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20170601 - L'autonomie stratégique de la France - pôle Lille.

 

20170601 - L'autonomie stratégique de la France - pôle Lille.

AA- IHEDN-RN  thème 2016-2017 AR 15 Rapport du Groupe lillois :

RENSEIGNEMENT ET AUTONOMIE STRATEGIQUE

La collecte, l’analyse et l’exploitation des éléments indispensables à la sécurité de la nation et des populations ainsi qu’à la planification et l’exécution  de  l’action constituent les missions du renseignement. le Livre blanc de 2008, a érigé la fonction « connaissance et anticipation » en fonction stratégique et l’a reconnue prioritaire[1]. Celle-ci est confiée à six services[2] :

-Direction générale du renseignement extérieur, DGSE, Ministère de la défense : opère exclusivement à l’extérieur des frontières

-Direction du renseignement militaire, DRM, Etat-major des armées : renseignement militaire, en appui des opérations menées par l’armée française (COS),  veille stratégique. La DRM dispose du bâtiment de surface de 4200 tonnes, Dupuy de Lôme, voué au renseignement électromagnétique, et peut compter sur la Brigade de renseignement de l’armée de terre dont l’Etat-major se trouve à Haguenau.

-Direction générale de la sécurité intérieure, DGSI, Ministère de l’intérieur, issue de la fusion, en 2008,  de la Direction de la sécurité du territoire (DST) et des Renseignements généraux (RG) : recherche, centralisation et exploitation du renseignement intéressant la sécurité nationale et les intérêts nationaux fondamentaux. Priorité actuelle : lutte antiterroriste sur le territoire français.

-Direction de la protection et de la sécurité de défense, DSPD, Ministère de la défense : sécurité du personnel, des informations, du matériel et des installations sensibles de l’armée française.

-Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières DNRED, Ministère de l’économie et des finances : lutte contre les grands trafics et le financement des groupes et activités terroristes

Direction du renseignement et de l’action contre les circuits financiers clandestins, TRACFIN, Ministère de l’économie et des finances : lutte contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment de l’argent et le financement du terrorisme.

Ces missions recouvrent cinq domaines[3] :

-le renseignement, tous azimuts, toutes sources, humaines et techniques. 

-le contre-espionnage, protection du dispositif, pénétration du dispositif de l’adversaire 

-la désinformation

-l’action secrète, ingérence, soutiens, action de force secrète (COS)

-Interception des communications et cryptologie

L’action des services de renseignement a déclaré le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb lors de l’installation du nouveau directeur de la DGSI le 8 septembre 2017,   permis de déjouer onze attentats depuis le début de l’année. Il a ensuite rappelé l’importance de la coordination entre services pour assurer cette prévention de  la menace terroriste.

Un an auparavant, le 18 mai 2016, le DG de la DGSE, Bernard Bajolet, concédait, devant la commission d’enquête parlementaire :

« L’explosion des communications électroniques, le développement du darknet, la mise à portée de tous les moyens de communication bénéficiant de puissants chiffrements – telle que l’application de messagerie Telegram – rendent les terroristes plus furtifs aux yeux des services de renseignement auxquels sont imposés  des sauts capacitaires réguliers[4] ».  

Dès 1945,  un rapport de Vannevar Bush, conseiller  scientifique du président Roosevelt postulait  l’apport essentiel de la recherche fondamentale à la sécurité nationale. Et c’est d’après ce rapport que fut créée  la National Science Foundation chargée d’allouer les crédits de recherche fédéraux. Ce rapport est à l’origine du « complexe militaro-industriel » américain[5] ».

Si les services secrets américains ont pu, comme l’a révélée l’affaire Snowden,    accéder aussi massivement  aux informations des pays étrangers, c’est parce que celles-ci étaient hébergées par les serveurs d’entreprises américaines et que le Département de la défense dont dépend la NSA, est passé maître dans l’exploitation de ces technologies[6]

Comment contrer les « hackers » agressifs passés au service d’Etats ou les  groupes mafieux  opérant  dans la  désinformation politique et économique au risque pour nos dirigeants de prendre des décisions biaisées contraire aux réalités, contrer également les  multiples révélations vraies ou fausses (fake news) destinées à la  manipulation du grand public avide  de « scoops ». 

« Qu’est-ce qu’un acte de guerre dans le cyberespace ? Comment y répondre ? Qui sont les acteurs légitimes du cyber conflit ? Qu’est-ce qu’un combattant numérique? [7]» 

Les services de renseignement opèrent désormais en première ligne de la cyber conflictualité[8] : de la création d’un BTS de cyber défense au Prytanée militaire de Saint-Cyr-l’Ecole  à la  mise en place depuis le 1er janvier 2017 - soit 8 ans après l’ANSSI[9] -  d’un commandement des opérations militaires pour la cyber guerre et le recrutement de réservistes spécialistes (4 400 hackers depuis mai 2016)[10].

