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Présentation du président Bernard COGET

Les auditeurs des associations inscrivent leurs études dans un cycle pluriannuel relevant d’un long périple autour du monde, relevant les tendances lourdes qui modifient les rapports de forces dans le monde.

C’est dans cette dynamique perpétuelle d’évolution des rapports de forces mondiaux que notre regard s’est porté cette année sur l’Asie du Sud-Est comme zone stratégique du jeu des grands acteurs mondiaux peut-être incomplètement repérés dans les attendus du sujet : je pense à l’Australie et surtout à la Russie, ni plus forte, ni plus fragile que d’autres acteurs influents.

L’analyse et les propositions des auditeurs de l’AR Nord ont retenu raisonnablement dans les hypothèses l’absence de conflits majeurs et de leadership d’un des acteurs dans l’avenir projeté aux années 2030. Il y a quelques années, le regretté Pierre BAUDIN remarquait que dans le monde multipolaire qui se construisait, qu’il qualifiait alors d’oligopolaire, aucun acteur n’avait la possibilité de dominer l’ensemble des autres.

J’ajouterai qu’un certain nombre d’entre nous ont remarqué que si les pôles émergents identifiés se revendiquent d’un monde multipolaire présupposé équilibré et harmonieux, leur rhétorique reste souvent antioccidentale, sans doute parce que la puissance, capacité à faire triompher sa volonté dans le rapport des forces internationales, qui implique projet politique, cohérence des représentations géopolitiques affirmées, système institutionnel adéquat, conscience historique et sens des responsabilités internationales, n’est pas vraiment au rendez-vous…

Les divisions au sein des BRICS et le ralentissement économique annoncé par le FMI repoussent la perspective de puissance des pôles émergents: « marché émergent » certes, «puissance émergente » pas encore, et reporte d’autant «le rétrécissement annoncé de l’Occident».

Notre analyse préalable, comme celle, je suppose de nombreux rapports, a mis en évidence une ASE fortement hétérogène, un processus d’intégration à l’européenne, a présenté les organisations régionales, les stratégies des grands intervenants en Asie du Sud-Est.

Dans ce jeu l’Union européenne, acteur majeur, mais sans volonté politique collective, la « Belle endormie » se résume à « l’Euroland », un fer de lance certes, mais pas un outil stratégique global.

Le rapport de l’AR 15 émet des vœux d’influence de l’Euroland à cinq niveaux: politique, économique, militaire, culturel et humanitaire.

C’est dans ce contexte que l’AR 15 considère que la France, possédant la 2ème zone économique exclusive du monde, doit pouvoir s’installer dans un « pivot raisonnable » vers l’Asie du Sud-Est, faire valoir son rôle de nation moteur dans l'Union européenne.

Le rapport a proposé quelques pays de la zone sur lesquels il serait judicieux de s’appuyer.

Je terminerai en évoquant ce sur quoi nous devrions peser et ce sans langue de bois.

-       Donner à l’ensemble de pays européens plus de lisibilité internationale en particulier sur le plan de la défense avant qu’il ne soit trop tard (vers 2040, la majorité hispanique des USA n’aura plus de liens historiques avec le vieux continent et les USA se désintéresseront probablement du vieux continent).

  • L’OTAN qui travaille à sa transformation sera-t-elle encore un parapluie ?
  • Abandonner le concept d’intervention non létale des traités fondateurs de l’UE.

-       L’ONU, l’OMC, la Cour pénale internationale, …imparfaites dans leur fonctionnement, demeurent les seules possibilités de la régulation du monde et doivent être soutenues : les pôles devenant des déclinaisons régionales d’un ordre mondial.

-       En ce qui concerne la France.

  • Si notre volonté est comme il l’est annoncé de conserver un statut de puissance moyenne pesant sur le monde, ne pouvant le faire dans le domaine économique (regard réaliste et non pas décliniste), nous n’avons d’autres choix que de conserver la cohérence de notre système de défense, vecteur fondamental de notre lisibilité politique.

  • Ce qui signifie que nous devons être particulièrement vigilants à conserver des capacités conventionnelles complètes et suffisantes, comprenant des capacités d’interventions extérieures nécessaires à la protection de nos intérêts, au respect des accords internationaux qui nous concernent.

Une rupture de nos capacités conventionnelles discréditerait de fait, par ailleurs, notre dissuasion nucléaire.

L’enjeu est de taille…


Rapport de l’AR 15 2013 2014.

Thème d’étude: "L’Asie du Sud-Est, entre Inde et Chine, entre États-Unis, Japon et Europe : néo-émergence, géopolitique, sécurité."

Introduction :

  1. le champ de l’étude : la définition de l’Asie du Sud Est (ASE) :

Le Monde de 1914 était le Monde de l’Europe. Le Monde de 2014 est largement le Monde de l’Asie ! D’où l’importance d’une réflexion et d’une prise de conscience des enjeux géostratégiques en cause dans cette zone. La stratégie a pour vocation, selon Louis Gautier, à rendre le monde intelligible !

Le sujet qui nous est proposé est borné (« entre Inde et Chine..). Mention n’est faite ni de la Russie ni de l’Australie, puissances « régionales » qui jouent un rôle dans l’ASE. Ainsi :

  • L’Australie voit sur son sol se développer la principale base militaire américaine de l’Asie du Sud Est, à Darwin, et a noué avec son grand voisin du nord l’Indonésie des relations bilatérales très étroites (L’Indonésie est le premier bénéficiaire de l’aide australienne)
  • La Russie, quant à elle demeure un fournisseur majeur d’armes et de matériels militaires à des pays comme le Vietnam, et a basculé la partie la plus moderne de sa flotte de la Mer Noire au Pacifique. Elle réoriente un large pan de sa politique stratégique vers la Chine et l’Asie du Sud Est, qui constituent également son « étranger proche »

On peut s’étonner de cet intitulé, mais l’AR 15 s’en tient au sujet tel qu’il est rédigé, déjà suffisamment vaste !

- Certes, nous ne sommes pas à l’abri d’une « surprise stratégique » comme celle qui bouleversa nos travaux sur « l’arc de crise ». Nombre de pays de l’Asie du Sud Est demeurent instables et traversés de conflits violents, comme la Thaïlande, et des événements politiques peuvent déstabiliser la zone : l’Asie du Sud Est se situe sur une faille tectonique de la planète, au sens propre et géologique du terme comme au sens figuré et géopolitique. Comment évoluera, par exemple, le dossier de Taiwan vis-à-vis de Pékin comme de Washington ? Pourrait-il générer le Sarajevo du XXIème siècle ?

