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Cycle d'études 2014-2015 - Les travaux des pôles – Valenciennes

Le terrorisme islamiste au prisme du sujet

« La guerre demeure-t-elle la poursuite de la politique par d’autres moyens ou doit-elle désormais être considérée comme l’échec du Politique ? »

-      Introduction.

En 2002 l’ouvrage d’Alain BAUER et de Xavier RAUFER : « La guerre ne fait que commencer » sonnait l’alerte.

Les attentats terroristes survenus depuis le 11 septembre 2001 ont générés des postures différentes des pays victimes : état de guerre, réponse policière, réponse policière et opérations extérieures cumulées.

-              Après les attentats sur les tours jumelles du World Trade Center (WTC) à Manhattan (New York) et un troisième sur le Pentagone (Arlington en Virginie près de Washington), Les Etats-Unis se considèrent en guerre contre le terrorisme.

-              Le 11 mars 2004, les attentats de Madrid, à quelques jours d’élections générales: attribués à l’ETA puis à Al Qaida. Les attentats ont pour conséquence le retrait de l’Espagne de la coalition autour des Etats-Unis en Irak.

-              En France, il a fallu les attentats terroristes de janvier 2015 en pour employer l’expression de « guerre contre le terrorisme » et désigner l’ennemi identifié: le jihadiste global (Islamisme radical) sans plus de précision.

Mais la « volonté guerrière » d’éradiquer toutes les « formes de terrorisme de la surface de la Terre » fit long feu :

En 2011, nous avions conclu dans nos travaux que la zone géographique Océan Atlantique-Océan Indien ne constituait pas un arc de crise, mais un arc géographique contenant un certain nombre de crises.

Nous constatons depuis une connexion entre les crises.

La dangerosité affecte toujours les Etats de l’arc de crise et s’affirme désormais dans l’Union européenne.

Rappelons une conséquence peu abordée après des attentats depuis le 11 septembre 2001, lle désastre économique et financier.

La société de consommation touchée dans ses fondements témoigne de la capacité de nuisance du terrorisme qui au-delà des victimes humaines touche profondément le fonctionnement des entreprises, de branches professionnelles entières, des villes, des Etats, des marchés mondiaux.

Nous sommes dans une « économie de guerre » dans le cadre d’un conflit armé intérieur et extérieur en même temps.

Le président de la République en a témoigné en affirmant: « le pacte de sécurité prévaut sur le pacte de stabilité ».

En France, jusqu’aux attentats du 13 novembre 2015, la rhétorique guerrière relève d’une logique de communication.

Les attentats du 13 novembre 2015 entraînent une prise de conscience brutale :

-              que l’attaque visait tous les symboles d’une civilisation rejetée des djihadistes.

-              qu’il s’agissait d’un acte de guerre contre un pays qui combat les djihadistes.

Les attentats placent la France en état de guerre. La dangerosité s’affirme désormais fortement dans l’Union européenne.

1-   Identification de l’ennemi.

2-   Les jeux géopolitiques des Etats, des jeux d’apprentis sorciers…

3-   Ripostes et mesures.

I-            Identification de l’ennemi

Les forces en présence.

Des Etats occidentaux à la supériorité militaire et technologique écrasante mal à l’aise devant un ennemi longtemps difficilement identifiable.

Tentative de Définition du terrorisme

Aucune organisation internationale, y compris l’ONU, n’en a donné une définition universelle car le mot recouvre des réalités différentes dans le temps.

-              Actes terroristes anarchistes du XIXe siècle.

-              Les Allemands, pendant l’Occupation, qualifiaient les résistants de terroristes.

-              En Palestine, les Britanniques ont qualifié de terroriste l’Irgoun et le groupe Stern de

Menahem Begin et Itzhak Shamir.

-              Ces derniers ne manqueront pas, accédant l’un et l’autre aux fonctions de premier ministre

d’Israël, de retourner le qualificatif aux Palestiniens.

-              Notre pays accusera de terroriste le Front de Libération Nationale algérien.

-              En Afrique du Sud, le pouvoir blanc a défini de la même manière Nelson Mandela et ses

partisans.

Les exemples du passé laissent penser que la définition appartient au vainqueur, au plus fort qui se donne la légitimité.

Bien sûr, une caractéristique de l’action terroriste se dégage : marquer les opinions publiques en tentant de désorganiser, la société visée.

