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Cycle d’études 2014-2015 – Les travaux des pôles – Arras.

La Guerre est-elle toujours la poursuite de la politique par d’autres moyens ou bien doit elle désormais être considérée comme la faillite du politique.

Introduction :

Depuis l’origine de l’Humanité, la problématique de la guerre a été constamment posée. D’innombrables citations[i] pourraient être proposées, émanant aussi bien de l’Antiquité, Thucydide, Aristote, que du Moyen Âge, Thomas d’Aquin, que de Chine Sun Zu[ii], sans oublier les contemporains Clausewitz[iii], Hegel, Levinas, Brezinsky[iv]et beaucoup d’autres. La guerre est une composante permanente de toute civilisation. Elle est souvent présentée comme une des plus belles pages de l’Histoire des civilisations comme le montre les épopées d’Alexandre, de César, de Charlemagne, de Gengis Khan, de Tamerlan, de Napoléon, etc., plus près de nous, la Grande Guerre dont nous commémorons aujourd’hui le centenaire !

Nous examinerons rapidement dans un premier temps ce que représente la guerre dans les civilisations passées, puis, dans un deuxième temps, la transformation de la guerre,  de la guerre froide au soft power , enfin les nouvelles donnes liées à la virtualisation des actes de guerre.

1-    La guerre dans les civilisations du passé.

Dans l’Antiquité[v], la guerre est d’abord le moyen d’unir et de rassembler les forces contre un ennemi . Ainsi, les cités grecques souvent opposées les unes aux autres, se rassemblent pou combattre les Perses. Cette unité est rendue possible selon Thucydide, parce que les Grecs au-delà de leurs divisons, ont en commun, une langue partagée, le grec, une foi commune dans les dieux du panthéon, enfin ils sont du même sang. La langue, la foi et le sang sont les trois éléments qui créent une civilisation et nourrissent l’ « esprit de défense » que consacre les trois batailles des guerres médiques, Marathon (-490), Thermopyles (-480) et Salamine (-480). C’est sur les champs de bataille que naît le panhellénisme grec dont l’expression militaire est l’épopée d’Alexandre (-334-323) en Asie. L’objectif ici n’est pas exclusivement de détruire l’empire achéménide, mais surtout d’unifier le monde autour d’une civilisation et d’une langue le grec, répandue en Asie par le relai des 70 villes créées sous le vocable d’Alexandrie.

Cette volonté unificatrice du monde dans un même ensemble conduit cette fois les Romains à s’engager dans les trois guerres puniques (-264 à -146) pour éliminer les Phéniciens installés à Carthage et unifier la Méditerranée autour de Rome et de sa civilisation, ce que l’archéologie attestera. Désormais, la Méditerranée est bien unMare nostrum dont l’unité est visible à travers les villes organisées autour du forum, du temple dédié au culte impérial et des basiliques commerciales.

A travers ces deux exemples, il est clair que les grandes épopées de l’Antiquité s’inscrivent dans une vision de créer une unité civilisationnelle autour d’une langue, d’une foi et d’une richesse appuyée sur une monnaie, quelle soit d’argent pour Alexandre le Grand et ses successeurs ou d’or pour les Romains. Au-delà des frontières de ces empires, il y a le désert, le monde fantastique, celui où les hommes ont des formes et des habitudes étranges comme l’explicite parfaitement le Roman d’Alexandre. Ainsi il y a une forte rupture entre le monde civilisé, celui des villes et d’une langue commune. La frontière est alors une sorte de « mur d’Hadrien » au-delà duquel se trouve le monde de l’étrange qui nourrira la littérature !

Une autre étape et d’autres objectifs apparaissent à travers les grandes épopées médiévales[vi], nous en évoquerons trois très brièvement mais très révélatrices. L’épopée de Charlemagne (742/748-814) est intéressante, car elle s’organise dans une volonté d’unifier l’empire par la religion chrétienne : ainsi les frontières de l’empire sont au sud le monde musulman et à l’est le monde païen. Les chrétiens sont dans l’empire et tous doivent être chrétiens ce qu’explicitent durement les fameux capitulaires saxons de 785 dont la violence extrême vise à unifier l’empire par une appartenance commune à la foi chrétienne. Les frontières de l’empire ne peuvent dés lors qu’être mouvantes, ce sont des « marches » qui sont à la fois des zones de protection comme des points de départ pour faire entrer dans l’empire les nouveaux convertis.