- Pour autant, l’ASE semble surgir comme l’une des zones stratégiques majeures du monde de 2030, ne serait-ce que par son positionnement dans les grands courants d’échanges maritimes au départ ou à l’arrivée des acteurs asiatiques leaders, chinois ou japonais : ceux-ci ne peuvent se permettre de voir sectionnées leurs veines jugulaires ! Cette dimension mérite d’être fortement soulignée, car elle est au cœur des réalités géostratégiques de la zone ASE qu’illustrent les tensions nées des revendications territoriales sur les ilots de la Mer de Chine ou de la définition unilatérale par la Chine de son espace maritime. Nombre d’opérateurs ont les yeux braqués sur le détroit de Malacca, qui a donné lieu à des opérations internationales de lutte contre la piraterie maritime endémique, les riverains s’étant organisés avec succès pour ce faire (Asean Defence Ministers Meetings et opération « Eyes in the Sky » pour la surveillance du détroit de Malacca)

  1. les hypothèses de travail :

Il n’y aura pas de conflit majeur :

Certes, cette partie du Monde est instable et traversée de tensions, mais la guerre est improbable en Asie pacifique

Selon Thucydide les motifs de la guerre sont « l'honneur, la crainte et l'intérêt ». L'intérêt actuel de la Chine peut être de récupérer des îlots en mer de Chine méridionale pour élargir sa zone économique exclusive et ainsi exploiter ses ressources énergétiques prometteuses et ses ressources halieutiques. L'honneur c'est de montrer sa puissance retrouvée à ceux qui l'ont humiliée à la fin du XIXème siècle (les puissances occidentales) et pendant la première moitié du XXème (le Japon). La crainte c'est celle qu'inspirent les Etats-Unis et ses alliés du Pacifique. Mais c'est aussi celle du Japon face à la Chine.

L'honneur et l'intérêt peuvent-ils conduire l'Empire du milieu à risquer l'apocalypse ? C'est fortement improbable car déraisonnable, improbable mais pas impossible

L'accumulation de tensions, de rancœurs, de conflits d'intérêts, débouchant sur un climat d'agressivité qui rendrait la paix de plus en plus fragile. Le désir d'en découdre ne résisterait peut être pas aux effets des alliances militaires, un peu à l’image de ce qui se passa après l'attentat de Sarajevo, le 28 juin 1914.

Aujourd'hui c'est, selon Martin Wolf2qui trace un parallèle, que l’on peut discuter, entre le nouveau maître de la Chine et l’Empereur Guillaume II (Xi Jinping dans les pas du Kaiser) « La décision chinoise de créer en mer de Chine orientale une « zone d'identification de défense aérienne » incluant des îles inhabitées actuellement sous contrôle japonais (appelées Senkaku par le Japon et Diaoyu par Pékin) constitue une provocation.

Ni le Japon ni la Corée du Sud ne reconnaissent la nouvelle zone. Les Etats-Unis, qui ne l'ont pas reconnue non plus, sont contraints par un traité à défendre le Japon en cas de conflit.

Comme nous l'a appris l'attentat de Sarajevo, des évènements apparemment mineurs peuvent vite prendre des proportions catastrophiques. Certes une telle issue est loin d'être inévitable. Mais elle n'a rien d'impossible.

Pourtant les avantages que Pékin pourrait tirer du contrôle de quelques îlots inhabités semblent de peu de poids face aux risques que cela peut lui faire courir. Les experts militaires estiment qu'en cas de confrontation ouverte, la Chine aurait le dessous et ce, pour plusieurs raisons.

D'abord elle n'est pas encore au niveau de l'économie américaine, et a fortiori, de celui du Japon et des Etats-Unis réunis. Ensuite, et surtout, parce que les Etats-Unis ont le contrôle des mers. Si un conflit ouvert devait éclater, ils seraient en mesure d'interrompre les échanges entre la Chine et le reste du monde. Ils pourraient également immobiliser une bonne partie des actifs liquides de la Chine à l'étranger. Or la Chine, pauvre en ressources, dépend des importations pour nombre de matières premières essentielles.

Un conflit inciterait de nombreuses entreprises japonaises et occidentales à se retirer de la Chine. Les réserves en devises de l'Empire du milieu, qui équivalent à 40% de son PIB, sont par définition détenues à l'étranger. Le risque couru par la Chine serait énorme. Mais aucun bénéfice ne semblait non plus justifier le désastre de la première guerre mondiale ».

Il n’y aura pas de leadership régional incontesté,

C’est le scénario le plus probable :

A horizon de 15 ans (2030), l’ensemble des forces en jeu sont en place et les mouvements géopolitiques obéissent aux lois de la tectonique des plaques : sauf rupture brutale des équilibres, les mouvements de fonds (recentrage américain sur l’Asie Pacifique, surrection continue de la Chine, volonté d’existence du Japon et de résistance des pays de l’ASE) poursuivent leur avancée.

Selon le rapport américain « Global trends 2030 : Alternative world », en 2030, « aucun pays – ni les États-Unis ni la Chine ni aucun des grands pays émergents actuels – ne pourra exercer une influence hégémonique sur le reste du monde. Au contraire, la montée en puissance des individus, la diffusion du pouvoir entre les États d’une part et des États vers les acteurs non étatiques et les réseaux économiques et sociaux d’autre part, vont avoir un impact énorme mettant fin à la domination de l’Occident, rééquilibrant le poids de l’Asie dans l’économie mondiale, et ouvrant une nouvelle ère de démocratisation aussi bien dans le village planétaire qu’à l’intérieur des États ».

Le plus probable est donc que l’on assiste à une construction progressive de l’ASEAN, d’un type analogue à celui de l’UE c’est à dire pas à pas et au milieu des écueils, pour s’unir progressivement face aux « Grands Voisins ». « L’ASEAN Free Trade Association » sur le plan économique et commercial répond à « l’ASEAN Régional Forum » sur le plan politique (sécurité et prévention des conflits) et ces deux organisations régionales témoignent de ce mouvement de coopération progressivement renforcé voire d’intégration.

Certes, les Grands ont intérêt à ce que les Petits restent divisés pour mieux régner sur la zone, et multiplient pour ce faire les coopérations bilatérales et les aides de toute nature d’Etat à Etat, mais les Petits ont intérêt, et ils l’ont compris malgré l’hétérogénéité de leurs situations de départ, à s’unir pour exister de façon autonome vis-à-vis des Grands

On perçoit bien les intérêts vitaux de la Chine voire du Japon directement en jeu dans la zone ASE, les autres partenaires américains, européens et indiens étant peut être plus distanciés

L’UE n’est pas en reste : Certes du 22 au 24 février 2014 s’est déroulée à Singapour la « Conférence ministérielle annuelle de l’Accord de Partenariat Transpacifique (TTP » à laquelle ont participé  aux côtés de Brunei, la Malaisie, Singapour et le Vietnam : les Etats-Unis, l’Australie, La Nouvelle-Zélande, le Canada, le Mexique, le Chili, le Pérou. Le TTP représente un marché de plus de 792 millions de personnes, 40% de l‘économie mondiale et un tiers des échanges commerciaux planétaires. Mais par la conférence UE—ASEAN par exemple, L’UE négocie également au plus haut niveau avec l’ASEAN.