*Ainsi l’Institute for Economics and Peace (IEP), définit le terrorisme comme « la menace ou l’utilisation réelle de la force et de la violence par un agent non étatique pour atteindre un objectif politique, économique, religieux ou social au moyen de la peur, de la coercition, ou de l’intimidation ».

*Gérard CHALIAND et Arnaud BLIN, ont consacré un livre à l’Histoire du terrorisme de l'Antiquité à Al Quaida (Éditions Bayard, 2004) dans lequel ils identifient deux ruptures déterminantes : 1789 et 1968.

-              1789, la Terreur qui donne son nom au terrorisme.

-              1968, émergence du terrorisme transnational moderne.

Ils ont choisi de suivre Raymond Aron pour qui « il y a acte terroriste « lorsque ses effets psychologiques sont hors de proportion avec ses résultats purement physiques ».

Ceci revient à dire, si l’on veut parler de guerre, que le terrorisme est la forme la plus violente de la guerre psychologique.

*Les philosophes Jacques Derrida et Jürgen HabermasLe “concept” du 11 septembre» - Galilée, 2004), ont présenté une autre approche pour définir le terrorisme

Derrida pense « qu’intégrisme et terrorisme constituent, parmi d’autres, des maux de la modernisation. »

De ce fait, Il est probable que la philosophie ne constituera pas un remède radical.

*Dans les manuels militaires américains, on définit comme « terrorisme l’utilisation calculée, à des fins politiques ou religieuses, de la violence, de la menace de violence, de l’intimidation, de la coercition ou de la peur. » Le problème d’une telle définition, c’est qu’elle recouvre assez exactement ce que les Etats-Unis ont appelé la guerre de basse intensité, en revendiquant ce genre de pratique.

D’ailleurs, en décembre 1987, quand l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution contre le terrorisme, un pays s’est abstenu, le Honduras, et deux autres s’y sont opposés, les Etats-Unis et Israël en raison d’un paragraphe de la résolution qui indiquait qu’il ne s’agissait pas de remettre en cause le droit des peuples à lutter contre un régime colonialiste ou contre une occupation militaire. »

Un certain nombre de camarades inscrivent le terrorisme dans un concept de conflit asymétrique au niveau de la logique et de la nature des objectifs poursuivis.

On peut se rappeler cette définition de Pierre BAUDIN : « Conflit opposant une force équipée d’armes et de systèmes très fortement coordonnés, hiérarchisées, agissant dans des conditions et contre des forces placées dans des situations exactement inverses et utilisant cette situation de fait à leur avantage grâce à la faible sophistication (pas de maintenance) de leurs armes, leur hiérarchie très fluide (et difficilement identifiable) »

Sur le site officiel français http://www.risques.gouv.fr/menaces-terroristes/comprendre-la-menace-terroriste :

 « Le terrorisme est un phénomène complexe, parce qu’il évolue en permanence dans ses organisations, ses motivations et ses objectifs, ses organisations, ses méthodes et ses moyens.

Ne connaissant pas de frontière, il s’est répandu de manière diffuse à travers le monde sous des formes variées.  La France n’échappe pas à cette menace qui peut frapper aussi bien sur son territoire que ses ressortissants et ses intérêts à l’étranger, ou encore le cyberespace. »

La définition rassemblant le consensus le plus large est celle du Secrétaire général des Nations Unies, qui considère comme terrorisme « tout acte qui vise à tuer ou à blesser grièvement des civils ou des non-combattants, et qui, du fait de sa nature ou du contexte dans lequel il est commis, doit avoir pour effet d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à agir ou à renoncer à agir d’une façon quelconque. »

Dans le même esprit que les Nations Unies, la France définit le terrorisme dans son Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013 comme « un mode d’action auquel ont recours des adversaires qui s’affranchissent des règles de guerre conventionnelle pour compenser l’insuffisance de leurs moyen et atteindre leurs objectifs politiques. Frappant sans discernement des civils, la violence qu’ils déploient vise d’abord à tirer parti des effets que son irruption brutale produit sur les opinions publiques pour contraindre les gouvernements ». […]

Le profil de l’ennemi a évolué.

La lutte contre « Boko Haram et Acqui avait introduit une emprise territoriale.

La dernière décennie a vu, avec Daesh (Daesh ou EIIL, ou ISIS, . qui veut dire Etat islamique d’Irak et du Levant, et encore Etat islamique d’Irak et de Syrie), émerger un ennemi « militaire ».

En ce qui concerne Daesh, les questions sont lourdes et inquiétantes : d’où vient-il ? A quoi sert-il ? Quelles sont ses intentions réelles ? Au service de qui ?

