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Cycle d'études 2013-2014 - les travaux des pôles - Lille - "L’Asie du Sud-Est, entre Inde et Chine, entre États-Unis, Japon,  et Europe: néo-émergence, géopolitique, sécurité."

 

Introduction :

Le Monde de 1914 était le Monde de l’Europe. Le Monde de 2014 est largement le Monde de l’Asie ! D’où l’importance d’une réflexion et d’une prise de conscience des enjeux géostratégiques en cause dans cette zone. La stratégie a pour vocation, selon Louis Gautier, à rendre le monde intelligible !

Le sujet qui nous est proposé est borné (« entre Inde et Chine..) et, mention n’est faite ni de la Russie ni de l’Australie, puissances « régionales » qui jouent un rôle dans l’ASE. Ainsi :

  • L’Australie voit sur son sol se développer la principale base militaire américaine de l’Asie du Sud Est, à Darwin, et a noué avec son grand voisin du nord l’Indonésie des relations bilatérales très étroites (L’Indonésie est le premier bénéficiaire de l’aide australienne)
  • La Russie, quant à elle demeure un fournisseur majeur d’armes et de matériels militaires à des pays comme le Vietnam et a basculé la partie la plus moderne de sa flotte de la Mer Noire au Pacifique.

On peut s’étonner de cet intitulé, mais la CPE s’en tient au sujet tel qu’il est rédigé, déjà suffisamment vaste !

- Certes, nous ne sommes pas à l’abri d’une « surprise stratégique » comme celle qui bouleversa nos travaux sur « l’arc de crise ». Nombre de pays de l’Asie du Sud Est demeurent instables et traversés de conflits violents, comme la Thaïlande, et des événements politiques peuvent déstabiliser la zone : l’Asie du Sud Est se situe sur une faille tectonique de la planète, au sens propre et géologique du terme comme au sens figuré et géopolitique. Comment évoluera, par exemple, le dossier de Taiwan vis-à-vis de Pékin comme de Washington ? Pourrait-il générer le Sarajevo du XXIème siècle ?

- Pour autant, l’ASE semble surgir comme l’une des zones stratégiques majeures du monde de 2030, ne serait-ce que par son positionnement dans les grands courants d’échanges maritimes au départ ou à l’arrivée des acteurs asiatiques leaders, chinois ou japonais : ceux-ci ne peuvent se permettre de voir sectionnées leurs veines jugulaires ! Cette dimension mérite d’être fortement soulignée, car elle est au cœur des réalités géostratégiques de la zone ASE qu’illustrent les tensions nées des revendications territoriales sur les ilots de la Mer de Chine ou de la définition unilatérale par la Chine de son espace maritime. Nombre d’opérateurs ont les yeux braqués sur le détroit de Malacca, qui a donné lieu à des opérations internationales de lutte contre la piraterie maritime endémique, les riverains s’étant organisés avec succès pour ce faire (Asean Defence Ministers Meetings et opération « Eyes in the Sky » pour la surveillance du détroit de Malacca)

- L’ASE reste marquée par :

  • Les grands mouvements culturels et religieux que furent la vague bouddhiste puis celle de l’islam, cette dernière ayant fait, par exemple, de l’Indonésie le plus grand pays musulman au monde
  • les colonialismes européens (anglais, français, espagnols, portugais, hollandais), qui ont laissé derrière eux langues et religions, à l’image du catholicisme aux Philippines, dont la monnaie est toujours le peso !
  • la présence américaine qui s’est marquée dans le Pacifique dès la fin de la Conquête de l’Ouest, dont elle est le prolongement, on pense au Commodore Perry au Japon et en Chine, au XIXème siècle, à la gestion des Philippines après en avoir chassé les espagnols ( en 1898, les USA y mènent une guerre de type colonial qui fera de500 000 à 700 000 victimes parmi la population civile) , puis à la reconquête lors de la Seconde Guerre Mondiale : les USA ont marqué depuis 150 ans leur vif intérêt pour cette zone Asie Pacifique ! En témoignent les engagements contre le Japon, en Corée, au Vietnam
  • l’impérialisme japonais sanglant, qui a ravagé cette zone dans la première moitié du XXème siècle, de la défaite russe de Shimonoseki, en 1905, à la capitulation du Japon en 1945, en passant par la colonisation brutale de la Corée comme de Taiwan : les souvenirs des peuples sont encore à vif, en la matière.