I Partie : rapide état des lieux

I1 :L’ASE, de l’OTASE à l’ASEAN

- L’ASE est fortement hétérogène car elle reste marquée par :

  • Les grands mouvements culturels et religieux que furent la vague bouddhiste puis celle de l’islam, cette dernière ayant fait, par exemple, de l’Indonésie le plus grand pays musulman au monde
  • les colonialismes européens (anglais, français, espagnols, portugais, hollandais), qui ont laissé derrière eux langues et religions, à l’image du catholicisme aux Philippines, dont la monnaie est toujours le peso !
  • la présence américaine qui s’est marquée dans le Pacifique dès la fin de la Conquête de l’Ouest, dont elle est le prolongement, on pense au Commodore Perry au Japon et en Chine, au XIXème siècle, à la gestion des Philippines après en avoir chassé les espagnols ( en 1898, les USA y mènent une guerre de type colonial qui fera de500 000 à 700 000 victimes parmi la population civile) , puis à la reconquête lors de la Seconde Guerre Mondiale : les USA ont marqué depuis 150 ans leur vif intérêt pour cette zone Asie Pacifique ! En témoignent les engagements contre le Japon, en Corée, au Vietnam, mais également la création de l’OTASE, pendant asiatique de l’OTAN, pour concourir à la politique de « containment » du communisme asiatique pendant la guerre froide et les guerres chaudes d’Indochine, de Corée et du Vietnam
  • l’impérialisme japonais sanglant, qui a ravagé cette zone dans la première moitié du XXème siècle, de la défaite russe de Shimonoseki, en 1905, à la capitulation du Japon en 1945, en passant par la colonisation brutale de la Corée comme de Taiwan : les souvenirs des peuples sont encore à vif, en la matière.

- Un processus d’intégration à l’européenne ?

L’Asie du Sud Est se définie par l’ASEAN.

  • C’est le choix de l’AR15,, pour délimiter le champ de l’étude, grâce à l’existence de cette Organisation Internationale régionale, née à Bangkok en 1967 pour renforcer la coopération économique et politique entre les 5 premiers pays adhérents face aux crises asiatiques cristallisées par la Guerre Froide, un peu à l’image du Traité de Rome, en 1956, entre 6 pays d’Europe Occidentale
  • Il s’agit d’un espace maritime, constitué d’archipels, entre lesquels circulent aujourd’hui les flux majeurs du commerce mondial. Cette dimension maritime et commerciale  (la route maritime des épices relayant la route terrestre de la soie) ce qui induit, chez les habitants, un type de civilisation et de savoirs faire : ce sont des commerçants, des marins mais également des pirates !
  • Une zone de fortes hétérogénéités de peuples, de cultures, de religions, de capacités de développement économique (selon la répartition des ressources naturelles, notamment le pétrole), de type de gouvernance et d’histoire politique, d’où des tensions politiques, inter ethniques et inter religieuses à l’intérieur même de pays comme la Birmanie, la Thaïlande ou l’Indonésie. Les questions de sécurité intérieure se posent dans nombre de pays de la zone, notamment liées à l’existence de fortes minorités chinoises, hindoues…. témoignages du constant brassage des peuples au sein de l’ASE.

  • Une zone marquée par d’importants risques naturels, sismiques, volcaniques majeures, tsunami…et des risques climatiques comme les typhons ou liés à l’évolution du niveau des mers : cette accoutumance au risque engendre des attitudes collectives de solidarité pour survivre et des fortes capacités de résilience
  • Une zone où s’exercent de fortes pressions émanant des puissants voisins (Chine, USA, Japon..), en faisant une sorte de damier pour le « jeu de go des Grandes Puissances » : on parle, par exemple, du « nouveau Grand Jeu » entre l’Inde et la Chine en Birmanie, pour la maîtrise des accès au golfe du Bengale. Cette situation géostratégique induit pour les pays concernés des questions de sécurité extérieure et de défense, se traduisant par un puissant réarmement voire un surarmement, porteur de risques de conflit, les questions des frontières terrestres (Cambodge-Thaïlande) et surtout maritimes (Chine-Japon) n’étant pas stabilisées
  • Il existe des similitudes entre la démarche d’intégration de l’Union européenne (le vieux triptyque : la Paix, le Pain, la Liberté) et la dynamique de l’ASEAN : l’union, là bas comme ici, fait la force vis-à-vis des puissants voisins, pour éviter d’être le jouet des puissants dans une dialectique des Horace et des Curiace, même si c’est compliqué…Quels sont, en effet, les facteurs d’unité de l’ASE, sinon la nécessité de faire face ensemble aux forces politiques, économiques, ou stratégiques qui s’exercent sur ces Etats ASEAN? C’est ce que nous avons appelé « le jeu de go des grands intervenants

-Les organisations régionales de l'Asie du Sud-est :

Trois méritent d'être évoquées : la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique, l'Association des Nations de l'Asie du Sud-est (ANASE) et l'ANASE+3.

1)-La Coopération économique pour l'Asie-Pacifique

Plus connue sous son terme anglais « Asia-Pacific Economic Coopération » ou APEC, cette organisation est un forum économique intergouvernemental visant à faciliter la croissance économique, la coopération, les échanges et l'investissement de la région Asie-Pacifique.

Ce forum regroupe les Etats ayant une façade maritime ou un accès à l'océan Pacifique. L'APEC constitue un ensemble hétéroclite composé de nations membres de l'OTAN (Etats-Unis et Canada), de l'Organisation de coopération de Shanghai (Chine et Russie), d'Etats du système d'alliances militaires Asie-Pacifique des Etats-Unis (Australie, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon, Philippines et Thaïlande), de sept membres de l'ASEAN ou ANASE (Brunei, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam) et enfin, de quelques autres nations notamment d'Amérique du Sud tels que le Chili ou le Pérou.

L'APEC représente plus du tiers de la population de la planète, approximativement 60% du PIB du monde et 47% du commerce mondial. Depuis sa création en 1989, l'APEC a travaillé pour réduire les tarifs et autres entraves aux échanges commerciaux de cette région.