-       Daesh est une armée de mercenaires,

-       Dans ses aspects médiatisés, Daesh apparaît comme  une organisation terroriste relevant d’une dérive sectaire, d'inspiration wahhabite/salafiste, à l'origine de presque tous les groupes terroristes islamistes apparus depuis les années 1970, jusqu'à Al-Qaida et Daesh.

Ces extrémistes s'en prennent à tout le monde : à l'Occident bien sûr et à la France en particulier, mais aussi aux Russes, aux Egyptiens, aux Pakistanais, aux Libanais, au Hezbollah, aux Iraniens, aux chrétiens, aux chiites... et aux sunnites qui n'adhèrent pas à leur conception de l'islam.

Le wahhabisme a donné naissance à l'Arabie saoudite, l'un des Etats les plus rétrogrades de la planète.

-        Cependant si le numéro 1 de Daesh, du moins présenté comme tel, Abou Bakr al-Baghdadi répond au critère wahhabite/salafiste, la cinquantaine de dirigeants principaux ne sont pas des islamistes mais plutôt d’anciens officiers laïcs de Saddam Hussein.

« Nous ne comprenons même pas le concept » avoue le major général américain Michael Nagata, commandant les forces US au Moyen Orient devant le congrès en décembre 2014.

L’EI ne va pas de soi

Les groupes terroristes n’avaient pas d’identité territoriale ou étatique : Al Qaeda avait établi des sanctuaires en Afghanistan et au Yémen, sans chercher à administrer la population locale.

La lutte contre « Boko Haram et Acqui avait certes introduit une emprise territoriale pour les groupes terroristes

Daesh s’installe au grand jour.

L’EI n’est pas une rébellion, n’est pas une guérilla, n’est pas un groupe terroriste. C’est une armée de mercenaires

-       30 000 à 50000 combattants, une forte capacité de recrutement tant dans les zones conquises qu'à l'étranger.

-       Daesh s’est emparé de l’arsenal militaire laissé par les américains à l’armée régulière irakienne (chars, canons, avions…), pour un montant total estimé à 3 milliards de dollars.

-       Les succès de l’EI sont clairement de nature militaire et non terroristes.

-       Il n’est pas comme le sont devenues les entités terroristes au Moyen Orient l’acteur terroriste d’un Etat.

-       L’ attentat, comme la guerre des images, la présence sur internet ne sont que des moyens d’action pour frapper les esprits, pour recruter des sympathisants ou pour effrayer les ennemis (guerre hybride).

L’EI prône-t-il une forme extrême de l’islam sunnite ?

-       Certes Daesh a promis de « briser les frontières » de la Jordanie et du Liban et de « libérer la Palestine puis plus largement de s’étendre à l'Occident :

-       Le porte-parole de l'Etat islamique, Abou Mosa, a déclaré à un journaliste américain: « Si Dieu le veut, (...) nous lèverons le drapeau d'Allah sur la Maison Blanche. » .

-       Cependant, fait étrange, l’autorité suprême de l’islam sunnite, al-Azhar, mosquée au Caire appelle en février 2015 à « crucifier et démembrer les terroristes d’Isis. Cette sentence n’avait jamais été prononcée contre un groupe terroriste.

Le Califat annoncé comme gouverné par un chef politique et religieux unique, ici Abou Bakr Al-Baghdadi, selon la loi islamique, la charia a eu un effet: le rythme d’allégeance de mouvements djihadistes, qui combattaient sous leur propre couleur, ou sous celle d’Al-Qaida, s’est accéléré avec les conquêtes territoriales de Daech.

Daesh se construit une légitimité étatique (infrastructures, fonctionnement et financement d’un Etat).

-       Daesh se veut être un Etat, avec une volonté d’expansion territoriale nettement affirmée.

-       ordonné comme tel avec à sa tête un chef, son adjoint, des ministres, des gouverneurs et un conseil militaire.

-       El frappe également sa propre monnaie, fonction typiquement régalienne.

EI est incroyablement bien financé.

-       par des financements internationaux qui sont loin d’être sa principale source de revenus, mais étudier qui sont ces donateurs permet de comprendre les logiques qui sous-tendent les conflits actuels au Moyen-Orient.

-       Comme tout Etat qui se respecte, Daech lève des impôts divers sur les populations des villes qu’il occupe. Ainsi, l’organisation a mis en place des taxes sur la consommation, sur les télécommunications, sur les camions traversant son territoire, sur le revenu des entreprises nouvellement créées, sur les chrétiens syriens en échange de sa protection (impôt connu sous le nom de jizya).