Dans une première partie nous tenterons de rendre compte de la situation des diverses composantes de l’ASE, au regard des stratégies mises en œuvre par les Grands Acteurs Mondiaux que sont l’Inde et la Chine, le Japon, les Etats Unis et l’Europe, puis dans une seconde partie, nous proposerons modestement les scénarii probables, possibles et souhaitables pour l’évolution de cette partie du Monde, à horizon 2030.

1ère partie : De quoi s’agit-il ?

I1. L’Asie du Sud Est est définie par l’ASEAN.

  • C’est le choix de la CPE, pour délimiter le champ de l’étude, grâce à l’existence de cette Organisation Internationale régionale, née à Bangkok en 1967 pour renforcer la coopération économique et politique entre les 5 premiers pays adhérents face aux crises asiatiques cristallisées par la Guerre Froide, un peu à l’image du Traité de Rome, en 1956, entre 6 pays d’Europe Occidentale
  • Il s’agit d’un espace maritime, constitué d’archipels, entre lesquels circulent aujourd’hui les flux majeurs du commerce mondial. Cette dimension maritime et commerciale  (la route maritime des épices relayant la route terrestre de la soie) ce qui induit, chez les habitants, un type de civilisation et de savoirs faire : ce sont des commerçants, des marins mais également des pirates !
  • Une zone de fortes hétérogénéités de peuples, de cultures, de religions, de capacités de développement économique (selon la répartition des ressources naturelles, notamment le pétrole), de type de gouvernance et d’histoire politique, d’où des tensions politiques, inter ethniques et inter religieuses à l’intérieur même de pays comme la Birmanie, la Thaïlande ou l’Indonésie. Les questions de sécurité intérieure se posent dans nombre de pays de la zone, notamment liées à l’existence de fortes minorités chinoises, hindoues…. témoignages du constant brassage des peuples au sein de l’ASE.
  • Une zone marquée par d’importants risques naturels, sismiques, volcaniques majeures, tsunami…et des risques climatiques comme les typhons ou liés à l’évolution du niveau des mers : cette accoutumance au risque engendre des attitudes collectives de solidarité pour survivre et des fortes capacités de résilience
  • Une zone où s’exercent de fortes pressions émanant des puissants voisins (Chine, USA, Japon..), en faisant une sorte de damier pour le « jeu de go des Grandes Puissances » : on parle, par exemple, du « nouveau Grand Jeu » entre l’Inde et la Chine en Birmanie, pour la maîtrise des accès au golfe du Bengale. Cette situation géostratégique induit pour les pays concernés des questions de sécurité extérieure et de défense, se traduisant par un puissant réarmement voire un surarmement, porteur de risques de conflit, les questions des frontières terrestres (Cambodge-Thaïlande) et surtout maritimes (Chine-Japon) n’étant pas stabilisées
  • Il existe des similitudes entre la démarche d’intégration de l’Union européenne (le vieux triptyque : la Paix, le Pain, la Liberté) et la dynamique de l’ASEAN : l’union, là bas comme ici, fait la force vis-à-vis des puissants voisins, pour éviter d’être le jouet des puissants dans une dialectique des Horace et des Curiace, même si c’est compliqué…Quels sont, en effet, les facteurs d’unité de l’ASE, sinon la nécessité de faire face ensemble aux forces politiques, économiques, ou stratégiques qui s’exercent sur ces Etats ASEAN? C’est ce que nous avons appelé « le jeu de go des grands intervenants

I2. Le « Jeu de go » des Grands Intervenants.

