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Bilan et perspectives de la présence française en Asie du Sud-Est.

 

 

Pourquoi ce zoom sur la France ?

Parce que dans un contexte mondial où les Etats-Unis certes relativement affaiblis continuent à appliquer le « USA first », que les pôles émergents ne s’installent pas vraiment sur toutes les dimensions de la puissance, que la perspective de l’Union européenne reste celle d’un simple «euroland», il appartient à la France de s’installer dans une vocation de puissance moyenne, peut-être un peu plus, ne serait-ce qu’au regard de ses 11 millions de km2 d’espaces terrestres et maritimes que constituent les territoires sous sa souveraineté.

L'Asie du Sud-Est s’installe au cœur d'une mondialisation de plus en plus centrée sur l'Asie orientale.

Composée de onze Etats : le Cambodge, le Laos, le Vietnam, le Myanmar, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour, l'Indonésie, les Philippines, Brunei et le Timor Oriental ,

-          elle est le carrefour maritime entre l'océan Indien, l'océan Pacifique et la mer de Chine méridionale,

-          elle contrôle tous les points clés de ces axes maritimes par les détroits de Malacca, de Batavia, de Lombok et de Macassar,

-          elle devrait représente un potentiel démographique de plus de 600 millions d'habitants

-          elle est synonyme de perspectives économiques remarquables.

L’Europe et la France ont leur part à jouer en multipliant les axes de dialogue et en renforcer la qualité des partenariats existants, notamment en termes de réflexion politique, à travers l’ASEM et le dialogue UE-ASEAN en particulier.

La France est en tout état de cause reconnue comme un acteur de la sécurité régionale en Asie.

Un dialogue politico-militaire existe entre la France et la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Mongolie, et en ce qui concerne l’Asie du Sud-Est avec Singapour, l’Indonésie, la Malaisie, le Vietnam.

Un renforcement de la présence française en Asie et en Asie du Sud-Est à la hauteur de nos capacités servirait nos intérêts.

Dans une première partie, nous nous attacherons à rappeler le poids de l’histoire et la méconnaissance du Sud Est asiatique pour les Français.

Dans une seconde partie nous évoquerons les éléments qui marquent la volonté pour la France de s’installer en Asie et en Asie du Sud-Est.

Dans une dernière partie, nous étudierons les possibilités d’un « pivot » français à la hauteur des capacités françaises vers l’Asie du Sud-Est.


I-            Le poids de l’histoire et la méconnaissance du Sud Est asiatique.

L’Asie du Sud Est dans l’espace plus global de l’Asie.

La vitalité économique et les enjeux sécuritaires de l’Asie vont indéniablement structurer le XXIe siècle.

II est raisonnable l’Asie du Sud-Est en mettant en perspective les grands enjeux de l’Asie dans son ensemble.

L’Asie c’est :

-       de grandes dynamiques : croissance chinoise, émergence de l’Inde, des processus d’intégration régionale,

-       des sociétés en cours de démocratisation, en quête identitaire ou confrontées au facteur religieux,

-       de grandes puissances qui cherchent y à intégrer les réseaux d'idées et d'affaires.

-       des voies maritimes incontournables,

-       l’émergence de politiques étrangères des pays de la zone tendant à dépasser le cadre régional : pénétration de la Chine en Afrique, efforts de positionnements de l’Inde sur la scène internationale,

-       cinq pays dans le G20 : Chine, Corée, Inde, Indonésie et Japon, un nombre croissant d’acteurs avec lesquels il faut désormais compter dans le traitement de l’ensemble des grands dossiers internationaux,

-       quatre puissances nucléaires : Chine, Corée du Nord, Inde, Pakistan,

-       le théâtre de crises complexes et de tensions multiformes :

  • la crise coréenne et son impact sur les relations Corée-Chine-Japon-Etats-Unis
  • la crise afghane et son impact sur les relations Inde-Pakistan-Chine-Iran-Etats-Unis
  • des revendications territoriales en Asie du Sud’Est, en Birmanie, Indonésie, au sud de la Thaïlande, au Mindanao aux Philippines.
  • des zones à la stabilité incertaine : les Maldives, le Sri Lanka, le détroit de Taïwan et pour l’Asie du Sud-Est proprement dit: la Birmanie, les Philippines, la Thaïlande.