A la différence de l'Union européenne ou d'autres organisations économiques multilatérales, l'APEC n'exige pas de ses participants un engagement par traité.3

2)-Association des Nations de l'Asie du Sud-est (ANASE) :

Fréquemment appelée « Association of Southeast Asian Nations » (ASEAN), cette entité est une communauté économique régionale qui regroupe dix des onze Etats de l'Asie du Sud-est. L'ASEAN est une organisation politique, économique et culturelle. Elle a été fondée en 1967 par cinq pays fondateurs (les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande) pour faire barrage aux mouvements communistes, développer la croissance et le développement, et assurer la stabilité de la région. En 1971, la déclaration de Kuala Lumpur proclame la région neutre et indépendante vis-à-vis des puissances extérieures.

Fin 1978, le Vietnam envahit le Cambodge des Khmers rouges. Cette occupation durera dix ans. Les pays membres de l'ASEAN passent par l'organisation ASEAN qui signe un accord, consistant à isoler le Vietnam tout en lui offrant la possibilité de négocier pour retirer ses troupes du Cambodge. L'opposition commune à l'occupation du Vietnam permet aux membres de l'ASEAN de consolider leurs liens politiques et, ainsi, l'ASEAN acquiert une stature et une crédibilité dans la communauté internationale. A la fin de la guerre froide en Asie du Sud-est, qui peut être datée à 1989 lorsque l'armée vietnamienne se retire du Cambodge, l'ASEAN va évoluer.

En 1992 les pays de l'ASEAN instaurent une zone de libre échange dont le but est d'augmenter les investissements de la région et poursuivre la libéralisation des économies des Etats membres. La crise de 1997 accélère le processus et l'accord est signé en 2002. Il diminue radicalement les barrières douanières.

3)-L'ASEAN+3

L'ASEAN plus Trois (APT) regroupe les pays de l'ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud.

Depuis 1997, à tous les sommets de l'ASEAN, l'APT se rencontre pour établir des positions communes en vue de la réunion Asie-Europe.

En 2001, la Chine a lancé l'initiative pour établir une zone de libre échange entre elle et l'ASEAN. A la fin des années 2000, les pays de l'ASEAN réalisaient plus de 50% de leur commerce extérieur avec l'ASEAN+3, ce qui représente un niveau d'intégration supérieur à celui de l'ALENA.

I2.: les stratégies des « Grands Intervenants », leur « Jeu de go ».

  • Le Japon :

L’axe de la stratégie japonaise depuis les années 1960 (fin de sa reconstruction et redécollage de son économie) tend à reconstruire, de façon pacifique cette fois, l’ère de coprospérité asiatique… en investissant dans les pays à bas coût de main d’œuvre tout en gardant la dynamique de l’innovation scientifique et technique du Japon : un large pan des échanges commerciaux entre le Japon et l’ASEAN tient à l’exportation par le Japon de composants qui sont montés dans les usines japonaises délocalisées ou chez des sous traitants, les produits finis étant ensuite réimportés par le Japon.

Le Japon est ainsi le 2ème partenaire commercial de l’ASEAN et le 2ème investisseur dans la zone ! Cela génère des interdépendances, dont témoignent les résultats des sommets régulièrement organisés entre le Japon et l’ASEAN (14 MMds€ de prêts et dons japonais dans l’ASEAN lors du sommet de Tokyo en décembre 2013) : il s’agit de contrer la montée en puissance de la Chine, désormais 2ème puissance économique du Monde et 1ère en ASIE.

Pour autant il faut porter attention aux faiblesses du « modèle japonais » et à l’évolution économique (stagnation voire déflation depuis prés de 15 ans puis « Abenomics » pour la relance économique, très lente « digestion » des conséquences de Fukushima) et aux faiblesses démographiques (vieillissement de la population, déclin démographique sans immigration).

Quelle est la capacité de résilience du Japon dans la durée, maintenant que la Chine lui a ravi la médaille d’argent de la puissance économique, en attendant la médaille d’or?

La gestion du dossier des 8 iles constituant l’archipel des Shenkaku face aux chinois revendiquant les iles Diaoyu met face à face deux Grandes Puissances et amène le Japon a répondre dans un nouvel effort d’armement à la modernisation de la Marine Populaire de Chine ! On observe que le budget chinois de la défense est en hausse années après années (en 2014 plus de 12% par rapport à 2013) ce qui bouleverse les équilibres de forces dans cette zone ASE pour le moyen et le long terme.

  • La Chine

Elle est largement « sino centrée » soucieuse d’abord de ses intérêts vitaux, notamment les relations maritimes, pour garantir et sécuriser les approvisionnements de l’Empire du Milieu, devenu l’usine (et le créancier !) du Monde, et singulièrement des Etats unis : la liberté de navigation dans le détroit de Malacca est un « casus belli » potentiel majeur ! Or, la Chine n’a pas d’allié, elle n’est intégrée dans aucun système d’alliance, les accords bilatéraux multiples étant plutôt, si on en croit Bruno Tertrais (Fondation pour la Recherche Stratégique), des modérateurs que des accélérateurs de crise !

D’où la constitution progressive du « collier de perles » (string pearls) des bases navales qui jalonnent les routes maritimes empruntées par les navires touchant les ports chinois (Shanghai premier port mondial, notamment pour les conteneurs) et la constitution d’une flotte de guerre puissante, pour protéger ces artères maritimes vitales, et notamment les approches maritimes du Continent.

D’où, également, les revendications sur les ensembles d’iles comme « Diano/ Shenkaku (selon que l’on se place du point de vue chinois ou japonais), l’archipel des Paracelse ou celui des Spratley : il s’agit des voies maritimes en Mer de Chine, des accès aux détroits conduisant à l’Océan Indien, quitte à créer des tensions avec les pays voisins également concernés, au premier rang desquels le Japon. Les questions des réserves potentielles d’hydrocarbures ou de nodules polymétalliques aiguisent également les appétits des puissances concurrentes pour la maîtrise de cette zone stratégique.

La clé de la stratégie chinoise dans le temps est la restauration de la fierté nationale et de « l’Empire», entamée par Mao Tsé Dong et lancée à la conquête de la première place économique et politique mondiale par ses successeurs, notamment Deng Tsiao Ping, tout en gardant une gouvernance originale d’une économie capitaliste mondialisée par un pouvoir communiste monolithique assurant la cohésion intérieure de l’Empire.  En matière de défense et de sécurité, la Chine consent un triple effort sur: le nucléaire, le cyber espace et la marine pour se doter de capacités d’action et de projection extérieures.

Dans ce contexte de volonté nationale puissante et de concurrence régionale latente tant du Japon (qui dominera l’ASE pour se donner de la profondeur stratégique ?) que de l’Inde (qui dominera en Birmanie pour contrôler les accès terrestres au golfe du Bengale ?), comment évoluera la question clé de Taiwan, pour Pékin : ira-ton vers une solution du type Hong Kong (« Un pays- deux systèmes ») ou vers un conflit majeur ?

