Actualités du monde, avril 2018

Le sort des urnes

Au Costa Rica, Carlos Alvarado, à la tète du Parti d’action citoyenne de centre gauche, a été élu à la magistrature suprême avec plus de 60% des suffrages exprimés.

En Hongrie le parti du président Viktor Orban a remporté les élections législatives avec plus de 48% des voix et une vraie participation. Il disposera d’une très confortable majorité au parlement. Il affirme sa démocratie « illibérale » et s’oppose à la politique européenne sur maints chapitres, pour le plus grand désespoir de Bruxelles.

En Arménie, le président Armen Sarkissian, élu par le parlement, a été investi dans sa nouvelle fonction. Le premier ministre devait être Serge Sarkissian, l’ancien président de 2008 à 2018 et sans lien de parenté avec Amen Sarkissian, mais ce choix est contesté par de nombreux manifestants à Erevan, la capitale du pays. Ce tour de passe-passe n’est pas sans rappeler le précédent russe entre Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev. L’ancien président arménien a fait voter une réforme constitutionnelle en 2015 qui confie l’essentiel du pouvoir au premier ministre alors que le président a un rôle désormais plus symbolique. La pression des manifestations a poussé le premier ministre à démissionner.

Des révolutions à la tête des États

Deux anciens présidents ont été incarcérés. Au Brésil, Lula da Silva est condamné à 12 ans de prison. En Corée du Sud, l’ancienne présidente Park Geun-hye, fille du général Park qui a transformé son pays en « dragon » d’Asie, est, elle, condamnée à 24 ans d’emprisonnement. C’est la fin de l’impunité présidentielle.

Ces deux présidents, très symboliques, sont tous deux accusés de faits de corruption, preuve que ces deux pays veulent faire évoluer des pratiques que leurs ambitions économiques et géopolitiques interdisent désormais.

 Cuba tourne une page de son histoire, celle des frères Castro. L’ile de cuba était dirigée depuis janvier 1959 par Fidel Castro puis par Raul Castro. Fidel Castro est décédé en novembre 2016, aujourd’hui son frère, octogénaire, passe la main à Miguel Diaz-Canel, un apparatchik du parti communiste cubain, son dauphin.


Le retour des tensions internationales...

Washington et Pékin sont entrés dans une période de tensions commerciales. D. Trump veut baisser le déficit commercial américain – un chiffre de 100 milliards de dollars est avancé. Après que les États-Unis aient taxé certains produits chinois et bloqué l’acquisition des bourses de Chicago par des intérêts chinois, Pékin décide de surtaxer des produits américains - acier, aluminium, produits agricoles – en mesure de rétorsion.

Une nouvelle montée des tensions au Sahara occidental entre le Maroc et l'Algérie est à l’origine de la « visite privée » du roi du Maroc Mohammed VI à E. Macron. Le Sahara occidental, ancien Rio de Oro espagnol, reste une pomme de discorde, Alger soutient les désirs indépendantistes des Sahraouis, Rabat considère ce territoire comme le sien.

En Afghanistan, un attentat visant la communauté chiite a causé la mort d’une soixantaine de personnes dans la capitale, Kaboul. Il a été revendiqué par l’EI.

... mais pas seulement

Le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-Un, annonce être prêt à arrêter ses essais nucléaires. Le président américain a immédiatement fait part de sa satisfaction. Le président sud-coréen, Moon Jae-in apprécie ce pas en avant, après la main tendue lors des Jeux olympiques du mois de février.

L’Union européenne continue sur la voie du libre-échange. Bruxelles et Mexico négocient un accord qui renouvelle celui de 2000. Un accord cadre a été signé.

Du nouveau en Union européenne ?