-       le Japon qui, par le biais de ses entreprises délocalisées et de ses investissements, reste le principal partenaire commercial et industriel des pays de l’ASEAN,

-       dans certains secteurs d’activité, notamment dans le secteur de l’énergie, l’apparition de la Russie: la thèse selon laquelle la Russie est essentiellement dépendante des achats énergétiques de l’Europe ne semble plus d’actualité,

-       sous tutelle des Etats-Unis, l’Australie qui essaie de pousser ses pions en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique,

-       la zone d’intérêts privilégiés de Pékin ; toutefois la Chine prête attention aux possibles réactions négatives dont la diaspora chinoise a déjà souffert, et les Chinois observent une certaine prudence dans leur approche.

Les enjeux qui en découlent dépassent le cadre régional et sont à envisager plus comme des défis que comme des menaces. Toutefois l’anticipation à court ou moyen terme demeure un exercice difficile.

L’Asie du Sud-Est inconnue en France. La plupart du temps, les médias abordent l’Asie du Sud-est à l’occasion de catastrophes naturelles !

-       On s’interrogeait dans les années 1990 sur l’évolution de l’Islam en Indonésie et en Malaisie.

-       D’autres éléments mal connus ou incertains : la marche de ces pays vers la démocratie et le respect des droits de l’homme est loin d’être linéaire. Elle est marquée de blocages complets comme en Birmanie, de progrès et de reculs comme en Thaïlande.

-       Une zone longuement marquée par les difficultés d’intégration économique et politique.

Le foisonnement d’organes variés de soutien aux intégrations n’a pas vraiment apporté de solution.

De façon générale, cette méconnaissance s’explique par le fait que l’Asie du Sud-Est est un ensemble extrêmement diversifié et difficile à cerner.

-       Cette situation ne facilite pas la relation entre l’Union européenne et l’ASEAN.

On s’est réjoui de l’ouverture de canaux de discussion.

Toutefois l’Union européenne trouve difficilement des interlocuteurs européens de haut niveau pour les sommets U.E./ASEAN, un dialogue qui n’en est pas vraiment un, maintenant une bureaucratie impuissante et coûteuse…

L’Asie du Sud-Est représente un peu moins de 10% de la population mondiale et 4% à 5% des échanges extérieurs de l’Union européenne.

Cette relative méconnaissance est un élément d’explication de la longue absence de la France et de l’Europe dans cette zone.

Un élément ne doit jamais être oublié : La France a été traumatisée par la fin de la guerre d’Indochine et par Dien Bien Phu.

Exception faite du geste fondateur du Général De Gaulle reconnaissant la Chine en 1964 et du discours de Phnom Penh en 1966, éléments de notre influence dans cette région du monde, après 1954, il a fallu trente ans pour que renaisse en France un intérêt pour l’Asie et une politique asiatique.

Jusqu’en 1982, il n’y avait jamais eu de visite d’Etat d’un président français au Japon, ni en Indonésie. Ensuite on s’intéressa à la Malaisie puis à la Thaïlande, jusqu’à la crise de 1997…

Mais il n’y avait pas véritablement de politique continue, sauf dans le domaine de l’assistance économique et financière : les protocoles financiers ont permis, dans cette période, à nos entreprises, à nos grands groupes industriels, s’adossant à ces financements préférentiels d’être présents dans ces pays.

La décision de l’OCDE de supprimer ce type d’instrument a entraîné un repli de beaucoup de nos industriels. De la même manière, dans les années 1990, on a eu tendance à se focaliser sur les deux géants évoqués tout à l’heure : la Chine et le Japon.

Ainsi, on a laissé complètement à l’abandon l’Asie du Sud-Est. Seuls quelques secrétaires d’Etat ont fait le voyage pour donner l’impression que des politiques s’intéressaient un peu à ces pays.

Gardons à l’esprit que ce qui a fait notre influence politique dans la région, c’est l’attitude adoptée par le Général De Gaulle et ses successeurs vis-à-vis des Etats-Unis, c’est notre politique d’indépendance et d’autonomie.