 La DRM s’est, pour sa part, ouverte à la société civile et aux start-up pour favoriser le développement des technologies numériques dans le renseignement militaire.

« La DRM exerce le contrôle opérationnel des satellites par délégation du CEMA. - système satellitaire[11] Pléiades[12] et prochainement système CERES[13] - La dernière loi de programmation militaire a confirmé l’importance du maintien de ces capacités car elles sont intrinsèquement liées à notre autonomie stratégique[14] »

La DRM qui   utilise depuis de nombreuses années le système d’information de GeoConcept pour l’optimisation de l’élaboration et de la gestion du renseignement d’intérêt militaire accueillera désormais sur la base de Creil l'Intelligence Campus, inauguré jeudi 23 mars par le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian.    

Ce  Campus est destiné à abriter  une pépinière d’entreprises, mixant start-up, laboratoires et PME innovantes spécialisés dans le big data, l’intelligence artificielle et le machine learning. Les domaines de recherche de pointe visés sont la détection de cible, le secteur aval de la filière spatiale, les drones, l'analyse prédictive et la détection des signaux ou  encore le traitement audio.

. "Depuis le tournant des années 2000, l’information s’est multipliée de façon exponentielle et désordonnée, la difficulté est désormais de cibler les bonnes informations dans un océan de données, puis de les vérifier, les recouper, les fusionner. Bref, de les transformer en un véritable renseignement." Une trentaine d’entreprises sont intéressées pour nous rejoindre. D’ici à 2025, 500 à 1 000 emplois pourraient être créés[15]"

La recherche académique sera l’un des piliers du campus, avec l’arrivée programmée d’universitaires et d’experts de grandes écoles (CNRS, université Paris 1, Ensae, Polytechnique, Télécom,  ParisTech). Également attendu, le laboratoire en sciences humaines et sociales de l’université de technologie de Compiègne (UTC). Ses chercheurs ont développé un savoir-faire dans l’exploitation des données disponibles en source ouverte (presse, contenu en ligne, réseaux sociaux, blog, vidéos). À travers une interface visuelle, le laboratoire a notamment établi une cartographie des djihadistes impliqués dans les attentats survenus en France et en Europe, qui précise la nature du lien entre chaque individu et leur importance dans cette mouvance[16].

.

Cependant, la perte d’acuité de la vigilance due à la longue période pendant laquelle notre pays  n’a pas connu de conflit violent n’aurait-elle pas laissé notre attention se focaliser sur d’autres perspectives que celles de la  défense ?  Notre renseignement, que ce soit dans ses dimensions HUMINT, ROIM, ROEM, ou GEOINT[17],  aurait-il également pâti de ce « brouillard de la paix ? »[18].

Trois exemples vont malheureusement en ce sens :

Le premier exemple est offert par la  malencontreuse décision politique de fusionner la DST avec les RG. Avant la fusion, les RG comptaient 4 000 fonctionnaires. La fusion des cultures très différentes des deux  services a été un frein considérable à l’évaluation  de la dangerosité de certains jeunes de banlieue.

Selon le  juge antiterroriste Marc Trevidic, les fonctionnaires de la DCRI ont tenté de recruter M. Merah pour l’utiliser comme agent double. Mais  Merah  a continué à préparer son jihad tout en donnant aux policiers l’impression qu’il collaborait : La Nouvelle DCRI n’avait  pas pu anticiper le caractère hybride des nouveaux terroristes également condamnés pour des infractions de droit commun  - Merah 20 fois – et les attentats commis en 2012 par ce dernier  ont causé la mort de sept personnes[19]

Le second et le troisième exemple procèdent de l‘imprévoyance : nous maintenons, certes,  un  haut niveau de technologie dans le domaine spatial, aussi bien pour les lanceurs que pour les satellites et il en va de  même en ce qui concerne le système dit « GPS » la future mise en service du système européen « Galileo », qui devrait conforter  notre autonomie face aux Américains, aux Russes et aux Chinois, mais nous demeurons dépendant dans le domaine des drones.

La coopération européenne en matière de drones étant dans l’impasse, la Belgique, la Hollande et les Pays Bas ayant opté  pour  «  RQ 11 Raven » américain, la France a, pour sa part,  conclu un accord avec la Grande Bretagne pour la fabrication de l’« Ucas » », mais celui-ci ne sera pas opérationnel avant 2025, d’où le recours, pour l’opération Barkhane,  aux Reaper américains opérés par l’escadron Belfort, drones qui fournissent les trois quarts   des renseignements tactiques nécessaires à la conduire de cette opération.  