Le président Macron a prononcé un discours à Strasbourg où il appelle à un sursaut européen, une évolution vers une souveraineté européenne contre les nationalismes et plus de démocratie. Il oppose ainsi une Europe supranationale plus intégrée à des États-nations facteurs de désunion et de réaction autoritaire, agitant l’épouvantail d’une « guerre civile européenne » dont le moteur serait les « égoïsmes nationaux ». Force est de constater que la relance européenne ne peut venir que de l’axe franco-allemand, mais les partenaires européens craignent que celui-ci ne devienne trop exclusif. En outre, Angela Merkel est affaiblie sur le plan intérieur après la difficile constitution de son gouvernement. Elle ne peut aller trop loin sur le plan des réformes européennes, notamment en ce qui concerne la zone euro.

L’Union européenne montre, à ses concitoyens, qu’elle n’hésite pas à intervenir. Elle vient de saisir l’OMC (Organisation mondiale du commerce) concernant les nouvelles taxes américaines – encore à définir – qui menacent de frapper l’acier européen à partir du 1er mai.

La nomination de Martin Selmayr, très proche collaborateur de Jean-Claude Juncker président de la Commission, au secrétariat général de la Commission suscite toujours des remous. Certains députés européens crient au scandale de népotisme, mais la mise en balance de sa démission par Jean-Claude Juncker incite le Parlement européen à ne pas demander celle de son dauphin.

La Commission européenne envisage un nouvel élargissement, alors que l’année passée une pause avait été présentée comme nécessaire. Frederica Mogherini, Haute représentante de la diplomatie européenne, vient de proposer l’adhésion à l’Union européenne de deux pays des Balkans : la république yougoslave de Macédoine, et de façon assez étonnante l’Albanie, un des pays les plus pauvre et corrompu du continent.

La France d’Emmanuel Macron

La France d’Emmanuel Macron apparait aussi comme le meilleur allié européen des États-Unis de D. Trump, après son accueil pour la fête nationale du 14 juillet 2017 et les frappes communes en Syrie. Le couple présidentiel français reçoit les honneurs de Washington qui lui réserve la première visite d’État depuis l’élection de Donald Trump. Les discussions porteront sur le volet commercial mais aussi sur la politique étrangère concernant l’Iran et la Syrie.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, est venu plaider en France la ratification du CETA, le traité de libre-échange signé entre Bruxelles et Ottawa, promettant une meilleure coopération de son pays dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Le sort de la Syrie est loin d’être réglé

A Ankara, Turquie Russie et Iran se réunissent pour discuter de l’avenir de la Syrie, sans les Occidentaux. Les divergences sont nombreuses, même si Russes et Iraniens ont imposé le maintien de Bachar Al-Assad à Ankara, les Turcs ont pour priorité d’empêcher toute création d’un Kurdistan, fut-il syrien. Ils mènent une politique de quasi purification ethnique à leur frontière pour remplacer les Kurdes par des réfugiés qu’ils ont accueillis.

Les relations se tendent entre la France et la Turquie après que Paris ait affiché des contacts avec les Kurdes FDS qu’Ankara considère comme terroristes. Erdogan utilise aussi ce qualificatif pour Benjamin Netanyahou à la suite de la mort de 17 palestiniens à la frontière de Gaza.

L’utilisation d'armes chimiques à Douma (Ghoutta, Syrie) attribuée au régime de Bachar, a déclenché une frappe aérienne américano-britannico-française sur des entrepôts. L'utilisation d'armes chimiques est, comme pour les armes nucléaires, interdite, d'où l'émoi international. La Russie a été prévenue pour éviter des dommages collatéraux  dangereux, c’est aussi un signal vis-à-vis de la Turquie qui mène une guerre contre les Kurdes au Nord de la Syrie, et qui a révélé la  position des forces spéciales françaises... Cette frappe s'est déroulée sans l'accord de l'ONU (veto russe voire chinois à prévoir) ce qui fait réfléchir sur la gouvernance mondiale... Une enquête est en cours concernant l’utilisation des armes chimiques, mais son travail est difficile.

Environ 200 mercenaires russes, selon Mike Pompeo actuellement directeur de la CIA, auraient été tués en Syrie depuis février 2018.