Notre retour dans le commandement intégré de l’OTAN ne risque-t-il pas d’atténuer notre crédibilité dans la région ? Il faudra faire œuvre de pédagogie dans ce domaine.

Nous avons un gros effort à faire pour revenir dans ces pays. Nous sommes maintenant, dans tous les pays de l’ASEAN - sauf peut-être au Vietnam – à pas plus de 1% de part de marché, avec toutefois un niveau d’investissement un peu plus satisfaisant.

L’avenir est à construire…


II-           La volonté pour la France de s’installer en Asie et en Asie du Sud-Est.

La présence de L’Europe et de la France au travers du dialogue Europe Asie : un dialogue avec l’Asie dans sa globalité mais nettement orienté vers l’Asie du Sud-Est.

Les sommets de l'Asia-Europe Meeting (ASEM), forum créé en 1996 à l'initiative de Jacques CHIRAC et de Singapour, vise essentiellement à renforcer le dialogue politique et économique entre les membres de l'Union européenne et ceux de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (ASEAN), hors la présence des Etats-Unis.

L'Europe, vue d'Asie.

L’Europe n’est perçue actuellement qu’à travers son poids économique et les déboires de la zone euro.

L’Union Européenne et encore moins la France ne sauraient aujourd’hui incarner une alternative à la Chine et aux Etats-Unis pour les pays de la région. La relation est de plus asymétrique, l’Asie n’ayant pas d’intérêt sécuritaire en Europe.

En Asie, les Européens n'existent pas, constate-t-on lucidement dans les milieux français de la défense. Il y a une perception que notre place n'y est pas naturelle. Tout reste à bâtir »

Un diplomate d'un pays d'Asie du Sud-Est, en poste à Paris, confirme ce constat : « depuis le reflux de la décolonisation, les responsables politiques européens ne connaissent plus l'Asie. Ce sont les entreprises européennes qui la connaissent... »

C’est pourquoi l'Union européenne en tant que telle cherche à rehausser son profil auprès des "émergents" asiatiques.

La France, seul grand Etat européen présent à Vietnam au sommet de l’ASEM de novembre 2012, ni David CAMERON, le premier ministre britannique, ni Angela MERKEL, la chancelière allemande, n’ont fait le déplacement, donne un signe précurseur d'un « pivot français » vers l’Asie :

Le Japon devient une priorité,

La politique en direction de la Chine est reformulée pour introduire de la stabilité dans le rapport bilatéral :

  • respect mutuel (souveraineté, intangibilité des frontières),
  • responsabilité (chaque Etat devant agir conformément à son rang et à ses capacités),
  • réciprocité (une juste règle du jeu économique- la Chine est le pays avec lequel la France a le plus gros déficit commercial (25 milliards d'euros).

Dotée d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU dotée de capacités navales militaires et d'une histoire coloniale en Asie, la France a la volonté d’être un acteur à part entière dans la zone, dépassant la simple dimension de récolte de contrats commerciaux.

Une volonté de présence globale qui s’accompagne lucidement du constat que la France n'a pas les moyens ni le souhait de se poser en alternative ouverte aux Etats-Unis, en tant que partenaire pour les pays de la région, inquiets de la montée en puissance chinoise.

Si la France marque son intérêt pour les grands enjeux stratégiques de la région, les perspectives d’actions sont encore à l'ébauche.

Toute la difficulté

-       est de définir ce qui est faisable par temps de budget contraint,

-       est d’identifier ce qu’attendent de nous les pays de la région,

-       de choisir les Etats capables de devenir des relais vers d'autres gouvernements ou communautés et présentant des garanties de bonne gouvernance.

La région représente un grand marché de l’armement malgré l’embargo sur la Chine.

Ainsi la France cherche, comme d'autres, à profiter du phénomène régional de course aux armements.

-       livraison de sous-marins français à la Malaisie,

-       contrat pour les avions Rafale en Inde.