-       par la  saisie de puits pétroliers (15 % du pétrole irakien et 60 % du pétrole syrien).

Daech vend son pétrole au marché noir principalement en Turquie et en Jordanie à un prix estimé inférieur de 30 % du prix du marché.

Il devient quasi impossible de tracer ce pétrole qui peut alors être vendu aux pays occidentaux.

Daech s’est emparé du site de production situé à Akkas, proche de Qaim, qui est la plus grosse réserve de gaz naturel d’Irak.

Le marché du pétrole est inquiet de l’avancée de Daesh.

S’ajoutent aussi la vente de phosphate, de ciment et de produits agricoles.

-       par le pillage : le pillage le plus spectaculaire commis par Daech est sans doute celui de Mossoul, 2ème ville du pays, en juin 2014.. Elle s’empare ainsi de l’arsenal militaire laissé par les américains à l’armée régulière irakienne (chars, canons, avions…), pour un montant total estimé à 3 milliards de dollars. De plus, l’organisation s’accapare l’argent présent dans la banque centrale d’Irak située à Mossoul : de l’or (200 kilos, soit environ 7 millions de $) mais aussi les liquidités déposées par les banques (évaluées à 400 millions de $). Au total, l’organisation aurait donc empoché 3 407 millions de $ grâce à la prise de Mossoul.

Ce schéma est reproduit à chaque fois qu’une ville est conquise (confiscation du matériel militaire et des ressources financières de la ville).

-       par l’argent de rançons (Une quinzaine d’otages occidentaux ont déjà été rançonnés par Daech : 5 à 10 millions de dollars par otage).

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-       Daesh s’installe sur un terrain identifié qu’il s’est approprié dans le cadre d’une guerre conventionnelle.

Le groupe s’est installé dans de larges secteurs des territoires irakien et syrien, dans un premier temps, bien accueillis par des populations sunnites frustrées et marginalisées.

L’avantage d’une base territoriale est d’obtenir des revenus et une profondeur stratégique, mais en même temps, c’est un désavantage : le groupe est devenu une cible bien identifiée.

-       Daesh externalise le combat par des opérations terroristes(le terrorisme n’est, pour l’EI, qu’un moyen d’action comme un autre) sur le territoire d’Etats considérés comme ennemis.

Se trouvant menacé dans son sanctuaire, l’Etat islamique a décidé d'exporter le combat.

Le 13 novembre à Paris s’installe dans le schéma classique d’une opération spectaculaire d’un groupe terroriste, mais la donne reste celle d’un conflit conventionnel donnant lieu à l’emploi de moyens asymétriques pour exploiter les faiblesses de l’ennemi.

La guerre a toujours été un maillage complexe de menaces et de moyens de coercition mis au service de motivations politiques.

Dans un jeu géopolitique compliqué, Daesh allie idéologie et projet politique.

Rappel des objectifs et modes d’action des actes terroristes.

-       Le terrain privilégié pour contrebalancer la supériorité technologique et numérique est la ville qui leur permet de se fondre dans la masse.

-      Les entités menaçantes utilisent la fluidité, la volatilité, un système rapide de circulation de l’information.

-       Leur pratique est celle du massacre comme « stratégie militaire », pour se faire une réputation mondiale, pour mener un pays à la ruine, pour paralyser un géant, pour exister.

-       L’élément de base actif est un groupe polyvalent souvent de moins de dix hommes qui se déplacent aisément, même à travers les frontières, se disperse de la même façon.

-       L’armement est rustique, bien maîtrisé, aisément remplaçable.

-       Le groupe peut facilement se connecter à d’autres groupes.

-       La barbarie, le spectacle : il apparaît que l’objectif essentiel du terroriste demeure sa propre mort et la mort des autres n’est que le moyen de mettre la sienne en évidence.

-       L’entretien d’un climat de crainte déstabilisant, tétanisant l’opinion publique, monopolisant les médias sont les fers de lance de l’action terroriste. La société de l'information occidentale, offre une formidable caisse de résonance portant à la surenchère.

-       Dans un contexte de banalisation de la violence, le terrorisme devient dans la même logique une forme d’expression publique banalisée.

-       Alors que les actes de ces dernières années semblaient être le fait d'amateurs plus ou moins habiles, les attaques du vendredi 13 novembre, par leur nombre, les cibles visées, leurs modes opératoires et leur coordination, traduisent une opération parfaitement planifiée.