Le prince héritier saoudien fait le tour des capitales occidentales

Mohammed Ben Salman (MBS) poursuit sa visite des principales capitales occidentales. Après s’être rendu à Washington, Londres et Paris, il a été accueilli à Madrid. Il veut incarner un visage plus ouvert de l’Arabie saoudite, dirigée par un wahhabisme particulièrement intransigeant. Il a largement médiatisé que désormais les saoudiennes peuvent conduire leur voiture...

Alors que le roi, son père, est malade, il a entrepris une vaste opération anti-corruption qui lui a permis de viser ses principaux opposants au sein de la famille royale. Il sait que son pays ne pourra pas compter indéfiniment sur la rente pétrolière, il doit donc réorienter l’économie saoudienne. Il est venu chercher en Occident un soutien de sa politique, des investisseurs et un savoir-faire dont son pays ne dispose pas. Ainsi, la France devrait amener son expertise culturelle, déjà prouvée à Abou Dhabi, en construisant un musée dans la partie Nord-Ouest du pays.

Il est aussi venu chercher un soutien géopolitique. Il est embourbé dans une aventure militaire au Yémen, que l’ONU a qualifié de « pire drame humanitaire » du XXIème siècle, et s’oppose à l’Iran qui revient sur la scène régionale et mondiale.

L’Arabie saoudite est déjà une grande puissance financière. Elle dispose d’un très puissant fonds souverain qui lui permet de prendre des participations dans le monde entier. Il devrait représenter environ 2 000 milliards de dollars d’ici 2030, il s’élèverait aujourd’hui à un peu moins de 500 milliards. La prochaine cotation en bourse de la Saudi Aramco, puissante société pétrolière saoudienne qui produit près de 10 millions de barils par jour, suscite la convoitise sur les marchés financiers.

Le poids de la dette

La dette mondiale continue de progresser pour atteindre 237 000 milliards de dollars fin 2017 (elle a progressé de l'équivalent du PIB de la Chine en 2017), pour l'Institute of International Finance, le FMI l'estime à 164 000 milliards... Christine Lagarde y voit une grande source d'inquiétude avec la possible guerre commerciale entre États-Unis et Chine.

Le Liban cherche lui aussi des bailleurs de fonds pour faire face à une dette qui l’étrangle, Beyrouth a besoin de 10 milliards de dollars... Au-delà du fait que ce petit pays du Levant argue qu’il ploie sous le poids des réfugiés de la guerre civile en Syrie qu’il n’a pas hésité à accueillir, la faillite institutionnelle du Liban se révèle au grand jour, s’il avait encore besoin de révéler quoi que ce soit à ce niveau... Ce pays ne peut plus vivre sans l’aide internationale...

Le monde cyber sur les devants de la scène

Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) sont dans la tourmente depuis l’affaire de la transmission des données personnelles de plus de 50 millions de personnes par Facebook à Cambridge Analytica. Mark Zuckerberg a été entendu par le Congrès américain. L’Europe communautaire veut protéger les données personnelles des utilisateurs. Facebook vient de changer en catimini l’adresse de son siège social de l’Irlande aux Etats-Unis pour échapper au futur Règlement général de la protection des données (RGPD), ainsi seuls les Européens seront protégés, et non les Américains.

La Russie bloque la messagerie Telegram, qui compte environ 200 millions d’abonnés mais qui est aussi utilisée par les djihadistes de l’État islamique car cryptée. Moscou intervient au motif du refus de collaborer avec le FSB en charge de la sécurité intérieure russe.


Disparition

Franck Bauer a « éteint la lumière » comme le chante son fils Axel Bauer. Il était la dernière voix de Radio Londres qui permettait le contact entre la résistance française réfugiée à Londres et celle restée dans l’Hexagone. Il s’engage dans les Forces françaises libres (FFL) et part dans un premier temps aux États-Unis pour espionner les représentants de la France de Vichy avant de revenir en Angleterre et de travailler à la BBC.