« La France a  depuis longtemps fait le choix  de ne pas de doter de drones stratégiques (haute altitude, longue endurance : HALE. En matière de drones de théâtre (moyenne altitude, longue endurance : MALE), après moult tergiversations et un long feuilleton à rebondissements, la France a choisi l’achat sur étagères du MQ-9 « Reaper » américain (General Atomics) avec une francisation « a minima ». La rançon de ce choix fait dans l’urgence, faute de réflexion en amont est que nous nous trouvons en partie dans la main des Américains, ce qui est un pied de nez à notre autonomie stratégique[20] »

Le dernier exemple illustre encore mieux cette faille numérique : un des enjeux de  la lutte antiterroriste est l’exploitation des  données recueillies sur Internet,   données devenues considérables depuis que la loi sur le renseignement de juillet 2015 autorise la DGSI à  une surveillance de masse de la toile.  Faute de trouver un candidat français ou européen pour répondre à ces besoins d’exploitation, la DGSI a signé un contrat avec Palantir Technologies, une start-up américaine, dont les services sont également utilisés par la CIA. L’agence étant par ailleurs devenue le principal financeur de Palantir :

« Avec Palantir, les services US vont disposer d’une fenêtre grande ouverte sur les informations sensibles et notre lutte antiterroriste[21] ».

Les Européens et particulièrement les décisionnaires français qui ses sont tournés vers Palantir n’auraient-ils pas, prenant modèle sur la DRM, plus avisés d’accorder davantage de confiance et soutenir les capacités d’innovation technologique de leurs  start-up, trop souvent négligées dans les politiques d’achat des grandes structures ? 

L’état d’urgence imposé par les attentats terroristes a  mis en relief l’importance stratégique du renseignement : les études sur le sujet se sont multipliées,  dont, cette année,  le Hors série n° 38 de la revue Diplomatie, « Géopolitique du renseignement », co-dirigé par le Centre de recherche sur le renseignement, cf2r, puis, en cette fin d’année, le Hors - Série n° 6 de la Revue de l’ASAF (Association de soutien à l’armée française), Engagement, intitulé « Mémoire et vérité », consacré à « Un siècle de renseignement militaire français ».   Le cf2r coordonne également la rédaction d’une « Histoire mondiale du renseignement », dont le premier tome consacré à l’antiquité devrait paraître en 2018. Le grand public, enfin, y est sensibilisé par la diffusion de la série plus réaliste consacrée aux activités de la DGSE et ses agents : « le Bureau des légendes ».

Lille le 2 janvier 2018

François-Yves Damon

Ancien collaborateur de la DGSE, membre-adhérent de l’AASSDN, Amicale des Anciens des Services Spéciaux de la Défense Nationale

Directeur de recherche associé, Centre français de recherches sur le renseignement, cf2r.org.


[1] Général (2S) François Mermet, ancien directeur de la DGSE, « les raisons de la création de la Direction du renseignement militaire », revue « Engagement » de l’ASAF hors-série n° 6-2017, p.156-166.

[3] Georges-Henri Soutou, « La stratégie du renseignement », Stratégique n° 105, Stratégie et renseignement, Institut de Stratégie Comparée, 2014, p.21-40

[5]  « La high-tech américaine, arme de destruction massive, Les Echos, 16 avril 2015.

[6] Claude Delesse, « La NSA américaine, l’empire du renseignement », Diplomatie Les Grands dossiers n° 38, p. 48-52

[7] Daniel Ventre : « Les évolutions du cyberespace et du cyber conflit », DSI Hors série 52, février-mars 2017 : cyber guerre, l’heure de l’action.

[8] Olivier Kempf : « Il n’y a pas aujourd’hui de cyber guerre mais une cyber conflictualité des conflits, et parfois, une instrumentalisation du cyber dans la guerre », Introduction à la cyber stratégie, Economica, 2015, p. 105.

[9] Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’information rattachée au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (Premier ministre)

[10] Organisé par le commandement de la cyber guerre, Le 1er forum de cyber stratégie s’est tenu le mardi 4 juillet au Cercle militaire Saint Augustin à Paris. François-Yves Damon y assistait. Reçu le 4 novembre 2017, le CR du forum a été envoyé aux membres du groupe lillois le 4 novembre 2017.

[11] Gérard Arboit, La place des satellites dans l’architecture du renseignement, Les grands dossiers de Diplomatie n° 34.