« 11 mars 2014-Selon les médias indiens, Dassault et HAL auraient terminé leurs négociations concernant le transfert de technologies lié à la vente des 126 Rafale à l'armée indienne. La part française de la charge industrielle sur l’ensemble du contrat reculerait de 50 à 40%. La signature finale du contrat devra attendre la tenue des élections législatives en mai prochain. Selon le site d'information […]

17 mars 2014- Le volet industriel du contrat Rafale enfin bouclé Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, a confirmé le 13 mars l’accord sur le partage industriel attenant au contrat Rafale négocié avec l’Inde. Il a en parallèle démenti la baisse du volume de production […] ».

-       La Birmanie redevenue "fréquentable", est un autre marché très couru désormais par les firmes occidentales d'armement.

-       Un accord de "partenariat stratégique" a été conclu avec le micro-Etat de Singapour,

« Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault et son homologue de Singapour Lee Hsien Loong ont signé le 22 octobre 2012 un accord de "partenariat stratégique" entre les deux pays qui prévoit notamment le renforcement de la coopération en matière de défense.

Il a rappelé que Singapour et l'Union européenne étaient en cours de négociation d'un accord de libre-échange. "Nous apprécions le soutien de la France pour cet accord", a-t-il souligné. Cet accord de partenariat comportera un volet défense, dont le contenu n'a pas été précisé.

La France et Singapour ont déjà une "coopération renforcée" dans ce domaine, avec en particulier la formation en Gironde de pilotes de l'armée de l'air de Singapour, a rappelé le dirigeant singapourien ».

-       mais les offres de fournitures militaires françaises aux Philippines (missiles, systèmes de défense) ont agacé les chinois.

Pékin a fait passer le message à Paris que pareille politique de soutien à l'armement d'Etats entretenant des conflits maritimes avec la Chine serait préjudiciable à la relation bilatérale : s’'agissant des tensions en mer de Chine méridionale, à aucun moment le rôle de la France ne peut être de prendre position. Nous ne pouvons que souhaiter que des instruments de sécurité collective [sur lesquels travaille l'Asean] soient mis en place, avec un code de conduite sur la liberté maritime.

La concurrence des pays européens.

En Asie, comme sur les questions internes européennes, La France est essentiellement confrontée à l’Allemagne.

Mais le cavalier seul allemand est surtout tourné vers la Chine.

Angela Merkel est une "visiteuse" fréquente de la Chine.

-       L'Allemagne a développé une stratégie économique en solo,

-       agissant au plus près de ses intérêts,

-       sans beaucoup se soucier de cohérence européenne,

-       ce qui fait le jeu de Pékin, passé maître dans l'art d'enfoncer des coins entre les Etats européens (cas de la négociation séparée Allemagne-Chine en faveur des industriels allemands, producteurs de panneaux solaires, circonvenant la position défendue par la Commission européenne.

Par contre comme nous l’avons signalé dans la première partie, l’intérêt d’une présence globale des pays européens hors la France est peu marqué pour l’Asie du Sud-Est.


III-         les possibilités d’un « raisonnable pivot » français vers l’Asie du Sud-Est à la hauteur de nos capacités.

L’équilibre des forces régionale en Asie de l’Est évolue, plutôt que d’essayer de lutter contre, il convient de s’y adapter.

La France n’a plus une place « naturelle » dans la région et ce malgré notre participation à la guerre de Corée ou l’histoire coloniale française, les mentalités et les élites asiatiques ont changées.  

Par ailleurs une simple lisibilité culturelle ne garantit pas nos intérêts politiques, économiques et sécuritaires.

La France ne doit pas risquer une posture dépassant ses capacités. Son pré carré sécuritaire reste dans un arc de crise proche de son territoire national de l’Afrique du Nord au Moyen-Orient.

A fortiori, il ne serait pas raisonnable que la France cherche à développer une stratégie du pivot qui donnerait l’impression de contenir la Chine. Elle n’en a ni les moyens, ni l’intérêt de s’impliquer dans tous les dossiers régionaux de l’Asie du Sud-Est.

Par contre, la France peut rappeler les grands principes internationaux, jouer un rôle de médiateur, favoriser le dialogue et l’expertise sans  prendre partie.

Ainsi, la France doit approfondir le partenariat stratégique avec la Chine, partenaire incontournable sur les grands dossiers internationaux, mais doit surtout s’installer dans une intégration régionale positive en Asie du Sud-Est.

