe du Sud, regardant les rivages méditerranéens, favorable au projet de l'Union pour la Méditerranée.
Les difficultés des peuples à communiquer et à se comprendre, faute d'une langue commune, ne permettent pas d'envisager à court terme des élections pour des candidats européens plutôt que pour des nationaux siègeant dans les institutions de l'Union.
La montée des partis eurosceptiques voire nationalistes, favorisée par les difficultés dues à la crise, jette une lumière crue sur les égoïsme nationaux.
Paradoxalement les élargissements, -permettant à de nouveaux membres d'adhérer à l'Union européenne et ainsi d'accroître sa démographie-, si elles démontrent la puissance du soft power européen, elles éloignent toujours plus l'idée de gouvernance fédérale et, par la même toute avancée vers une Europe-puissance.
L'idée de défense européenne s'apparente à un serpent de mer. Le tableau est affligeant. Dans la guerre de libye, le constat a été celui d'une Europe divisée ; seuls la Belgique, le Royaume-Uni, l'Italie, le Danemark ont couru les mêmes risques que la France. Au Mali, la France a engagé seule l'opération « Serval » devant l'urgence absolue qui dictait l'action. Bien qu'il s'agissait de détruire un sanctuaire terroriste, agissant sous couvert du djihad global prôné par Al-Qaida ayant déjà frappé à Madrid et à Londres de manière spectaculaire, aucune troupe européenne n'est venue en soutien de nos soldats. En République Centrafricaine, malgré le risque d'un génocide à la rwandaise, une fois encore la France est seule.Mme Ashton n'a pas jugé opportun de dépécher en RCA un « battle group » européen (ces groupes tactiques de 1500 soldats dont un est constamment de permanence).Cet outil militaire multinational, opérationnel depuis 2007, n'a jamais servi. Les Français se sentent donc bien

seuls.Les Anglais, en plein débat sur la sortie de l'Europe, regardent vers le grand large. Les Allemands regardent vers le passé pour ne rien faire. Et les Européens refusent de payer pour les interventions françaises, coupant toujours plus leurs budgets de défense (1,7% du PIB contre 4,4% aux Etats-Unis), mettant qui plus est en danger leur savoir-faire technologique.

III)-LE SCENARIO DE L'EUROLAND

Afin de lutter contre un certain immobilisme de l'Union européenne, dont la gouvernance est de plus en plus décriée et jugée inefficace, le projet d'une eurozone intégrée, fer de lance de l'Union, semble la meilleure solution. L'Euroland sera plus écoutée des organisations régionales des pays de l'Asie du Sud-est et verra son influence renforcée dans cette partie du monde.

A)-L'Euroland « noyau dur » de l'Union européenne

La création de la monnaie unique a changé la donne au sein de l'Europe des 28. Sous la pression des membres fondateurs, et surtout de la crise économique et financière, la création de l'Euroland, fédération d'Etats-nations, est de plus en plus préconisée.

a)-Les prémices de l'Euroland :

En 1991 le traité de Maastricht, en créant la banque centrale européenne et la monnaie unique, a mis en place les fondations de l'Eurozone concrétisées par la mise en circulation de l'euro en 2012. La crise existentielle de l'euro, consécutive à celle des dettes souveraines des Etats utilisant la monnaie unique, a enclenché une dynamique de réformes renforçant l'intégration des 18 membres. D'abord en 2012 étaient signés deux traités : l'un sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), dont le Royaume-Uni s'est exclu, l'autre instaurant le mécanisme européen de stabilité (MES) destiné à faire face à la crise de la dette en Europe. Ensuite, en 2013, l'accord sur l'union bancaire, transfèrait au niveau européen des instruments de politique publique, tels que la supervision des banques au contrôle de la BCE, la résolution des crises (en faisant payer les créancier et les banques elles-mêmes), la garantie des dépôts sans faire appel aux contribuables. Enfin la banque centrale européenne renforçait ses pouvoirs sous l'implusion de son président. Pour faire face à la crise, Mr Draghi a réussi à faire assouplir la position des allemands : fin 2011, la BCE a accordé un prêt massif aux banques de 1000 milliards d'euros (LTRO) pour qu'elles prêtent à leur tour à l'économie ; mi-2012, la BCE a décidé le rachat des emprunts d'Etat sur le marché, pour un montant illimité, afin de faire taire la spéculation et stopper l'envolée des taux d'intérêt des pays en difficultés ; décembre