  • Le Japon :

L’axe de la stratégie japonaise depuis les années 1960 (fin de sa reconstruction et redécollage de son économie) tend à reconstruire, de façon pacifique cette fois, l’ère de coprospérité asiatique… en investissant dans les pays à bas coût de main d’œuvre tout en gardant la dynamique de l’innovation scientifique et technique du Japon : un large pan des échanges commerciaux entre le Japon et l’ASEAN tient à l’exportation par le Japon de composants qui sont montés dans les usines japonaises délocalisées ou chez des sous traitants, les produits finis étant ensuite réimportés par le Japon.

Le Japon est ainsi le 2ème partenaire commercial de l’ASEAN et le 2ème investisseur dans la zone ! Cela génère des interdépendances, dont témoignent les résultats des sommets régulièrement organisés entre le Japon et l’ASEAN (14 Mmds€ de prêts et dons japonais dans l’ASEAN lors du sommet de Tokyo en décembre 2013) : il s’agit de contrer la montée en puissance de la Chine, désormais 2ème puissance économique du Monde et 1ère en ASIE.

Pour autant il faut porter attention aux faiblesses du « modèle japonais » et à l’évolution économique (stagnation voire déflation depuis prés de 15 ans puis « Abenomics » pour la relance économique, très lente « digestion » des conséquences de Fukushima) et aux faiblesses démographiques (vieillissement de la population, déclin démographique sans immigration).

Quelle est la capacité de résilience du Japon dans la durée, maintenant que la Chine lui a ravi la médaille d’argent de la puissance économique, en attendant la médaille d’or?

La gestion du dossier des 8 iles constituant l’archipel des Shenkaku face aux chinois revendiquant les iles Diaoyu met face à face deux Grandes Puissances et amène le Japon a répondre dans un nouvel effort d’armement à la modernisation de la Marine Populaire de Chine ! On observe que le budget chinois de la défense est en hausse années après années (en 2014 plus de 12% par rapport à 2013) ce qui bouleverse les équilibres de forces dans cette zone ASE pour le moyen et le long terme.

  • La Chine

Elle est largement « sino centrée » soucieuse d’abord de ses intérêts vitaux, notamment les relations maritimes, pour garantir et sécuriser les approvisionnements de l’Empire du Milieu, devenu l’usine (et le créancier !) du Monde, et singulièrement des Etats unis : la liberté de navigation dans le détroit de Malacca est un « casus belli » potentiel majeur ! Or, la Chine n’a pas d’allié, elle n’est intégrée dans aucun système d’alliance, les accords bilatéraux multiples étant plutôt, si on en croit Bruno Tertrais (Fondation pour la Recherche Stratégique), des modérateurs que des accélérateurs de crise !

D’où la constitution progressive du « collier de perles » (string pearls) des bases navales qui jalonnent les routes maritimes empruntées par les navires touchant les ports chinois (Shanghai premier port mondial, notamment pour les conteneurs) et la constitution d’une flotte de guerre puissante, pour protéger ces artères maritimes vitales, et notamment les approches maritimes du Continent.

D’où, également, les revendications sur les ensembles d’iles comme « Diano/ Shenkaku (selon que l’on se place du point de vue chinois ou japonais), l’archipel des Paracelse ou celui des Spratley : il s’agit des voies maritimes en Mer de Chine, des accès aux détroits conduisant à l’Océan Indien, quitte à créer des tensions avec les pays voisins également concernés, au premier rang desquels le Japon. Les questions des réserves potentielles d’hydrocarbures ou de nodules polymétalliques aiguisent également les appétits des puissance concurrentes pour la maîtrise de cette zone stratégique.

La clé de la stratégie chinoise dans le temps est la restauration de la fierté nationale et de « l’Empire», entamée par Mao Tsé Dong et lancée à la conquête de la première place économique et politique mondiale par ses successeurs, notamment Deng Tsiao Ping, tout en gardant une gouvernance originale d’une économie capitaliste mondialisée par un pouvoir communiste monolithique assurant la cohésion intérieure de l’Empire.  En matière de défense et de sécurité, la Chine consent un triple effort sur: le nucléaire, le cyber espace et la marine pour se doter de capacités d’action et de projection extérieures.