Toutes les sociétés ouvertes sont vulnérables face au terrorisme.

 (i

Daesh représente une véritable rupture par rapport aux organisations qui l’ont précédé.

Sa faiblesse relative : être une cible mieux identifiée.

La rivalité Iran-Arabie Saoudite, les connotations « guerre de religion » et « conflit de civilisation », s’insèrent plus difficilement dans la lisibilité de la situation actuelle.


II-           Les jeux géopolitiques des Etats, des jeux d’apprentis sorciers.

II-1 Le fait de certains Etats :

Position ambiguë que peuvent avoir certains États soutenant des éléments terroristes qu’ils estiment «contrôlables», usant d’une « diplomatie d’influence de l’ombre», soutenant de fait un projet politique global de l'islam intégriste.

Daesh bénéficie de nombreux soutiens, directs ou indirects, d'Etats:

-              l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie .

Ryad, Doha et à un moindre degré Ankara sont sans aucune ambiguïté les inspirateurs et les soutiens des mouvements islamistes radicaux et terroristes actuels.

-              pourtant déclarés comme trois alliés majeurs de l'Occident,

  • des Etats-Unis en particulier avec lesquels ils coordonnent le plus souvent leur stratégie régionale

  • et de la France.

L'Arabie saoudite.

  • Un royaume médiéval et intégriste
  • La majorité du peuple dans l'ignorance
  • L’ éducation est une lecture très orientée du Coran.
  • Ryad dispose d'un pouvoir d'influence et de nuisance considérable grâce à

l'argent du pétrole et s'en sert pour jouer au pyromane, en exportant le wahhabisme,

  • C'est pourquoi Jamais Ryad n'a cherché à lutter contre Daesh.
  • En revanche, le royaume a mobilisé ses forces et fait appel à ses alliés pour

conduire une guerre d'agression au Yémen.

  1. .

Le Qatar

  • un micro-Etat, insignifiant, sans passé et sans avenir
  • les souverains successifs ont pour seule qualité d'être nés propriétaires de ressources considérables d'hydrocarbures dont ils tirent des revenus énormes.
  • Ce « pays » artificiel compte deux millions d'habitants, dont à peine plus de 10%s ont des Qataris.

Il convient de rappeler que c'est grâce à l'appui de l'Arabie saoudite - puis à celui du Qatar que depuis les années 1980 le terrorisme islamiste s'est répandu dans de très nombreux pays.

Le Qatar et l'Arabie saoudite laissent certains de leurs ressortissants fortunés appuyer Daesh Les frontières de « l'Etat islamique » ne sont volontairement pas contrôlées.

Toutefois, l’Arabie Saoudite annonce avoir rompu avec Daesh depuis décembre 2014.

 La Turquie

  • un grand Etat, héritière de l'Empire ottoman, membre de l'OTAN, candidat à

l’entrée dans l’Union européenne.

  • Un pays profondément réislamisé depuis l'arrivée au pouvoir d'Erdogan, membre

du bureau international des Frères musulmans, qui s'acharne à gommer toute trace de l'oeuvre de modernisation et de laïcisation du pays conduite par Mustapha Kemal.

  • La Turquie se trouve donc impliquée, en partie au corps défendant de ses élites

et d'une part de sa population, dans les rêves de grandeur islamiste de son leader qui se voit comme le nouveau sultan ottoman.

Le jeu des Américains ne cesse d'être ambigu, témoignant d’une véritable stratégie d'alliance objective et machiavélique avec l'islam le plus radical.

-              Ben Laden et la majorité des terroristes du 11 septembre étaient saoudiens. Or, depuis

les attentats du 11 septembre 2001, Washington a désigné comme fauteurs de troubles l'Irak, l'Iran et plus récemment la Syrie.

-              A l'occasion des pseudo « révolutions arabes » de 2011, les Etats-Unis ont soutenu, les

Frères musulmans, afin de les installer au pouvoir.

Cette politique a initialement connu le succès en Tunisie et en Egypte - avant que la population ne désavoue ou ne renverse les gouvernements de la Confrérie, mais elle n'a pas fonctionné en Syrie.

-              Zbigniew Brzezinski, l'ancien conseiller pour la Sécurité nationale de Jimmy Carter

déclarait encore récemment, à propos de Jabat Al-Nosrah, la branche d'Al-Qaida en Syrie : « si les Russes continuent à bombarder nos gars, il faut qu'Obama riposte » !