De même, Pékin irait-il jusqu’à faire la guerre pour quelques ilots de la Mer de Chine, s’il avait le sentiment que ses lignes vitales sont menacées ? Nul pays asiatique ne peut « perdre la face » sur des sujets où « l’honneur national » est en jeu !

Enfin quelle maîtrise Pékin peut-il exercer sur la Corée du Nord, pays désormais nucléaire mais qui semble très imprévisible ? Le pouvoir rationalisant de l’atome pourrait ne pas jouer, entraînant des réactions en chaîne incontrôlables en cas d’attaque du Nord sur le Sud. Toute l’ASE serait bien sûr impactée par l’onde de choc d’une telle montée aux extrêmes, même circonscrite régionalement.

La diaspora chinoise dans les pays ASE peut jouer un rôle de « Cheval de Troie » et tenter de ramener les opinions publiques asiatiques dans le camp de Pékin contre celui de Tokyo, en ravivant les souvenirs de « l’impérialisme japonais ».

  • Les USA,

Ils sont présents dans le Pacifique dès avant la 1ère Guerre et encore plus fortement après la 2de.  . La Guerre Froide qui a suivi de quelques années la défaite japonaise a permis l’établissement de bases américaines pour le « containment » du communisme asiatique, dont la poussée s’est traduite par les guerres de Corée et du Vietnam.

Cela n’a pas empêché les USA d’avoir progressivement destin lié avec la nouvelle Chine post Mao : l’épargne chinoise est massivement placée en bons du Trésor américain et l’industrie américaine a largement contribué à faire de la Chine « l’usine atelier du monde » !

Les Deux Grands, qui dominent la scène économique mondiale sont à la fois rivaux, concurrents et complémentaires, et les USA développent leurs systèmes d’alliance dans l’ASE pour faire pièce à toute velléité voire volonté chinoise d’aventurisme !

Jusqu’à quand ? Les USA recentrent vers le Pacifique et l’Asie le pivot stratégique de leurs forces armées, l’Atlantique et l’Europe ne posant plus de questions stratégiques « chaudes » d’autant que les USA ont également pris pieds en Asie Centrale, à l’occasion du conflit afghan.

Pour autant, les récents « événements » touchant l’Ukraine montrent que le continent européen n’est pas « un volcan éteint » et que, pour les USA, le pivot « Asie Pacifique » n’est pas exclusif !

Ils gardent par ailleurs une avance technologique et militaire considérable. Vis-à-vis de l’ASEAN, les USA jouent un rôle de protecteur en dernier ressort, comme en témoignent les voyages du président des Etats Unis et du Secrétaire d’Etat, dans ces pays.

Le cas birman est exemplaire : ostracisé par les USA au temps du paroxysme de la dictature militaire avec laquelle Pékin n’a jamais rompu les ponts pour cause d’accès terrestre au golfe du Bengale mais aussi pour son approvisionnement en énergie hydroélectrique. Dès les prémisses d’une évolution plus démocratique du régime birman les responsables politiques et économiques américains au plus haut niveau se sont succédé à Rangoon pour reprendre pied dans le pays des pagodes !

  • L’Inde.

Puissance nucléaire comme ses deux voisins immédiats que sont la Chine et le Pakistan, e l’Inde n’a, pour autant ni le même poids ni les mêmes ambitions régionales que la Chine et le Japon, vis-à-vis de l’ASE. Elle n’y conduit pas de « stratégie impériale » comme ces voisins asiatiques ou comme les USA, ni par manipulation du « hard power » via des démonstrations et gesticulations militaires, ni par usage du « soft » voire du « smart » power via les coopérations économiques et culturelles qui tissent autant de liens intra Asie du Sud Est, même si l’Inde est devenue le premier client des Etats Unis en matière d’armement, pour s’équiper en matériels de plus en plus sophistiqués afin de faire face à la menace chinoise.

L’Inde occupe une position géostratégique qui la rend d’abord attentive à ses frontières du Nord (Pakistan, Chine himalayenne) terrains de conflits armés non encore totalement réglés, ces deux voisins du nord étant, comme elle-même des Puissances nucléaires !

Ouverte naturellement sur l’Océan indien, elle ne souffre pas, comme la Chine ou le Japon, de la vulnérabilité que symbolise le détroit de Malacca pour les lignes d’approvisionnement de ces deux géants asiatiques.

Pour autant, l’Inde n’est pas absente du théâtre de l’ASE, et conduit une politique « à l’est », d’abord en Birmanie pour contrer l’influence chinoise pour le contrôle des accès terrestres au golfe du Bengale, et reste attentive au devenir des minorités indiennes (et hindouistes) de Malaisie (8% de la population malaise) pays traversé de tension entre communautés ethniques et religieuses, comme en ont témoigné les émeutes anti chinoises de 1969.

  • L’Union européenne

L’Europe, en ce compris la France, est un acteur majeur, mais silencieux, de la zone ASE : L'UE est le 3éme partenaire commercial de l'ASEAN après les Etats Unis et le Japon. Les entreprises de l'UE constituent les plus gros investisseurs dans les pays de l'ASEAN.

Si on additionne les moyens disponibles des 28 pays de l’Union, on est en face de la première puissance commerciale mondiale, de la deuxième économie mondiale, de la deuxième puissance militaire potentielle tant en terme de budgets consacrés à la défense qu’en terme d’effectifs sous les drapeaux. Faute de volonté politique collective, L’Union européenne est la « Belle Endormie » de la puissance mondiale ! l’UE est en phase de désarmement alors que l’Asie réarme très fortement : en conséquence l’UE ne doit à aucun prix s’engager dans un conflit asiatique, dont elle ne sortirait pas vivante !

Dans l’ASEAN Singapour et la Malaisie sont les plus puissants partenaires de l'UE tant pour les importations que les exportations. L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni pèsent 55% des exportations de l'UE vers l'ASEAN. L'Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni se partagent 58% des importations.

L'UE a signé « le traité d'amitié et de coopération » en Asie du Sud Est qui constitue un pacte de non agression et de coopération entre les 10 états de l'ASEAN et les 28 pays de l'Union européenne.

Par ailleurs, l'UE a signé des accords bilatéraux de partenariat et de coopération avec l'Indonésie, le Vietnam et les Philippines qui s'appliquent à tous les pays de l'Union.

En juillet 2012 UE et ASEAN ont décidé d'intensifier leur coopération dans le commerce, l'intégration régionale, la lutte contre la criminalité transnationale, la cybercriminalité et le terrorisme. Actuellement un accord de libre échange est en cours de négociation (déjà signé avec Singapour).

Le passé colonial est à la fois un atout dans les relations internationales, car chacun connait le partenaire, mais aussi un handicap car quels souvenirs ont laissés chez le colonisé les colonisateurs ?