Dans ce contexte de volonté nationale puissante et de concurrence régionale latente tant du Japon (qui dominera l’ASE pour se donner de la profondeur stratégique ?) que de l’Inde (qui dominera en Birmanie pour contrôler les accès terrestres au golfe du Bengale ?), comment évoluera la question clé de Taiwan, pour Pékin : ira-ton vers une solution du type Hong Kong (« Un pays- deux systèmes ») ou vers un conflit majeur ?

De même, Pékin irait-il jusqu’à faire la guerre pour quelques ilots de la Mer de Chine, s’il avait le sentiment que ses lignes vitales sont menacées ? Nul pays asiatique ne peut « perdre la face » sur des sujets où « l’honneur national » est en jeu !

Enfin quelle maîtrise Pékin peut-il exercer sur la Corée du Nord, pays désormais nucléaire mais qui semble très imprévisible ? Le pouvoir rationalisant de l’atome pourrait ne pas jouer, entraînant des réactions en chaîne incontrôlables en cas d’attaque du Nord sur le Sud. Toute l’ASE serait bien sûr impactée par l’onde de choc d’une telle montée aux extrêmes, même circonscrite régionalement.

La diaspora chinoise dans les pays ASE peut jouer un rôle de « Cheval de Troie » et tenter de ramener les opinions publiques asiatiques dans le camp de Pékin contre celui de Tokyo, en ravivant les souvenirs de « l’impérialisme japonais ».

  • Les USA,

Ils sont présents dans le Pacifique dès avant la 1ère Guerre et encore plus fortement après la 2de.  . La Guerre Froide qui a suivi de quelques années la défaite japonaise a permis l’établissement de bases américaines pour le « containment » du communisme asiatique, dont la poussée s’est traduite par les guerres de Corée et du Vietnam.

Cela n’a pas empêché les USA d’avoir progressivement destin lié avec la nouvelle Chine post Mao : l’épargne chinoise est massivement placée en bons du Trésor américain et l’industrie américaine a largement contribué à faire de la Chine « l’usine atelier du monde » !

Les Deux Grands, qui dominent la scène économique mondiale sont à la fois rivaux, concurrents et complémentaires, et les USA développent leurs systèmes d’alliance dans l’ASE pour faire pièce à toute velléité voire volonté chinoise d’aventurisme !

Jusqu’à quand ? Les USA recentrent vers le Pacifique et l’Asie le pivot stratégique de leurs forces armées, l’Atlantique et l’Europe ne posant plus de questions stratégiques « chaudes » d’autant que les USA ont également pris pieds en Asie Centrale, à l’occasion du conflit afghan. Pour autant, les récents « événements » touchant l’Ukraine montrent que le continent européen n’est pas « un volcan éteint » et que, pour les USA, le pivot « Asie Pacifique » n’est pas exclusif !

Ils gardent par ailleurs une avance technologique et militaire considérable. Vis-à-vis de l’ASEAN, les USA jouent un rôle de protecteur en dernier ressort, comme en témoignent les voyages du président des Etats Unis et du Secrétaire d’Etat, dans ces pays.

Le cas birman est exemplaire : ostracisé par les USA au temps du paroxysme de la dictature militaire avec laquelle Pékin n’a jamais rompu les ponts pour cause d’accès terrestre au golfe du Bengale mais aussi pour son approvisionnement en énergie hydroélectrique. Dès les prémisses d’une évolution plus démocratique du régime birman les responsables politiques et économiques américains au plus haut niveau se sont succédés à Rangoon pour reprendre pied dans le pays des pagodes !

  • L’Inde.