Les opportunités offertes par l’Asie du Sud-Est.

L’ASEAN a célébré, en novembre 2007, à Singapour, son quarantième anniversaire sur un réel constat de succès.

L’Asie du Sud-est est, pour l’Europe et pour la France, une alternative économique solide aux géants nationaux que sont l’Inde et la Chine, pour les grands partenaires occidentaux comme pour la Russie.

Les orientations de la région en matière de libre-échange et de structuration économique revêtiront en tout cas une importance capitale.

-       L’édification de l’ASEAN en Communauté économique en 2015, les projets de développement des infrastructures, les efforts d’intégration des pays de la région sont autant de similitudes avec la construction européenne (« Avec quelques décalages dans le temps, la convergence d'évolution entre l'Asie du Sud-est et l'Europe mérite d'être soulignée. L'instabilité, la démarche, les oppositions entre pays fondateurs et les nouveaux arrivants, le rôle des crises économiques et financières sont des éléments que l'on partage » - groupe Arras) et de signes positifs ouvrant des perspectives pour nos entreprises, installant l’ASEAN comme un partenaire naturel de l’Europe.

Ce partenariat s’est d’ailleurs concrétisé par l’adhésion de l’Union européenne au Traité d’Amitié et de Coopération en Asie du sud-est.

-       La zone de libre-échange établie entre l’ASEAN et la Chine offre des possibilités.

-       La mise en œuvre de l’accord de libre-échange UE-Corée, est le plus ambitieux qu’ait jamais conclu l’UE,

-       De nouveaux accords entre l’UE et les pays d’Asie, essentiellement des pays du Sud-Est asiatique : Indonésie, Japon, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam ont été passés.

D’autres dynamiques régionales complètent le processus d’intégration de l’ASEAN :

-       l’Association des Pays d’Asie du Sud pour la Coopération régionale (SAARC), qui regroupe huit Etats (Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka), a mis au 1er janvier 2006 une zone de libre échange (SAFTA) entre les pays membres,

-        dans un cadre géographique plus vaste, l’Australie a initié en 1989 un forum, l’Asia Pacific Economic Forum (APEC) ou à l’échelle de la région du Pacifique, du projet de Partenariat Trans-Pacifique : Bruneï, Chili, Nouvelle-Zélande et Singapour, en vigueur le 28 mai 2006. En 2010, cinq autres pays négocient une participation au traité : Australie, Malaisie, Pérou, États-Unis et Vietnam.

La mise en œuvre d’une Charte des droits de l’homme, constitue par ailleurs un jalon important dans l’histoire de l’ASEAN.

Enfin, nous partageons l’analyse du groupe d’Arras qui a montré l’improbabilité d'une guerre en Asie-Pacifique dans les deux ou trois décades à venir, confortant d’autant les perspectives d’intégration et de partenariats.

La défense de nos intérêts requiert que la France s’installe dans ces dynamiques asiatiques.

Le statut actuel de « simple euroland » de l’Union européenne, la volonté française de s’installer en Asie du Sud-Est permet d’ambitionner pour la France un statut d’acteur privilégié et opportun en Asie du Sud-Est, jouant son rôle de puissance « moyenne plus », « disposant de la 2ème zone économique exclusive du monde après les Etats-Unis, présente dans l'océan Indien et dans l'océan Pacifique pour assurer la sécurité des routes maritimes qu'elle emprunte, intervenant dans les domaines politique, économique, culturel et de la sécurité à travers des accords bilatéraux, jouant un rôle de nation moteur dans l'Union européenne, assumant son  statut de membre permanent du Conseil de sécurité, sa place de vieille démocratie et son expertise dans l'Etat de droit » (extrait d’une analyse du groupe d’Arras).

Compte tenu du dynamisme de la demande, les pays d’Asie contribueront de plus en plus à la croissance des exportations françaises.

L’Asie représente 57% de la croissance de nos exportations au cours des années 2006-2011 et concentrera près de 50% de la croissance mondiale pour la période 2012-2017.

L’Asie constitue ainsi pour la France un enjeu capital sur les plans économique, commercial et financier.