 Le général de corps d’armée Christophe Gomart, patron de la DRM (Direction du renseignement militaire) a expliqué,  en ouverture du colloque Geoint (renseignement géospatial)  qui s’est tenu les  11 et 12 septembre 2017  à la Société de géographie, Paris,  comment rien du trafic migratoire au Moyen-Orient et en Méditerranée n’échappe au Renseignement français. La DRM peut aujourd’hui présenter aux dirigeants français une situation précise de la présence des migrants subsahariens en Libye, ainsi que les identités exactes, les modes opératoires et les stratégies des passeurs de migrants. Ces informations sont transmises par la France à l’état-major de la mission européenne en Méditerranée Eunavfor Med, lancée en mai dernier.

La DRM a repéré les principaux points d’entrée des filières de trafic humain sur le territoire libyen, notamment à partir de la zone des trois frontières (Libye, Soudan, Égypte), elle sait où les  passeurs échangent puis hébergent  leurs cargaisons humaines, les voit ensuite préparer les départs vers l’Europe depuis les plages de Tripolitaine et de Cyrénaïque.

Avant tout départ en mer les passeurs appellent le Centre de Coordination Italien des Secours Maritimes,  et c’est ainsi que les bateaux européens vont recueillir directement en mer les masses immigratoires, pour les transporter à bon port, de crainte qu’ils ne s’égarent sur les côtes africaines.

http://www.medias-presse.info/linvasion-navance-pas-au-hasard-le-general-gomart-patron-du-renseignement-militaire-lexplique/38823/ (communiqué par Marc Labalette)

[12] Lancé en décembre 2011, Pléiades est un système d'imagerie spatiale à très haute résolution, capable de fournir des clichés de n’importe quel point du globe en moins de 24h. Constitué de deux satellites Pléiades 1A et 1B placés sur la même orbite, ce dispositif permet d’observer et cartographier la surface de la Terre avec une résolution de 70 cm seulement.  Les clichés acquis sont utilisés à des fins tout à la fois civiles et militaires puisqu’ils peuvent  servir à localiser les installations militaires de pays adverses afin de planifier une intervention armée.https://pleiades.cnes.fr/fr

[13] E n 2020 seront mis en service trois satellites espions CERES (Capacité de renseignement électromagnétique d'origine Spatiale-ROEM), qui permettront  à la DRM  de maîtriser les systèmes de télécoms et de radars ennemis. Les satellites CERES ont la capacité de localiser et d'identifier les signaux émis par les systèmes adverses. Ce qui permettra de cartographier les centres de télécommunications et les radars dans les zones de conflit, et d'évaluer leur niveau d'activité, y compris "sur des zones inaccessibles par les capteurs de surface", a précisé la Délégation générale de l'armement (DGA), maître d'ouvrage du programme. Ce programme permettra par exemple de préciser le danger que représentent les radars ennemis afin de garantir la suprématie des avions français, ou encore de déterminer l'architecture des réseaux de communication adverses. En d'autres termes, la France pourra envoyer en toute indépendance ses avions qui pourront entrer en premier sur un théâtre d'opérations extérieures, contrairement à la Libye où l'aide des États-Unis avait été nécessaire.  

http://www.defense.gouv.fr/dga/equipement/information-communication-espace/le-programme-ceres-capacite-de-renseignement-electromagnetique-spatiale

[14] Général Gomart, commandant la DRM, « Le renseignement d’intérêt militaire aujourd’hui », Stratégique n° 105, -Stratégie et renseignement, p. 175-186.

[15] Général Gomart, Stratégique n° 105.

[16] A l'Intelligence Campus, le renseignement militaire s'allie aux entreprises du numérique. L’usine nouvelle Hassan Meddah Thales , Airbus Defence and Space , L'Usine Aéro , Digital/Technos , France ié le 28/03/2017.

[17] Renseignement humain,  d’origine image, d’origine électromagnétique, et d’origine géospatiale. 

[18] Mario Faure, président de l’Union des AA de l’IHEDN, « Le brouillard de la paix », Défense n° 185, mars-avril 2017, éditorial.

[19] Brigitte Henri, ancien commissaire de police des RG : « La source humaine, l’art du renseignement », Diplomatie HS n° 38, Géopolitique du renseignement,  p. 15-18.

[20] Général Michel Masson, directeur DRM 2005-2008, « Quels défis pour le renseignement militaire aujourd’hui ? Analyse du cas français », Diplomatie GD Les Grands dossiers n° 38 : Géopolitique du renseignement, avril-mai 2017, p.19-23.

[21] « La DGSI signe un contrat avec Palantir », Les Echos, 12décembre 2016.