Dès 1996 s’est créé, à l’initiative de la France et de Singapour, l’ASEM (sommet Europe Asie) et l’ASEF (Fondation Europe-Asie) pour construire les liens de coopération économique, politique et culturelle entre les deux entités

L’ASE, par son dynamisme économique et sa volonté de développement multipartenaire, est une opportunité de business pour l’UE qui reste la première zone commerciale du Monde. Des secteurs comme l’aéronautique, le BTP, l’environnement (eaux- assainissement- déchets), les transports terrestres, la santé, l’énergie et les matières premières… et les entreprises « du CAC 40 » y sont déjà très présentes : il y a une forte adéquation entre les besoins de ces pays, de ces populations et les savoir- faire des entreprises européennes!

II partie : Propositions pour l’Europe et la France :

II 1 : L’influence de « l’Euroland » en ASE

A. L’Euroland :

Afin de lutter contre un certain immobilisme de l'Union européenne, dont la gouvernance est de plus en plus décriée et jugée inefficace, le projet d'une eurozone intégrée, fer de lance de l'Union, semble la meilleure solution. L'Euroland sera plus écoutée des organisations régionales des pays de l'Asie du Sud-Est et verra son influence renforcée dans cette partie du monde : L'Euroland est appelée à être le« noyau dur » de l'Union européenne

La création de la monnaie unique a changé la donne au sein de l'Europe des 28. Sous la pression des membres fondateurs, et surtout de la crise économique et financière, la création de l'Euroland, fédération d'Etats-nations, est de plus en plus préconisée.

Pour les organisations régionales de l'Asie du Sud-est, l'Euroland peut être un modèle et parmi les organisations régionales de l'Asie du Sud-est, l'ASEAN est celle qui sera la plus proche de l'Euroland.

B. Similitudes Euroland- ASEAN ?

Avec quelques décalages dans le temps, la convergence d'évolution entre l'Asie du Sud-est et l'Europe mérite d'être soulignée. L'instabilité, la démarche, les oppositions entre pays fondateurs et les nouveaux arrivants, le rôle des crises économiques et financières sont des éléments que l'on partage.

-L'instabilité d'abord : Aujourd'hui les observateurs constatent cette instabilité parmi certains membres de l'ASEAN. La Birmanie sort progressivement d'une dictature militaire, et l'évolution démocratique demeure hypothétique malgré le charisme de Mme Aung San Suu Kyi. En Thaïlande la crise politique, entre les monarchistes et conservateurs -dits les jaunes- d'une part, et les partisans du chef de gouvernement -les chemises rouges- d'autre part, menace l'économie. Au Cambodge, le premier ministre a réprimé dans le sang les manifestations des ouvriers du textile.

Toutefois n'oublions pas que l'Europe est sortie de cette instabilité relativement récemment. En effet, la Grèce, le Portugal et l'Espagne en ont fini avec leurs dictatures qu'au milieu des années 1970. En Europe centrale et orientale c'est la chute du bloc soviétique en 1991 qui va conduire les dix pays, libérés du joug communiste, vers leur adhésion à l'Union européenne en 2004. L'éclatement de la Yougoslavie va générer des conflits dans les Balkans en Serbie, en Slovénie, en Bosnie et en Croatie. Et quid de l'Ukraine aujourd'hui ?

-La démarche ensuite : Pour éviter un nouveau conflit fratricide, après les tragédies des deux guerres mondiales, six pays créent la Communauté européenne du charbon et de l'acier en 1951, première pierre de l'édifice qui conduira à l'Union européenne.

En miroir, afin de faire barrage aux communistes, développer la croissance, le développement et assurer la stabilité dans la région, les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande fondent l'ASEAN en 1967.

De la même manière que l'Union européenne, qui s'est étoffée au fil des années par des élargissements successifs, l'ASEAN s'est ouverte en 1995 au Vietnam, en 1997 au Laos et la Birmanie, en 1999 au Cambodge.

-Les problèmes et les divisions entre pays fondateurs et nouveaux membres enfin :

Dans l'ASEAN les pays fondateurs sont en parties des démocraties (Thaïlande, Philippines, Indonésie), sont plus riches et veulent accélérer l'intégration. Les nouveaux arrivants sont parfois autoritaires (Birmanie, Vietnam), plus pauvres, et souhaitent le statu quo dans les institutions. Ils préfèrent que l'accent soit mis sur l'aide et l'assistance et non sur le commerce. Ces nouveaux membres désirent que soit maintenue la politique de non ingérence.

Dans l'Union européenne les pays fondateurs, progressivement, avancent vers plus d'intégration (accords de Schengen, monnaie unique) alors que les autres, ne voient que les avantages du marché unique (Royaume-Uni) ou les bénéfices des fonds structurels (pays d'Europe centrale et orientale).

-En outre, les crises économiques et financières poussent aux réformes :

La crise économique asiatique de 1997 a montré l'incapacité de l'ASEAN à la régler. Mais cette crise a convaincu les pays membres d'améliorer la coopération financière et monétaire. Cela leur a permis de faire face aux turbulences de 2008.

La crise économique et financière, consécutive à la faillite de Lehman Brother's,

a provoqué un tsunami en Occident. Elle a mis au grand jour les dettes souveraines abyssales de certains Etats de la zone euro, tel que la Grèce, et a contraint à des réformes structurelles importantes (déjà évoquées supra).

En conclusion, cette convergence d'évolution est un facteur de compréhension mutuelle et donc de rapprochement. Rapprochement d'autant plus aisé, que l'ASEAN ne peut plus guère s'ouvrir qu'au Timor oriental d'une part, et que l'Euroland, instruit des inconvénients des élargissement qui minent la gouvernance de l'UE et du précédent grec, veillera avec beaucoup plus de rigueur à accueillir tout nouveau postulant d'autre part.

C.L'influence de l'Euroland en Asie du Sud-est

Cette influence s'exercera à cinq niveaux: politique, économique, militaire, culturel et humanitaire.

-Au niveau politique cette ossature européenne solide rapprochera l'ANASE du Vieux continent, dans une volonté commune de bâtir un monde multipolaire réel face à la Chine et aux Etats-Unis. Elle consolidera les démocraties actuelles d'Asie du Sud-est et aidera à l'émergence de nouvelles, par exemple en Birmanie ou au Vietnam. Par son expérience de l'Etat de droit, elle influencera pour faire reculer la grande corruption dans certains Etats, comme l'Indonésie.

-Au plan économique, cette fédération d'Etats-nations favorisera les fusions de majors nationales, afin de constituer des grands groupes européens ayant une taille critique pour concurrencer les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Corée du Sud dans un marché de près d'un milliards d'habitants en 2050.