-              Paradoxalement, cette stratégie n'est dénoncée que par Donald Trump, candidat aux

primaires du Parti républicain: « Si vous regardez la Libye, regardez ce que nous y avons fait, c'est le désordre. Si vous regardez Saddam Hussein avec l'Irak et ce que nous avons fait là-bas... C'est le désordre. Et ce sera la même chose en Syrie ».

-              On peut lire dans un document confidentiel de l’US Defense Intelligence Agency (DIA)

rédigé en août 2012, que la situation militaire devrait permettre l’établissement d’un sanctuaire (un Etat islamique) dans la zone de Ramadi en Irak jusqu’à l’Est de la Syrie et les zones allant d’Assaka à Deir-Ez-Zor pour affaiblir l’Etat syrien.

-              Que penser de la poursuite des livraisons d’armes à une armée irakienne dont la très faible

combativité non seulement ne permet pas d'espérer des opérations militaires d'envergure au sol, mais qui, dans la débandade, abandonne les armes aux mains de Daesh….. ?

Une position de la France envers la Syrie qui interpelle.

-              Une position qui a clairement accru la menace terroriste.

-              Le battage médiatique contre « Bachar El-Assad» s’est sans doute cumulé à la

propagande djihadiste, encourageant  des jeunes français au départ vers la Syrie.

-              La rupture des relations avec les services de renseignement syriens, un certain déni

des réalités de terrain ont occulté l’efficacité pourtant réelle de nos services de renseignement.

-              Le soutien apporté à Lamia Nahas, membre de la Coalition nationale de l'opposition syrienne

par la France, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Etats-Unis et le Royaume Uni interpelle au regard de son apologie de criminels de l’histoire.

Pourtant, malgré notre soutien à l'opposition djihadiste de Bachar El-Assad, notre silence sur la guerre d'agression de l'Arabie saoudite au Yémen, des frappes aériennes jusqu’alors symboliques contre les installations de Daesh en Syrie et en Irak, Daesh a tout de même frappé la France.

Complément d’interprétation:

-              Pour Israël, l’effondrement du régime syrien signifie l’affaiblissement du Hezbollah.

-              Daech est une création israélo-américaine destinée à provoquer l’effondrement des

Etats- nations du Moyen-Orient.

-              On peut imaginer que le prochain front de l’EI se situera entre le Caucase et le Xinjiang,

visant Moscou et Pékin.

II-2 Des facteurs complémentaires de dangerosité.

Les États défaillants déstabilisés par des organisations terroristes (Afghanistan, Syrie, Irak, Libye, Somalie, Mali, Nigeria etc)

Appui ou dialogue d’Etats extérieurs à l’arc de crise pour des motifs essentiellement économiques ou géostratégiques (Chine au Soudan pour des motifs pétroliers, Turquie et Brésil ont dialogué avec l’Iran ; l’Iran s’adresse à la Russie pour enrichir son uranium…).

L’interconnexion de plus en plus probante entre groupes terroristes.

Le fait de l’hybridation du crime et du terrorisme.

La dangerosité encore exacerbée

-              par la crise économique  et ses conséquences.

-              la corruption,

-               par une rancœur savamment entretenue contre l’Occident

-              effet multiplicateur des conflits non résolus au proche et moyen Orient


III-       Ripostes et mesures

La guerre, instrument politique légitime et pertinent dans la lutte contre le terrorisme.

III-1- La lutte contre le terrorisme s’inscrit sur 3 étapes successives.

D’abord une lutte policière contre une nébuleuse de groupes difficilement identifiables.

Puis cette lutte policière à l’intérieur de nos frontières s’est complétée d’opérations militaires extérieures. soit pour détruire la menace en amont, soit pour participer à la restauration d’un Etat de droit capable de réduire cette menace.

Les velléités de l’Etat islamique nous amènent à renforcer d’autant la dimension militaire guerrière comme instrument politique et pertinent pour assurer notre « sécurité nationale ». concept récent (2008-2009) qui associe sans les confondre la politique de défense, la politique de sécurité intérieure, la politique étrangère et la politique économique.

Il faut noter la difficulté de certaines des plus grandes puissances et coalitions militaires à faire face aux menaces qualifiées d’hybrides et de les contrer.

La terminologie «guerres hybrides» n’est qu’une description générique qui doit nous inciter à tenir compte de l’environnement complexe des conflits, sans le simplifier à outrance, à se concentrer sur la spécificité et l’interconnexion des menaces.