Puissance nucléaire comme ses deux voisins immédiats que sont la Chine et le Pakistan, e l’Inde n’a, pour autant ni le même poids ni les mêmes ambitions régionales que la Chine et le Japon, vis-à-vis de l’ASE. Elle n’y conduit pas de « stratégie impériale » comme ces voisins asiatiques ou comme les USA, ni par manipulation du « hard power » via des démonstrations et gesticulations militaires, ni par usage du « soft » voire du « smart » power via les coopérations économiques et culturelles qui tissent autant de liens intra Asie du Sud Est, même si l’Inde est devenue le premier client des Etats Unis en matière d’armement, pour s’équiper en matériels de plus en plus sophistiqués afin de faire face à la menace chinoise.

L’Inde occupe une position géostratégique qui la rend d’abord attentive à ses frontières du Nord (Pakistan, Chine himalayenne) terrains de conflits armés non encore totalement réglés, ces deux voisins du nord étant, comme elle-même des Puissances nucléaires !

Ouverte naturellement sur l’Océan indien, elle ne souffre pas, comme la Chine ou le Japon, de la vulnérabilité que symbolise le détroit de Malacca pour les lignes d’approvisionnement de ces deux géants asiatiques.

Pour autant, l’Inde n’est pas absente du théâtre de l’ASE, et conduit une politique « à l’est », d’abord en Birmanie pour contrer l’influence chinoise pour le contrôle des accès terrestres au golfe du Bengale, et reste attentive au devenir des minorités indiennes (et hindouistes) de Malaisie (8% de la population malaise) pays traversé de tension entre communautés ethniques et religieuses, comme en ont témoigné les émeutes anti chinoises de 1969.

  • L’Union européenne

L’Europe, en ce compris la France, est un acteur majeur, mais silencieux, de la zone ASE : L'UE est le 3éme partenaire commercial de l'ASEAN après les Etats Unis et le Japon. Les entreprises de l'UE constituent les plus gros investisseurs dans les pays de l'ASEAN.

Si on additionne les moyens disponibles des 28 pays de l’Union, on est en face de la première puissance commerciale mondiale, de la deuxième économie mondiale, de la deuxième puissance militaire potentielle tant en terme de budgets consacrés à la défense qu’en terme d’effectifs sous les drapeaux. Faute de volonté politique collective, L’Union européenne est la « Belle Endormie » de la puissance mondiale ! l’UE est en phase de désarmement alors que l’Asie réarme très fortement : en conséquence l’UE ne doit à aucun prix s’engager dans un conflit asiatique, dont elle ne sortirait pas vivante !

Dans l’ASEAN Singapour et la Malaisie sont les plus puissants partenaires de l'UE tant pour les importations que les exportations. L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni pèsent 55% des exportations de l'UE vers l'ASEAN. L'Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni se partagent 58% des importations.

L'UE a signé « le traité d'amitié et de coopération » en Asie du Sud Est qui constitue un pacte de non agression et de coopération entre les 10 états de l'ASEAN et les 28 pays de l'Union européenne.

Par ailleurs, l'UE a signé des accords bilatéraux de partenariat et de coopération avec l'Indonésie, le Vietnam et les Philippines qui s'appliquent à tous les pays de l'Union.

En juillet 2012 UE et ASEAN ont décidé d'intensifier leur coopération dans le commerce, l'intégration régionale, la lutte contre la criminalité transnationale, la cybercriminalité et le terrorisme. Actuellement un accord de libre échange est en cours de négociation (déjà signé avec Singapour).

Le passé colonial est à la fois un atout dans les relations internationales, car chacun connait le partenaire, mais aussi un handicap car quels souvenirs ont laissés chez le colonisé les colonisateurs ?

Dès 1996 s’est créé, à l’initiative de la France et de Singapour, l’ASEM (sommet Europe Asie) et l’ASEF (Fondation Europe-Asie) pour construire les liens de coopération économique, politique et culturelle entre les deux entités

L’ASE, par son dynamisme économique et sa volonté de développement multipartenaire, est une opportunité de business pour l’UE qui reste la première zone commerciale du Monde. Des secteurs comme l’aéronautique, le BTP, l’environnement (eaux- assainissement- déchets), les transports terrestres, la santé, l’énergie et les matières premières… et les entreprises « du CAC 40 » y sont déjà très présentes : il y a une forte adéquation entre les besoins de ces pays, de ces populations et les savoir- faire des entreprises européennes!