13 pays d’Asie sont référencés comme prioritaires pour les exportations françaises d’ici à 2022, 6 d’entre eux se situent en Asie du Sud-Est.*

Parmi les pays avec lesquels, nous avons un partenariat stratégique, hors les trois grands incontournables : Chine, Inde, Japon, on note 2 pays de l’Asie du Sud-est : l’Indonésie, et Singapour.

Sur les 7 autres pays ciblés, 3 sont hors zone Sud-Est asiatique : Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan et 4 sont de la zone Sud-est asiatique : Malaisie, Philippines, Thaïlande et Vietnam.

Avec 18% des implantations françaises dans le monde, l’Asie est la deuxième zone partenaire de la France, quatre pays (Japon, Australie, Singapour et Hong Kong) accueillant près de 80% des implantations de filiales française en Asie.

Toutefois, hors Singapour, les implantations en Asie du Sud-Est restent faibles : tout est à faire.

Les investissements asiatiques en France restent encore à ce jour faibles au regard des autres investisseurs étrangers. L’internationalisation accrue des grands groupes asiatiques, et notamment chinois, japonais et indiens, devrait cependant faire progresser ces données.

Une précaution fondamentale : la France doit surveiller l’évolution des systèmes financiers asiatiques.

La crise financière a mis en évidence l’intégration mondiale des économies d’Asie. Cette crise n’a pas épargné l’Asie et les économies les plus développées de la région sont alors toutes entrées en récession.

Toutefois l’impact de la crise sur les économies asiatiques a été modéré :

-       politiques macroéconomiques et financières relativement solides,

-       larges réserves de devises étrangères

-       dettes externes à court terme limitées,

-       faible exposition aux actifs toxiques en raison de systèmes financiers peu sophistiqués,

-       cadres réglementaires qui mettent globalement en avant la stabilité et la sécurité des systèmes financiers

Sur le plan financier, la montée en puissance de l’Asie s’est matérialisée par l’introduction en bourse de nombreux groupes d’envergure internationale :

-       place de Hong Kong, de Shenzhen et Shanghai.

-       La politique d’internationalisation de la monnaie chinoise (RMB ou yuan) devrait renforcer la position de la Chine en encourageant notamment la formation d’une « région yuan » soutenue par le commerce intra-régional en plein essor et le développement de centres financiers offshore (Hong Kong, Singapour, Taipei).

Des sujets d’inquiétude demeurent.

-       La volatilité des mouvements de capitaux.

L’afflux de capitaux étrangers, attirés par des rendements supérieurs à ceux offerts par l’Europe et par les États-Unis, est vecteur d’instabilité.

Ce flux de capitaux en Asie pousse à la hausse les monnaies locales, faisant craindre des tensions croissantes entre des pays tentés par des mesures protectionnistes

La Corée du Sud, l’Inde ou encore l’Indonésie ont pris des mesures pour freiner ces flux afin de limiter l’appréciation de leurs devises en cas de changes flottants, ou l’inflation, par création monétaire.

L’inflation alimente les risques de « surchauffe », sur fond de hausse des prix alimentaires et énergétiques.

-       L’augmentation significative dans la région du poids du système bancaire parallèle non réglementé (shadow banking) pourrait également faire peser un risque financier systémique.

La France doit rester en veille sur les processus de développement social, d’échanges culturels, de conflits de valeurs de l’Asie

L’Asie représente une cible et un marché en termes d’échanges scientifiques et culturels de toute nature.

-       Son potentiel de formation et de recherche ouvre des possibilités considérables à nos laboratoires et nos universités.

-       Dans de nombreux pays d’Asie la connectivité forte entre universités, instituts de recherche et entreprises doit faire l’objet de toute notre attention car les enjeux économiques sont considérables.

L’émergence des classes moyennes entraîne un développement exponentiel des flux d’étudiants et d’hommes de sciences, qu’il convient d’encourager et de canaliser.

L’Asie est une zone de diversité culturelle.

-       Le développement économique s’accompagne d’une interrogation sur les moyens de concilier modernité et tradition, ouverture au monde et respect des identités.

Les sociétés multiethniques et multiconfessionnelles perçoivent l’uniformité de la mondialisation comme une menace pour leur identité ou pour leur cohésion.