2013, la BCE est devenue le gendarme du secteur bancaire. En outre, deux faits marquants sont intervenus en Allemagne en ce début d'année 2014. D'une part, le discours sur le plan militaire et diplomatique : « l'Allemagne n'est pas une île », « si l'emploi de la force militaire doit rester l'ultima ratio -l'Allemagne est trop grande pour se limiter à commenter les évènements ». D'autre part, le 7 février 2014, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a émis des doutes sur la légalité du programme d'achat de dette publique (OMT) de la BCE, mais elle a finalement renvoyé la décision à la Cour de justice européenne (CJE). C'est la première fois de son histoire, que la plus haute juridiction allemande se tourne ainsi vers la justice communautaire.

b)-La création de l'Euroland :

Cette création résultera de plusieurs facteurs.
-Des facteurs négatifs d'abord. En premier lieu, le Parlement européen de 2014 va ouvrir sa porte aux forces anti-européennes (FN, eurosceptiques,etc..), ce qui n'est pas en faveur de plus d'Europe. En second lieu, la Commision, à qui les Européens reprochent de vouloir s'occuper de tout, d'être une bureaucratie lourde et peu efficace, d'agir en catimini, de violer la démocratie nationale par des transferts de compétences vers Bruxelles, est discréditée.
-Des facteurs positifs ensuite. D'une part la BCE élargira, au fur et à mesure son mandat statutaire, actuellement limité à la préservation de la stabilité monétaire, et se souciera aussi de la lutte contre le chômage, du développement économique, et deviendra, à l'instar de la FED, prêteur en dernier ressort de l'Euroland. D'autre part les Etats de la zone euro se trouvent le dos au mur. Il n'y a pas d'alternative au sauvetage de l'euro. Si les pays en crise sortaient de l'euro, le taux d'intérêt de leurs obligations connaîtrait une envolée stratosphérique entraînant certains Etats dans la faillite. Donc par les contraintes économiques, les gouvernements des membres de la zone euro mettront en place les fondements sur lesquels l'euro aurait dû être créé. Le mouvement est en cours. Contrairement à la Commission, les Etats jouissent d'une légitimité démocratique nationale irréprochable qui leur confère une légitimité d'action au niveau européen. Un collectif d'intellectuels français, dont le professeur au Collège de France Pierre Rosanvallon, préconise l'institution d'une Chambre parlementaire de la zone euro fondée sur la réunion d'une partie des députés des Parlements nationaux. Selon ce collectif, c'est « la seule formule permettant d'avancer vers l'union politique ». « Il est impossible de déposséder complètement les Parlements nationaux de leur pouvoir de voter l'impôt. C'est au contraire en s'appuyant sur les souverainetés parlementaires nationales que l'on peut bâtir une souveraineté parlementaire européenne partagée ». Dans ce schéma l'Union européenne comportera deux chambres : le Parlement européen actuel des 28 pays et la Chambre européenne de l'Euroland. L'Euroland aura ainsi vocation à exercer une représentation externe économique, diplomatique et de défense.
L'Union européenne à 28, dont la raison d'être ne disparaît pas (notamment son soft power par les élargissements), cohabitera avec la communauté politique de

l'euro. Mais, les Etats qui font le choix souverain de ne pas partager la monnaie commune devront en assumer toutes les conséquences.

B)-Les organisations régionales de l'Asie du Sud-est et l'Euroland

Parmi les organisations régionales de l'Asie du Sud-est, l'ASEAN est celle qui sera la plus proche de l'Euroland.

a)-Les organisations régionales de l'Asie du Sud-est :

Trois méritent d'être évoquées : la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique, l'Association des Nations de l'Asie du Sud-est (ANASE) et l'ANASE+3.