2ème partie : Que faire ? Les scénarii 2030.

Ce n’est pas faire preuve de grande originalité que de distinguer le probable et le possible du souhaitable.

II. 1. Le scénario probable :

A horizon de 15 ans (2030), l’ensemble des forces en jeu sont en place et les mouvements géopolitiques obéissent aux lois de la tectonique des plaques : sauf rupture brutale des équilibres, les mouvements de fonds (recentrage américain sur l’Asie Pacifique, surrection continue de la Chine, volonté d’existence du Japon et de résistance des pays de l’ASE) poursuivent leur avancée.

Selon le rapport américain « Global trends 2030 : Alternative world », en 2030, « aucun pays – ni les États-Unis ni la Chine ni aucun des grands pays émergents actuels – ne pourra exercer une influence hégémonique sur le reste du monde. Au contraire, la montée en puissance des individus, la diffusion du pouvoir entre les États d’une part et des États vers les acteurs non étatiques et les réseaux économiques et sociaux d’autre part, vont avoir un impact énorme mettant fin à la domination de l’Occident, rééquilibrant le poids de l’Asie dans l’économie mondiale, et ouvrant une nouvelle ère de démocratisation aussi bien dans le village planétaire qu’à l’intérieur des États ».

Le plus probable est donc que l’on assiste à une construction progressive de l’ASEAN, d’un type analogue à celui de l’UE c’est à dire pas à pas et au milieu des écueils, pour s’unir progressivement face aux « Grands Voisins ». « L’ASEAN Free Trade Association » sur le plan économique et commercial répond à « l’ASEAN Régional Forum » sur le plan politique (sécurité et prévention des conflits) et ces deux organisations régionales témoignent de ce mouvement de coopération progressivement renforcé voire d’intégration.

Certes, les Grands ont intérêt à ce que les Petits restent divisés pour mieux régner sur la zone, et multiplient pour ce faire les coopérations bilatérales et les aides de toute nature d’Etat à Etat, mais les Petits ont intérêt, et ils l’ont compris malgré l’hétérogénéité de leurs situations de départ, à s’unir pour exister de façon autonome vis-à-vis des Grands

On perçoit bien les intérêts vitaux de la Chine voire du Japon directement en jeu dans la zone ASE, les autres partenaires américains, européens et indiens étant peut être plus distanciés

L’UE n’est pas en reste : Certes du 22 au 24 février 2014 s’est déroulée à Singapour la « Conférence ministérielle annuelle de l’Accord de partenariat transpacifique (TTP » à laquelle ont participé  aux côtés de Brunei, la Malaisie, Singapour et le Vietnam : les Etats-Unis, l’Australie, La Nouvelle-Zélande, le Canada, le Mexique, le Chili, le Pérou. Le TTP représente un marché de plus de 792 millions de personnes, 40% de l‘économie mondiale et un tiers des échanges commerciaux planétaires. Mais par la conférence UE—ASEAN par exemple, L’UE négocie également au plus haut niveau avec l’ASEAN.

II. 2. Le scénario possible :

Dans la compétition que se livrent les USA, la Chine, le Japon pour maîtriser cette zone stratégique, la Chine « vire en tête » en 2030, et prend le leadership régional sur les états vassaux : le smart et le soft power y suffisent, compte tenu du rapport de puissance. La Chine parvenant à résoudre ses contradictions internes grâce au développement rapide des classes moyennes et à devenir la première puissance économique mondiale.

Certes, dans cette hypothèse, les USA ne sont en rien « éliminés » du jeu compte tenu de leur avance technologique et de leur puissance militaire. Ils demeurent un indispensable contre- poids face à la puissance chinoise, notamment grâce aux liens qui les unissent tant au Japon qu’à Taiwan.