L’Asie reste encore confrontée à des problématiques où sont liés enjeux humanitaires et sécuritaires :

-       violations massives des droits de l’homme,

-       contentieux territoriaux,

-       migrations forcées,

-       production et trafic de stupéfiants,

-       criminalité organisée et terrorisme.

Sur tous ces fronts, nous devons sans relâche demeurer non seulement vigilants mais actifs.

La France doit prendre en compte que l’Asie concentre aujourd’hui les défis les plus extrêmes en matière d’environnement et de changement climatique et détient une part importante de la solution aux défis globaux en matière d’environnement, d’énergie et de climat.

Inquiets du maintien du rythme de leur développement, conscients de leur relative fragilité, répondant à une diversité de situations, bien que disposant d’atouts importants pour mettre en place des modèles de développement durable, les pays de la zone n’apportent pas de réponse régionale coordonnée aux grands défis environnementaux que constituent le changement climatique, l’érosion de la biodiversité ou l’avancée de la désertification, tout en prenant un poids croissant dans les négociations internationales sur les questions d’environnement

Le renforcement du dialogue de l’UE notamment avec les grandes puissances émergentes en Asie répond à une demande réciproque et pourrait être de nature à réduire les blocages qui existent encore aujourd’hui.

Au regard de l’analyse et des propositions qui ont précédé, on pourrait suggérer que la France renforce ses relations avec plusieurs puissances asiatiques:

-       la Corée du Sud (hors Asie du Sud-Est)

et pour l’Asie du Sud-Est,

-       Singapour (2ème port du monde après Shanghaï – 2ème puissance financière d’Asie- 1er partenaire en Asie du Sud-Est et le 3ème en Asie (après la Chine et le Japon) – un dialogue politique régulier avec la France - coopération de défense centrale dans la relation avec la France : 2ème partenaire bilatéral de recherche technologique de défense de la France - la France est 2ème fournisseur d'équipements de défense de Singapour, après les Etats-Unis – une position stratégique à l'embouchure du détroit de Malacca – une stratégie de développement pensée sur le long terme, impulsée et planifiée par l’Etat – la stabilité régionale constitue le premier axe de l’action extérieure de Singapour).

-      la Malaisie (statut de pays développé - 2ème partenaire commercial de la France au sein de l'ASEAN),

-      l’Indonésie, La France a signé un accord de partenariat stratégique avec l'Indonésie (membre du G20) et a ouvert, en 2010, une mission économique Ubifrance à Jakarta. Alstom, Schneider, Total, Lafargue, Danone, l'Oréal y sont présents.

La problématique du devenir d’Alstom interpelle d’autant…

-       le Laos avec lesquels elle a déjà des échanges importants (France-5ème investisseur étranger et premier investisseur occidental (groupes Essilor, Bouyghe, Bolloré...) - 2000 ressortissants français au Laos dans une centaine de PME (hôtellerie, conseil, assurance...).

Le Laos qui réalise 90% de ses échanges commerciaux avec l'Asean est une porte d'entrée exceptionnelle dans les pays du Sud-est asiatique, comme Singapour. Pays pauvre dont l’évolution sereine, saluée par le FMI, rassure les investisseurs.

-       Au Vietnam, profitant des liens historiques importants, la France accompagne le développement et l'ouverture de ce pays depuis plus de 20 ans (2ème pays donateur après le Japon).

La France est le 2ème investisseur européen (derrière les Pays-Bas) et le 15 ème investisseur mondial au Vietnam.

Si la part de marché française reste relativement faible, autour de 1%, les échanges commerciaux franco-vietnamiens progressent régulièrement.

-       L’Indonésie, grande démocratie musulmane qui a établit une relation de confiance avec l’Iran, jouant un rôle très actif au sein de l’ASEAN, constitue pour nous un partenaire opportun dans la région.

Par ailleurs, la France doit établir une vraie communauté d’universitaires et d’experts sur les questions stratégiques régionales afin de faire entendre sa voix et son expertise dans la région.

Les pays de l’ASEAN, membre de la Francophonie (Cambodge, Laos, Vietnam) ou observateur  (Thaïlande) forment des points d’appui supplémentaires pour la France.