La BCE, devenue une véritable FED, c'est-à-dire ayant conquis le statut de prêteur en dernier ressort, et par conséquent capable d'influencer le cours de l'euro, renforcera la confiance dans la monnaie unique. Celle-ci amplifiera son rôle de monnaie de change internationale concurrençant le yuan et le dollar. Cela permettra aux pays du Sud-est asiatique de ne pas rester captifs face au yuan et au dollar et dynamisera encore la place financière de Singapour. L'union bancaire, devenue réalité dans l'Euroland, accroîtra encore le poids de la BCE qui sera l'instrument de la stabilité financière de l'eurozone.

-Au plan militaire, pour compenser l'affaiblissement de l'OTAN consécutif au « pivot » américain vers l'Asie-Pacifique, une véritable défense européenne sera créée dans l'Euroland. Dans un contexte de maritimisation, due à la mondialisation et l'explosion des échanges maritimes, de la course aux armements en Asie-Pacifique, l'Euroland sera à même de répondre à ces défis.

Enfin libéré des pays de l'Union européenne réfractaires à toute défense européenne autonome (tels que le Royaume-Uni, ou la Suède) l'Euroland permettra une meilleure interopérabilité des matériels des armées de l'eurozone, imposera un commandement unique au sein d'un Etat-major fédéré, affectera un budget fédéral à un ministre de la défense de l'Euroland.

L'Euroland profitera de la position stratégique des bases navales françaises pour les faire monter en puissance : d'une part à la Réunion4, cœur du triangle chino-indiano-africain, d'autre part, en Nouvelle Calédonie ouverture vers l'Indonésie et les Philippines Cette transformation profonde, voire cette révolution copernicienne, donnera à cette fédération d'Etats-nations une indépendance d'action en Asie du Sud-est et en fera un acteur stratégique reconnu, au même titre que les deux rivaux de l'Asie-Pacifique. La défense de l'Euroland dépassera les missions de Petersberg, pour être capable de prendre les responsabilités d'une Europe-puissance.

-Au plan culturel, les liens historiques tissés au fil des siècles entre pays du Vieux continent et ceux du Sud-est asiatique (Le Portugal au Timor oriental qui devrait intégrer l'ASEAN en 2015, la France dans les pays d'Indochine, les Pays-Bas en Indonésie) seront en mesure de renforcer l'assise de l'Euroland dans cette région du monde. Ainsi le nombre de visas, actuellement, a été multiplié par vingt pour que les Indonésiens apprennent le français, confortant ainsi une influence réelle déjà exercée par la France grâce à la francophonie en Asie du Sud-est.

-Au plan humanitaire l'Euroland pourra être un soutien important des Etats de l'ASEAN. En effet, le PIB mondial va évoluer au gré du changement climatique. Or l'Euroland ne sera guère touché alors que le Cambodge, les Philippines, le Vietnam, l'Indonésie, la Thaïlande sont classés  à haut risque5.

II2. Un « raisonnable pivot » français en ASE.

a)-Forces et faiblesses d'une France « puissance moyenne » .

Si l'Union européenne demeure ce qu'elle est actuellement, c'est-à-dire essentiellement un grand marché unique, la France doit pouvoir jouer, à horizon 2030- 2050, en Asie du Sud Est un rôle de pivot européen.

Puissance certes moyenne mais possédant la 2ème zone économique exclusive du monde après les Etats-Unis, la France doit continuer d’assurer une présence dans l'Océan Indien et sur ses bases dans l'océan Pacifique pour garantir la sécurité des routes maritimes qu'elle emprunte.

Si elle s’adapte enfin au XXIème siècle, la France fera alors fructifier au mieux ses atouts dans les domaines politique, économique, culturel et de la sécurité à travers des accords bilatéraux.

-Politiquement, elle pourra faire valoir son rôle de nation moteur dans l'Union européenne, son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, sa place de vieille démocratie et son expertise dans l'Etat de droit.

-Economiquement, elle renforcera ses liens avec l'ANASE d'une manière générale et, plus particulièrement avec certains de ses membres tels que la Malaisie, l'Indonésie,, Singapour (2ème port du monde après Shanghai), le Laos, avec lesquels elle a d'ores et déjà des échanges importants. Elle profitera de ses liens historiques avec les pays indochinois notamment le Vietnam

-Culturellement elle s'appuiera sur la francophonie dont sont membres trois pays de l'ASEAN à savoir le Cambodge, le Laos et le Vietnam. La Thaïlande y participe en tant qu'observateur. En 2013, l'UNESCO classe la France en 3ème place des destinations privilégiées des étudiants étrangers, derrière les Etats-Unis et le Royaume Uni (289274 étudiants étrangers entre 2012 et 2013). Certes, un étudiant étranger sur deux vient du continent africain. Il nous revient d'attirer également ceux du Sud-est asiatique qui deviendront les ambassadeurs de notre savoir faire.

-Dans le domaine de la sécurité la France pourra faire valoir son expertise dans l'armement maritime puisqu'elle dispose d'un format complet en la matière.

Mais la France devra aussi corriger ses faiblesses.

Au plan économique, en parvenant à baisser drastiquement sa dette souveraine, donc ses déficits intérieurs et extérieurs. La remise en ordre de ses finances publiques est la condition sine qua non de sa possibilité d’action recouvrée, dans le Monde

Au plan militaire elle devra s'interroger sur la pertinence de la préconisation du livre blanc de la défense publié en 2008, c'est-à-dire de « diminuer et rationaliser les dispositifs militaires en Polynésie française, aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie » alors que les Etats-Unis renforcent leur présence dans cette zone.

Il lui faudra, alors que l'Europe désarme, poursuivre son partenariat avec l'armée britannique (à l'image des accords de Lancaster-House) seule défense encore crédible avec celle de la France au sein de l'Union européenne.

1Les échanges franco-malaisien ont atteint en 2012 un niveau record de 5,3 milliards d'euros, en augmentation de 25% par rapport à 2011 (exportations françaises 3 milliards d'euros et importations, 2,3 milliard d'euros), confirmant la Malaisie comme 2ème partenaire commercial de la France au sein de l'ASEAN, après Singapour (et avant la Thaïlande).La Malaisie est passée en 25 ans du stade de pays en développement à celui de pays développé.

2La France a signé un accord de partenariat stratégique avec l'Indonésie (membre du G20) et a ouvert, en 2010, une mission économique Ubifrance à Jakarta. Alstom, Schneider, Total, Lafargue, Danone, l'Oréal y sont présents.