Cette attitude est largement liée à la confiance quelques temps démesurée et exclusive dans la haute technologie de leur armement, à la présence des acteurs non étatiques.

III-2-Alors, que suggérer pour la France?

Des éléments à prendre en compte.

Vouloir apporter une solution au problème sans dénoncer les jeux d’apprentis sorciers d’un certain nombre d’Etats est absolument vain (l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie).

-              Ils continuent d'ailleurs de financer et d'armer les "rebelles" en Syrie, renforçant la capacité d'action

des groupes djihadistes qui connaissent de sérieux problèmes depuis le début de l'intervention russe.

-              C'est une fuite en avant irresponsable de la part de ces trois pays qui voient leur stratégie contrée

par l'entrée en jeu de Moscou.

-              Bachar El-Assad ne tombera pas brutalement et ils ne le supportent pas.

Les solutions s’inscrivent dans le très long terme.

Le droit international reste limité à la légitimation des interventions.

L’UE est un acteur politique en échec, même si les plus optimistes en font un acteur en devenir.

La réponse policière devra durablement se compléter de l’intervention militaire.

Il restera pourtant difficile d'évaluer l'efficacité des opérations militaires extérieures dans la lutte contre le terrorisme, celles-ci pouvant être contreproductives.

-              Les objectifs d'intervention peuvent être différents : rétablir un état de droit ou détruire un ennemi.

-              L’intervention peut conduire à une situation diamétralement opposée à l’objectif recherché:

  • l’Organisation de l’Etat islamique est fille de l’intervention américaine en Irak,

  • la Lybie a plongé dans le chaos après l’intervention occidentale.

Chacun doit savoir que la victoire sur les actions terroristes ne s’obtiendra que par le courage, l’effort, l’acceptation de contraintes individuelles et collectives en matière de contrôle et de sécurité et une cohésion sans faille de la communauté nationale.

Si l’amalgame est inadmissible entre Musulmans et terroristes, le politique se doit de désigner clairement l’ennemi et valoriser le refus des thèses terroristes au sein de la communauté musulmane.

Des postures et des mesures à prendre.

Raymond ARON disait : « L’Etat nation est un Etat respecté à l’extérieur, en paix à l’intérieur ».

A l’extérieur.

La cohérence de notre diplomatie et de nos intérêts stratégiques doit nous amener à reconsidérer notre politique étrangère, à désigner clairement l'ennemi extérieur et ses soutiens.

Cette cohérence viendra peut-être en partie

-       de notre indépendance énergétique, portée notamment par une économie « verte » de transition,

-       d'une réorientation de nos exportations en particulier d'armement vers des zones géopolitiques plus en cohérence avec nos intérêts stratégiques,

-       et enfin d'un contrôle accru des investissements étrangers en France et en Europe (ceux des États du Golfe).

Dans la même logique de cohérence diplomatique, il conviendrait d’appuyer les forces kurdes, bien équipés, craintes par Daesh, donnant à réfléchir à Ankara.

Par ailleurs, l’entrée des Russes comme alliés (« la France a retrouvé un allié traditionnel dans la guerre - JPA)»), change la donne géopolitique, participe à un recentrage européen.

Les dangers qui nous menacent n'ont pas de frontières et visent aussi directement nos partenaires européens. La défense française bénéficie de fait aux pays de l’Union européenne.

Il est légitime, comme l'AR 15 le martèle depuis plusieurs années, comme le souligne désormais nos autorités politiques :

-       que les dépenses de défense soient écartées du calcul du taux d’endettement des pays de l’Union européenne.

-       que les efforts de défense et de sécurité assumés par la France soient partagés par les pays de l'Union Européenne (participation des armées et/ou contribution financière).

Les capacités opérationnelles de nos soldats sont remarquables et doivent être maintenues (je pense en particulier au cycle de préparation de nos militaires qui doit être préservé).

A l’intérieur.

L'absence d'organisation hiérarchisée et cohérente de l'Islam pose problème et contribue à l’amalgame entre Islam et terrorisme.

C’est pourquoi il faut soutenir un «islam à la française», s’inscrivant dans les valeurs et les fonctionnements de la République.

L’Ecole a un rôle central dans l’intégration et la promotion sociale, dans la lutte contre toutes les dérives, mais elle ne peut tout faire.

Une attitude ouverte de la France ne doit pas être le prétexte à renoncer à nos valeurs républicaines et démocratiques.