Ainsi, la capacité de ces deux grands acteurs (Etats-Unis et Chine) à changer, à coopérer et à mener la gouvernance géopolitique du monde permet de mettre en place les processus multilatéraux de règlement des conflits à travers l’ONU, le G20 et les grandes organisations régionales planétaires.

Mais se pose aux USA et à la Chine désormais la question qui se posait en Europe Occidentale dans les années 1980 : les Etats Unis s’engageraient-ils dans un conflit majeur pour Taiwan, la Corée du Sud ou le Japon ?

Si les pays de l’ASE pouvaient en douter, la Chine serait alors maître du jeu. L’UE n’ayant pas la volonté du « hard power », pas plus que l’Inde, et l’un comme l’autre se contentant de faire des affaires et de la coopération scientifique, technique et culturelle, au nom du « soft » et du « smart » power

La question se pose donc de savoir, si dans cette hypothèse la Chine a intérêt à une ASE éparpillée ou coordonnée, l’aire de coprospérité s’organisant autour de la Chine et non plus du Japon.

II. 3. Le scénario souhaitable :

Il est sans doute le plus difficile à atteindre mais il est, pour les pays de l’ASE, comme pour les pays européens, le plus désirable et nécessaire, au moins aux yeux de la CPE. C’est celui de la construction simultanée d’une UE (dont la France) forte et d’une ASEAN forte, en synergie, pour « jouer dans la cour des grands » et participer pleinement aux jeux d’un monde multipolaire, entre USA et Chine, mais aussi une Russie qui reste une incontournable puissance « euro-asiatique ».

Il faudrait :

-           Pour l’U.E :

  1. profiter de la crise des Etats membres la zone Euro pour que l’Europe s’engage dans une restructuration profonde sur les plans politique et économique
  2. combattre l’euroscepticisme ambiant renforcé par la crise des pays surendettés (dont la France !) dans la zone Euro
  3. éviter de tomber dans une nouvelle guerre froide en s’engageant dans un dialogue constructif avec la Russie sur les Etats tampons (Ukraine, Moldavie, etc….) avec l’Europe : il s’agit de notre « étranger proche » commun !

-          Pour l’ASEAN

Surmonter les conflits ethniques et religieux, aux racines historiques et largement irrationnels

Poursuivre la constitution d’un ensemble économique et politique progressivement plus et mieux intégré

-          Pour les deux zones économiques

S’engager clairement dans la voie des coopérations approfondies et de l’intégration économique puis monétaire, donc politique, Peut-on oser l’espérer ? Un grand ‘marché commun’ de l’ASE pourrait conduire à l’adoption d’une monnaie commune pour supprimer les coûts de change et les « dévaluations compétitives » en son sein et engendrerait une forme d’intégration de politique économique et budgétaire, fut-ce entre des régimes politiques différents. Vision que d’aucuns jugeront audacieuse mais qui semble préférable à une vision conflictuelle.

Dans ce contexte, la France se doit de gagner des parts de marché au même titre que les autres pays européens qui progressent dans cette zone.

L’UE (dont la France) trouve, très naturellement dans cette ASEAN forte des débouchés et des opportunités pour ses industries d’armement, de BTP, d’aéronautique, de luxe,….et l’ASEAN trouve dans l’UE une alternative à la « pression amicale » de ses puissants voisins.

Conclusion.

Comme les pays européens, les pays ASE ont une communauté de destin malgré leur hétérogénéité de départ.

Aussi la force de l’Europe dépendra de sa détermination et de sa capacité à définir une ambition mondiale en jouant la carte d’une convergence politique et économique plus coopérative avec cette région du monde vers laquelle bascule l’essentiel des richesses.

L’Europe doit profiter de l’élan de création d’une zone de libre-échange eurasiatique pour créer un partenariat stratégique avec l’ASEAN dont l’alliance avec les USA ne doit pas se confondre avec une subordination. Elle doit s’organiser pour exister par elle-même.