La problématique sécuritaire  en mer de Chine du Sud explique largement la modernisation des marines du Sud-Est asiatique, notamment en ce qui concerne les flottes sous-marines, vecteurs privilégiés des forces navales de la région.

Dans ce domaine, la France pourra largement faire valoir son expertise dans tous les domaines de l'armement maritime.

En cohérence, il faudrait que la France cesse de réduire les dispositifs militaires en Polynésie française, aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie et globalement sur les 11 millions de Km2 des territoires sous sa souveraineté.


Conclusion.

Les évolutions récentes et actuelles du panorama stratégique asiatique concernent à plus d’un titre de nombreux acteurs, qu’ils soient des protagonistes Sud-Est asiatiques modestes (principalement le Vietnam, l’Indonésie et la Cité-Etat de Singapour), de grands acteurs régionaux (ASEAN, Chine, Etats-Unis) ou bien périphériques (UE, France et Australie).

L’Asie du sud-est sera amenée à l’avenir à être de plus en plus concernée par les développements sécuritaires affectant la Chine et sa périphérie proche (péninsule coréenne, Japon, Taïwan…). Tout comme elle le sera par les interactions croissantes entre l’Asie de l’Est et l’Asie du Sud qui ne manqueront pas d’accompagner l’émergence de l’Inde.

Par ailleurs, jamais les Etats du Sud-Est asiatiques, malgré un cheminement lent vers la création d’une communauté de sécurité réellement impliquée dans la résolution des conflits, n’ont laissé de trop graves tensions remettre en cause la stabilité et la paix régionales.

L’Asie du Sud-Est représente donc un point d’entrée privilégié du soft power européen en Asie.

L’Union européenne, « observateur concerné plutôt qu’acteur engagé », pour reprendre les mots de David CAMROUX, peut avoir un rôle intéressant à jouer dans la région, afin de proposer une alternative aux pays ne souhaitant pas s’aventurer à choisir une ligne trop engageante avec les deux grandes puissances régionales que sont la Chine et les Etats-Unis, ou en servant d’interlocuteur privilégié de l’ASEAN avec qui elle partage de nombreux points communs et intérêts.

3ème partenaire commercial de l'ASEAN après les Etats Unis et le Japon, plus gros investisseurs, l’Europe reste pourtant trop en retrait. L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni pèsent 55% des exportations de l'UE vers l'ASEAN.

La France apparaît parmi le mieux disposé de ses membres à proposer une alternative intéressante pour renouer le dialogue dont l’insuffisance est probante.

La volonté française de s’installer raisonnablement, à la hauteur de ses capacités, dans le Sud-Est asiatique doit donc être saluée et encouragée

-       d’autant que, sur le plan régional, l'Asean vit un paradoxe : la majeure partie de ses échanges économiques s'effectue avec le géant chinois dont elle redoute pourtant la montée en puissance. Actuellement, on voit ainsi les états membres, y compris le Vietnam, chercher un rapprochement avec l'administration américaine dans l'espoir d'éviter le face à face avec Pékin, les opportunités européenne et française pouvant être une option intéressante.

-       d’autant que l’Asie du Sud-est témoigne d’un dynamisme économique certain et d’une volonté de développement multipartenaire,

-       d’autant il y a une forte adéquation entre les besoins de ces pays, de ces populations et les savoir- faire de nos entreprises.

-       d’autant que la caractéristique du monde multipolaire est qu’aucun pôle existant ou en construction ne pourra exercer une influence hégémonique sur le reste du monde.

-       d’autant que les pôles émergents ne parviennent pas à remplir les conditions de la puissance totale, diffusant du pouvoir vers des acteurs non étatiques : le monde est devenu davantage polycentrique que multipolaire.

Alors, que la France, avec son statut de puissance « moyenne plus », s’installe dans une dynamique qui réfute la thèse du déclin inéluctable de l’Occident et dans un processus de co-développement avec l’ASEAN soit un acteur européen de pointe de la démocratie et de la Paix.


 Annexe - plaquette Asie-Pacifique du Ministère de la Défense (2014).