Dans la même logique, sans posture nationaliste et d'exclusion, la France doit être fière d'elle-même. Tout pays doit assumer son histoire de manière objective et ouverte.

Une adaptation permanente des forces de l'ordre et des autorités à la menace s’impose.

Les attaques terroristes ont plusieurs fois frappé la France selon un invariable canevas parfaitement connu:

-              les acteurs sont des criminels fanatisés

-              collectivement, des fratries s'installent dans un « délire à plusieurs ».

-              Le terrain: quartiers difficiles, base de prédation et de repli, pépinière du fanatisme.

Pourtant, notre société semble avoir perdu son sens critique et se noie dans un « angélisme exterminateur ».

Les signaux faibles sont à déceler de façon précoce et à prendre avec sérieux: cela s’enseigne, cela s’apprend. »

Il est impératif de se poser la question avant le prochain massacre.

On parle maintenant de «garde nationale». Il faut y réfléchir, éviter de fantasmer d’autant que nous disposons de dispositifs de réservistes opérationnels qui peuvent fort bien monter en puissance et être coordonnés…

Sur le plan judiciaire, il conviendrait d’appliquer les articles du code pénal et du code de sûreté militaire relatifs à la trahison et à l'intelligence avec l'ennemi.

Enfin, il est un aspect qu’il faut aborder sans forcément de réponse à apporter : les médias jouent un rôle essentiel dans la dialectique terroriste: l’un se nourrit de l’autre et réciproquement.

-              Quand les acteurs des attentats sont justement appelés racailles hybrides bombes humaines, les

médias, relais du « politiquement correct », s’effraient de la stigmatisation de pauvres victimes de l'exclusion et du racisme, dénoncent la part de responsabilité de la France dans le carnage à cause de la fermeture de son économie, de la discrimination, de l’ascenseur social en panne.

-              Toutefois, le 27 novembre le journal « Le Monde » réalise finalement que les terroristes sont des

voyous et évoque les contrôles insuffisants.


-             CONCLUSION.

Des menaces demeure en Belgique, en Allemagne, en France, au Caucase russe.

L’attaque de l’hôtel à Bamako témoigne de la volonté de surenchère d’autres groupes terroristes.

Le souvenir traumatisant des guerres européennes du passé ne doit pas nous installer dans un persistant déni de la réalité et le refus d’envisager une guerre contre le terrorisme.

Un redéploiement important des ressources financières de l’Etat vers les fonctions régaliennes de sécurité nationale et de défense est le prix à payer pour demeurer libre.

Un fait majeur, une rupture stratégique peut-être. La France a invoqué l’article 42-7 du Traité de l’Union européenne, et non pas l’article 5 du traité de l’OTAN. Ainsi,

-              la France interpelle l’Union européenne sur sa défense.

            n’est-il pas temps de revoir les traités fondateurs, inhibiteur de toute création d’une défense

européenne parce que s’interdisant les interventions létales ?

Le dialogue bilatéral franco-russe se renforce.

-              Cette nouvelle donne est à prendre en compte dans le processus de transformation de l’OTAN pour rouvrir plus largement le dialogue OTAN-Russie qui devrait permettre à terme une solution politique à la crise ukrainienne.

L’opportunité n’est pas à rater.

En 2040 la majorité hispanique qui composera la population des Etats-Unis se désintéressera sans doute davantage des problématiques européennes.

L’OTAN sera-t-elle encore le parapluie si souvent invoqué, en particulier par les pays de l’Est de l’Union européenne.

Une nouvelle étape de la construction européenne semble s’imposer aux dirigeants responsables des pays de l’U.E.

Une nouvelle étape qui devra :

-              prendre en compte la vulnérabilité de nos sociétés ouvertes dans un monde hostile et dangereux.

-              réfléchir sur les fondements de notre civilisation remise en cause par le djihadisme global et le terrorisme.

Si le monde est unifié par la mondialisation des techniques, il est partagé entre le monde des sociétés ouvertes en nombre limité pratiquant entre elles de la sécurité coopérative et un monde fragmenté entre différentes zones qui ne vit pas à la même époque, marqué par l’absence de véritable Etat et livré au chaos.

Notre approche de ces deux mondes doit se faire avec des standards différents.

L’idée de guerre juste doit être réinvestie.

Une grande politique européenne repose simultanément sur des intérêts, des valeurs et des responsabilités, une convergence des objectifs impliquant un engagement intellectuel et moral.