1)-La Coopération économique pour l'Asie-Pacifique

Plus connue sous son terme anglais « Asia-Pacific Economic Coopération » ou APEC, cette organisation est un forum économique intergouvernemental visant à faciliter la croissance économique, la coopération, les échanges et l'investissement de la région Asie-Pacifique. Ce forum regroupe les Etats ayant une façade maritime ou un accès à l'océan Pacifique. L'APEC constitue un ensemble hétéroclite composé de nations membres de l'OTAN (Etats-Unis et Canada), de l'Organisation de coopération de Shanghaï (Chine et Russie), d'Etats du système d'alliances militaires Asie-Pacifique des Etats-Unis (Australie, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon, Philippines et Thaïlande), de sept membres de l'ASEAN ou ANASE (Brunei, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam) et enfin, de quelques autres nations notamment d'Amérique du Sud tels que le Chili ou le Pérou.
L'APEC représente plus du tiers de la population de la planète, approximativement 60% du PIB du monde et 47% du commerce mondial. Depuis sa création en 1989, l'APEC a travaillé pour réduire les tarifs et autres entraves aux échanges commerciaux de cette région.
A la différence de l'Union européenne ou d'autres organisations économiques multilatérales, l'APEC n'exige pas de ses participants un engagement par traité.

2)-Association des Nations de l'Asie du Sud-est (ANASE) :

Fréquemment appelée « Association of Southeast Asian Nations » (ASEAN), cette entité est une communauté économique régionale qui regroupe dix des onze Etats de l'Asie du Sud-est. L'ASEAN est une organisation politique, économique et culturelle. Elle a été fondée en 1967 par cinq pays fondateurs (les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande) pour faire barrage aux mouvements communistes, développer la croissance et le développement, et assurer la stabilité de la région. En 1971, la déclaration de Kuala Lumpur proclame la région neutre et indépendante vis-à-vis des puissances extérieures.
Fin 1978, le Vietnam envahit le Cambodge des Khmers rouges. Cette occupation

durera dix ans. Les pays membres de l'ASEAN passent par l'organisation ASEAN qui signe un accord, consistant à isoler le Vietnam tout en lui offant la possibilité de négocier pour retirer ses troupes du Cambodge. L'opposition commune à l'occupation du Vietnam permet aux membres de l'ASEAN de consolider leurs liens politiques et, ainsi, l'ASEAN acquiert une stature et une crédibilité dans la communauté internationale. A la fin de la guerre froide en Asie du Sud-est, qui peut être datée à 1989 lorsque l'armée vietnamienne se retire du Cambodge, l'ASEAN va évoluer.
En 1992 les pays de l'ASEAN instaurent une zone de libre échange dont le but est d'augmenter les investissements de la région et poursuivre la libéralisation des économies des Etats membres. La crise de 1997 accélère le processus et l'accord est signé en 2002. Il diminue radicalement les barrières douanières.

3)-L'ASEAN+3

L'ASEAN plus Trois (APT) regoupe les pays de l'ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud.
Depuis 1997, à tous les sommets de l'ASEAN, l'APT se rencontrent pour établir des positions communes en vue de la réunion Asie-Europe.
En 2001, la Chine a lancé l'initiative pour établir une zone de libre échange entre elle et l'ASEAN. A la fin des années 2000, les pays de l'ASEAN réalisaient plus de 50% de leur commerce extérieur avec l'ASEAN+3, ce qui représente un niveau d'intégration supérieur à celui de l'ALENA.

b)-La proximité de l'Euroland et de l'ASEAN

Avec quelques décalages dans le temps, la convergence d'évolution entre l'Asie du Sud-est et l'Europe mérite d'être soulignée. L'instabilité, la démarche, les oppositions entre pays fondateurs et les nouveaux arrivants, le rôle des crises économiques et financières sont des éléments que l'on partage.
-L'instabilité d'abord : Aujourd'hui les observateurs constatent cette instabilité parmi certains membres de l'ASEAN. La Birmanie sort progressivement d'une dictature militaire, et l'évolution démocratique demeure hypothétique malgré le charisme de Mme Aung San Suu Kyi. En thaïlande la crise politique, entre les monarchistes et conservateurs -dits les jaunes- d'une part, et les partisans du chef de gouvernement -les chemises rouges- d'autre part, menace l'économie. Au Cambodge, le premier ministre a réprimé dans le sang les manifestations des ouvriers du textile.
Toutefois n'oublions pas que l'Europe est sortie de cette instabilité relativement récemment. En effet, la Grèce, le Portugal et l'Espagne en ont fini avec leurs dictatures qu'au milieu des années 1970. En Europe centrale et orientale c'est la chute du bloc soviétique en 1991 qui va conduire les dix pays, libérés du joug communiste,vers leur adhésion à l'Union européenne en 2004. L'éclatement de la Yougoslavie va générer des conflits dans les Balkans en Serbie, en Slovénie, en Bosnie et en Croatie. Et quid de l'Ukraine aujourd'hui ?
-La démarche ensuite : Pour éviter un nouveau conflit fratricide, après les tragédies