3Avec un volume d'échanges de 9 milliards d'euros, Singapour est notre 1er partenaire en Asie du Sud Est et le 3ème en Asie (après la Chine et le Japon). C'est le 14ème client de la France dans le monde. La coopération de défense occupe une place centrale dans la relation bilatérale avec la France. Celle-ci est le 2ème fournisseur d'équipements de défense de Singapour, après les Etats-Unis, et la cité-Etat est notre 2ème partenaire bilatéral de recherche technologique de défense. La position stratégique de Singapour, à l'embouchure du détroit de Malacca en fait un partenaire militaire privilégié dans une zone traditionnellement sous influence américaine.

4 La France est le 5ème investisseur étranger dans ce pays et le premier investisseur occidental (groupes Essilor, Bouygues, Bolloré...). Il y a 2000 ressortissants français au Laos dans une centaine de PME (hôtellerie, conseil, assurance...). Le Laos est un pays pauvre de 6,5 millions d'habitants dirigé par un gouvernement socialiste de modèle chinois.. Les richesses de ce petit pays sont le cuivre, le fer, le pétrole et l'énergie hydraulique. Il produit beaucoup d'électricité et en consomme peu. On l'appelle "la batterie de l'Asean". Son projet économique est salué par le FMI et, son évolution dans le calme rassure les investisseurs. Il réalise 90% de ses échanges commerciaux avec l'Asean et, à ce titre, pourrait être une porte d'entrée dans les pays du Sud-est asiatique, comme Singapour.

5Le Vietnam est pour la France un partenaire important en Asie. La France a été l'un des 1er pays occidentaux à soutenir la politique de rénovation du Vietnam, accompagnant le développement et l'ouverture de ce pays depuis plus de 20 ans. Au niveau économique, et notamment l'aide au développement, la France est le 2ème pays donateur bilatéral du Vietnam après le Japon. La France est le 2ème investisseur européen (derrière les Pays-Bas) et le 15ème investisseur mondial au Vietnam. Les échanges commerciaux franco-vietnamiens évalués à 3,3 milliards d'euros en 2012, font preuve de dynamisme (+ 22%). La part de marché française se situe aux alentours de 1%.

6Selon Valérie Niquet, chercheur de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, « la montée des ambitions chinoises en mer de Chine du Sud et le développement de ses capacités de projection est un des facteurs de la modernisation des flottes du Sud Est asiatique, et les sous-marins sont devenus ces dernières années l'un des vecteurs privilégiés des forces navales de la région ».Mr Christian Le Miere, expert de l'International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres constate: que la Chine va positionner une partie de ses 66 sous-marins à sa base de Hainan ; que le Vietnam est en passe d'acquérir 6 sous-marins, l'Indonésie en commande 3, l'Australie veut passer de 6 à 12, le Japon de 16 à 22 d'ici à 2020 ; que la Corée du Sud en a acheté 12 depuis les années 1990, et la Malaisie 2. L'Inde a déjà 15 bâtiments classiques et a mis à l'eau son premier sous-marin nucléaire en avril 2012.

b) Elle peut jouer un rôle moteur pour l’Europe en ASE :

Le rôle de la France et de l'Union européenne en Asie du Sud-est en 2050 sera fonction de trois éléments.

D'abord, de la survenance ou non d'un conflit majeur entre la Chine et les Etats-Unis en Asie-Pacifique.

Ensuite du scénario d'évolution choisi pour l'Europe.

Enfin de l'inféodation ou non de l'ASEAN à l'Empire du Milieu.

L'émergence d'un Euroland-puissance apparaît comme la seule possibilité de rapprochement significatif des Etats de la zone euro avec ceux de l'Asie du Sud-est.

Les pays de l'ASEAN ont besoin d'un partenaire de confiance, susceptible de leur apporter son expertise, pour parvenir à plus de stabilité intérieure. Mais ils recherchent également un pôle, doté d'une puissance militaire suffisante, leur évitant d'être vassalisés par la Chine ou les Etats-Unis. L'Euroland c'est une troisième voie...

Conclusion

Comme les pays européens, les pays ASE ont une communauté de destin malgré leur hétérogénéité de départ. L’ASE constitue ainsi un espace d’opportunités géostratégiques, économiques, culturelles, militaires, politiques,

La force de l’Europe dépendra de sa détermination et de sa capacité à définir une ambition mondiale en jouant la carte d’une convergence politique et économique plus coopérative avec cette région du monde vers laquelle bascule l’essentiel des richesses.

L’Europe doit profiter de l’élan de création d’une zone de libre-échange eurasiatique pour créer un partenariat stratégique avec l’ASEAN dont l’alliance avec les USA ne doit pas se confondre avec une subordination. Elle doit s’organiser pour exister par elle-même.

L’AR15 réitère ainsi les propositions qu’elle a exprimées à l’occasion des rapports précédents : sa conviction  qu’une Europe intégrée et puissante constituera un pôle d’attraction et d’imitation pour nombre de zones géographiques aujourd’hui traversées de tensions voire de conflits.

La force de la France, quant à elle, sera sa capacité à organiser des alliances multiples dans une stratégie d’intérêt national d’abord orientée par les exigences du monde et non par son agenda interne (le monde de demain sera un monde d’anticipation). A elle ensuite de trouver la manière dont elle veut faire converger sa politique vers un intérêt général européen commun.

Le co-développement avec l’ASEAN par l’échange, la libre circulation des hommes, des idées, des capitaux et des marchandises est certainement la clé du développement économique, de la démocratie et de la Paix.

L’Europe et de la France disposent ainsi d’atouts potentiels forts mais dans ce monde asiatique qui reste instable voire dangereux, le soft power européen suffira-t-il à faire entendre la voix de la sagesse et de la paix ?

Le partenariat stratégique Europe- ASE que nous appelons de nos vœux est susceptible de permettre aux pays de l’Asie du Sud d’éviter de se trouver écartelé entre Chine et USA, tout en coopérant utilement avec leurs Grands Voisins.


Table des matières.

Introduction :

  • Le champ de l’étude
  • Les hypothèses de travail :

            Il n’y aura pas de conflit majeur

            Il n’y aura pas de leadership régional incontesté.

I Partie : rapide état des lieux.

  • I1 : L’ASE, de l’OTASE à L’ASEAN

            L’ASE est fortement hétérogène

            Un processus d’intégration « à l’européenne »

            Les organisations régionales de l’ASE

  • I2 : les stratégies des « grands intervenants », leur « jeu de go »

            Le Japon

            La Chine

            Les USA

            L’Inde

            L’UE

II partie : propositions d’action pour l’Europe et la France :

  • II1 :l’influence de l’Euroland en ASE

            L’Euroland,

            Similitudes Euroland ASE

            L’influence de l’Euroland et ASE

  • II2 : un « raisonnable pivot » français en ASE

            Forces et faiblesses d’une France « puissance moyenne »

            La France  peut jouer un rôle moteur pour l’Europe en ASE

Conclusion