La CPE réitère ainsi les propositions qu’elle a exprimées à l’occasion des rapports précédents : sa conviction  qu’une Europe intégrée et puissante constituera un pôle d’attraction et d’imitation pour nombre de zones géographiques aujourd’hui traversées de tensions voire de conflits.

La force de la France, quant à elle, sera sa capacité à organiser des alliances multiples dans une stratégie d’intérêt national d’abord orientée par les exigences du monde et non par son agenda interne (le monde de demain sera un monde d’anticipation). A elle ensuite de trouver la manière dont elle veut faire converger sa politique vers un intérêt général européen commun.

Le co-développement avec l’ASEAN par l’échange, la libre circulation des hommes, des idées, des capitaux et des marchandises est en effet  certainement la clé du développement économique, de la démocratie et de la Paix.


ANNEXE 1 : projection Gall-Peters

Joindre la carte du Monde centrée sur l’ASEAN  pour bien montrer qui regarde vers l’ASEAN.


Annexe 2 : les tableaux de forces en présence (François Yves Damon)

En 5 ans, les dépenses militaires de la Chine ont augmenté de 40%

  • La Libre Belgique Christophe Lamfalussy Publié le jeudi 06 février 2014
  • International Armement La crise ? Pas pour Pékin, qui lance la région dans une course à l’équipement.

Les Etats-Unis restent de loin la première puissance militaire mondiale, mais la crise financière de 2008 laisse des traces. "Alors que les budgets militaires des Etats-Unis et de l’Europe ont stagné ou décliné depuis 2008, ceux de la Chine et de la Russie ont augmenté respectivement de 40 et 30 %, pendant la même période", indique l’International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres dans son rapport annuel.

La montée en puissance de la Chine y est confirmée. La Chine, selon l’IISS, dépense trois fois plus en matière de défense que l’Inde, et plus que le Japon, la Corée du Sud, Taiwan et le Vietnam réunis. En 2012, la Chine avait dépassé l’Europe dans ses dépenses militaires.

Montée des nationalismes

Enrichie par son industrie low cost, la Chine veut devenir une puissance maritime majeure et défier la domination américaine à ses portes. Fin 2013, les Chinois ont amorcé une troisième série de tests pour leur premier porte-avions, le Liaoning, projet longtemps masqué, et auraient entamé la construction d’un deuxième.

La croissance militaire chinoise se déroule sur fond de la montée du nationalisme dans la région et des lancinantes querelles territoriales avec le Japon. Tokyo a, de son côté, mis à flot en août 2013 un destroyer capable de porter quatorze hélicoptères, l’Izumo, son projet maritime militaire "le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale", souligne l’IISS.

Effet collatéral de cette montée en puissance : tous les pays du Sud-est asiatique, à l’exception des Philippines, se dotent de sous-marins. Le Vietnam a reçu livraison le 1er janvier d’un premier sous-marin russe. Il en a commandé six.

Dans le ciel aussi, la course se poursuit. La Chine rééquipe sa force aérienne et développe de nouveaux avions de combat. Le Japon, peut-être suivi de Singapour et de la Corée du Sud, a commandé l’avion américain de la nouvelle génération, le F-35.

Récemment à Davos, les experts ont estimé que la rivalité entre le Japon et la Chine constitue la principale menace militaire en 2014, au même titre que celle qui oppose l’Iran et l’Arabie saoudite.

Alors que l’Asie du Sud-est s’arme, l’Otan retirera en 2014 l’essentiel de ses forces combattantes d’Afghanistan. L’Alliance, qui y aura été présente une décennie, en sort renforcée, "plus internationale", selon l’IISS, mais confrontée à la baisse des budgets militaires en Europe.

Annexe 3 : composition de la CPE.

Francis Babé, Président et rapporteur,

Alain Boge,

René Bouland

François Yves Damon

Pierre Desseaux

Jean Pierre Dussaussois,

Jacques Duranson

Michel Labori

Yves Lammens

Jacques Leroy,

Bertrand Maricot,

Armand Martin

Daniel Scrive,

Louis Tellier.

Sandrine Vinçon