des deux guerres mondiales, six pays créent la Communauté européenne du charbon et de l'acier en 1951, première pierre de l'édifice qui conduira à l'Union européenne.
En miroir, afin de faire barrage aux communistes, développer la croissance, le développement et assurer la stabilité dans la région, les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande fondent l'ASEAN en 1967.
De la même manière que l'Union européenne, qui s'est étoffée au fil des années par des élargissements successifs, l'ASEAN s'est ouverte en 1995 au Vietnam, en 1997 au Laos et la Birmanie, en 1999 au Cambodge.
-Les problèmes et les divisions entre pays fondateurs et nouveaux membres enfin :
Dans l'ASEAN les pays fondateurs sont en parties des démocraties (Thaïlande, Philippines, Indonésie), sont plus riches et veulent accélérer l'intégration. Les nouveaux arrivants sont parfois autoritaires (Birmanie, Vietnam), plus pauvres, et souhaitent le statu quo dans les institutions. Ils préfèrent que l'accent soit mis sur l'aide et l'assistance et non sur le commerce. Ces nouveaux membres désirent que soit maintenue la politique de non ingérence.
Dans l'Union européenne les pays fondateurs, progressivement, avancent vers plus d'intégration (accords de Schengen, monnaie unique) alors que les autres, ne voient que les avantages du marché unique (Royaume-Uni) ou les bénéfices des fonds structurels (pays d'Europe centrale et orientale).
-En outre, les crises économiques et financières poussent aux réformes :
La crise économique asiatique de 1997 a montré l'incapacité de l'ASEAN à la régler. Mais cette crise a convaincu les pays membres d'améliorer la coopération financière et monétaire. Cela leur a permis de faire face aux turbulences de 2008.
La crise économique et financière, consécutive à la faillite de Lehman Brother's,
a provoqué un tsunami en Occident. Elle a mis au grand jour les dettes souveraines abyssales de certains Etats de la zone euro, tel que la Grèce, et a contraint à des réformes structurelles importantes (déjà évoquées supra).
En conclusion, cette convergence d'évolution est un facteur de compréhension mutuelle et donc de rapprochement. Rapprochement d'autant plus aisé, que l'ASEAN ne peut plus guère s'ouvrir qu'au Timor oriental d'une part, et que l'Euroland, instruit des inconvénients des élargissement qui minent la gouvernance de l'UE et du précédent grec, veillera avec beaucoup plus de rigueur à accueillir tout nouveau postulant d'autre part.

C)-L'influence de l'Euroland en Asie du Sud-est

Cette influence s'exercera à cinq niveaux: politique, économique, militaire , culturel et humanitaire.
-Au niveau politique cette ossature européenne solide rapprochera l'ANASE du Vieux continent, dans une volonté commune de bâtir un monde multipolaire réel face à la Chine et aux Etats-Unis. Elle consolidera les démocraties actuelles d'Asie du Sud-est et aidera à l'émergence de nouvelles, par exemple en Birmanie ou au Vietnam. Par son expérience de l'Etat de droit, elle influencera pour faire reculer la grande corruption dans certains Etats, comme l'Indonésie.

-Au plan économique, cette fédération d'Etats-nations favorisera les fusions de majors nationales, afin de constituer des grands groupes européens ayant une taille critique pour concurrencer les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Corée du Sud dans un marché de près d'un milliards d'habitants en 2050. La BCE, devenue une véritable FED, c'est-à-dire ayant conquis le statut de prêteur en dernier ressort, et par conséquent capable d'influencer le cours de l'euro, renforcera la confiance dans la monnaie unique. Celle-ci amplifiera son rôle de monnaie de change internationale concurrençant le yuan et le dollar. Cela permettra aux pays du Sud-est asiatique de ne pas rester captifs face au yuan et au dollar et dynamisera encore la place financière de Singapour. L'union bancaire, devenue réalité dans l'Euroland, accroîtra encore le poids de la BCE qui sera l'instrument de la stabilité financière de l'eurozone.
-Au plan militaire, pour compenser l'affaiblissement de l'OTAN consécutif au « pivôt » américain vers l'Asie-Pacifique, une véritable défense européenne sera créée dans l'Euroland. Dans un contexte de maritimisation, dûe à la mondialisation et l'explosion des échanges maritimes, de la course aux armements en Asie-Pacifique, l'Euroland sera à même de répondre à ces défis. Enfin libéré des pays de l'Union européenne réfractaires à toute défense européenne autonome (tels que le Royaume-Uni, ou la Suède) l'Euroland permettra une meilleure interopérabilité des matériels des armées de l'eurozone, imposera un commandement unique au sein d'un Etat-major fédéré, affectera un budget fédéral à un ministre de la défense de l'Euroland. L'Euroland profitera de la position stratégique des bases navales françaises pour les faire monter en puissance : d'une part à la Réunion, cœur du triangle chino-indiano-africain, d'autre part, en Nouvelle Calédonie ouverture vers l'Indonésie et les Philippines Cette transformation profonde, voire cette révolution copernicienne, donnera à cette fédération d'Etats-nations une indépendance d'action en Asie du Sud-est et en fera un acteur stratégique reconnu, au même titre que les deux rivaux de l'Asie-Pacifique. La défense de l'Euroland dépassera les missions de Petersberg, pour être capable de prendre les responsabilités d'une Europe-puissance.
-Au plan culturel, les liens historiques tissés au fil des siècles entre pays du Vieux continent et ceux du Sud-est asiatique (Le Portugal au Timor oriental qui devrait intégrer l'ASEAN en 2015, la France dans les pays d'Indochine, les Pays-Bas en Indonésie) seront en mesure de renforcer l'assise de l'Euroland dans cette région du monde. Ainsi le nombre de visas, actuellement, a été multipliés par vingt pour que les Indonésiens apprennent le français, confortant ainsi une influence réelle déjà exercée par la France grâce à la francophonie en Asie du Sud-est.
-Au plan humanitaire l'Euroland pourra être un soutien important des Etats de l'ASEAN. En effet, le PIB mondial va évoluer au gré du changement climatique. Or l'Euroland ne sera guère touché alors que le Cambodge, les Philippines, le Vietnam, l'Indonésie, la Thaïlande sont classés  à haut risque.

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Le rôle de la France et de l'Union européenne en Asie du Sud-est en 2050 sera fonction de trois éléments. D'abord, de la survenance ou non d'un conflit majeur entre la Chine et les Etats-Unis en Asie-Pacifique. Ensuite du scénario d'évolution choisi pour l'Europe. Enfin de l'inféodation ou pas de l'ASEAN à l'Empire du milieu.
L'émergence d'un Euroland-puissance apparaît comme la seule possibilité, de rapprochement significatif des Etats de la zone euro avec ceux de l'Asie du Sud-est. Les pays de l'ASEAN ont besoin d'un partenaire de confiance, susceptible de leur apporter son expertise, pour parvenir à plus de stabilité intérieure. Mais ils recherchent également un pôle, doté d'une puissance militaire suffisante, leur évitant d'être vassalisés par la Chine ou les Etats-Unis. L'Euroland c'est une troisième voie...

 

 

 

 

 

DOCUMENTATION

-Manuel
La guerre du Péloponnèse Thucydide

-Revues
Diplomatie n°55 Mars-Avril 2012
Manière de voir n° 129 Juin-Juillet 2013
Défense n°158 Septembre-Octobre 2012 et
n° 166 Janvier-Février 2014

-Articles de presse
Le Monde du 5/2/2013 L'Indonésie
émergence d'une puissance régionales
Le Monde du 7/11/2013 Le PIB mondial au gré
du changement climatique
Le Monde du 7/12/2013 Martin Wolf -
Editorialiste au Financial Times
Le Monde des 9 et 10/02/2014 – Arrêt de la
Cour constitutionnelle de Karlsruhe

-Les sites Internet
Site du Ministère des affaires étrangères
« France Diplomatie » :
-Discours de Mr Laurent Fabius
au siège de l'ASEAN -Jakarta le 2/08/2013
-Les échanges de la France et les pays d'Asie
du Sud-est
Site de la Commission européenne -Direction
générale du commerce
Site Wikipédia

-Documentation de Gérard Masclet de notre
Commission
Stratégie US dite du « Pivot » (Rebalancing) en
Asie de l'Est