Encore plus extraordinaire sont les mises en place des grands empires mongols[vii], le premier, celui de Gengis  Khan[viii] (1155/62-1227) est le résultat d’une exceptionnelle guerre de conquête qui lui a permis de faire entrer les mondes russe, musulmans d’Asie centrale, mais aussi chinois et même coréen, dans son empire. Il s’agit d’une guerre de conquête menée pour exploiter les richesses des pays vaincus et soumis. Il s’agit bien là d’une série de guerres qui ne sont que les moyens de la politique. La guerre écrase les peuples les soumet, la politique organise l’empire et donne à chacun sa place. La guerre est bien le prolongement du politique dans l’esprit de Clausewitz.

Enfin, un autre empire à caractère propre et différend, est celui de TimurLeng dit Tamerlan[ix] (1336-1405).Avant la bataille d’Ankara en 1402, où il bat les Turcs de Bayazid I, après l’avoir défié en lui écrivant « puisqu’il y a un seul Dieu au ciel, il ne peut y avoir qu’un seul empereur sur terre, Dieu choisira entre nous ».           La guerre s’inscrit dans une vision cosmologique ; elle est le moyen par lequel l’homme pense retrouver l’unité de la Création. Vision cosmologique dont ont pu encore se prévaloir un temps les Etats Unis, se considérant comme porteurs d’un modèle de société qu’ils présideraient !

Dans le monde occidental, une des plus grandes épopées est bien celle qui a conduit en 1812, la France de Napoléon[x] à affronter l’empire russe d’Alexandre 1. Nous avons là un des premiers exemples de guerre économique. Pour réaliser son ambition de détruire l’Angleterre par le « blocus économique » Napoléon s’engage en Russie, déclenchant la première grande guerre patriotique de l’histoire russe. Les peuples de l’empire sont alors rassemblés dans un objectif commun : détruire l’empire napoléonien . Nous savons le résultat ; une guerre terrible et mortifère dont le symbole reste l’exploit des pontonniers du général d’Eblée sur la Bérézina. Sur le plan politique, le Traité de Vienne de 1815 place l’Europe sous la tutelle de la Sainte-Alliance et suscitera, dès 1830 et 1848 en Europe centrale, de violentes révolutions  connues sous le nom de « printemps des peuples » lesquelles seront détruites par les interventions conjuguées des empereurs russes et austo-hongrois.

Enfin le XXe s. commence par la terrible guerre de 1914-1918[xi] qui oppose les empires centraux d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie aux alliés de l’empire russe, la France et la Grande Bretagne. Une des causes principales de ce conflit est la crainte que suscitait le réel développement économique et démographique de l’empire russe pour le monde germanique. La première guerre mondiale a un arrière plan ethnique souvent occulté : les Germains redoutent les Slaves et veulent en finir avec cette menace une fois que la France sera vaincue. Le déroulement des opérations militaires sur le terrain en décidera autrement.  En 1939-1945, l’Allemagne nazie se lancera dans la seconde guerre mondiale[xii] avec le Japon impérial dans le but de créer un Reich millénaire pour le premier, un empire maritime pour le second. Toutefois, cette guerre marque la fin d’une époque qui voyait dans la guerre l’aboutissement de la politique. La guerre, croyait-on encore, devait permettre d’asseoir une autorité, de faire reconnaître une supériorité ; en ce sens, elle est la manifestation d’un syndrome messianique qui s’inscrit dans l’affirmation de créer un homme nouveau à l’origine  d’ un empire éternel, c’est la cas d’Hitler pour les nazis et de Pol Pot pour les Khmers rouges.

Une nouvelle époque s’ouvre dans le rapport entre la guerre et la politique à la fin de la seconde guerre mondiale marquée par l’utilisation d’une arme terrifiante pour l’humanité la bombe atomique. Deux concepts apparaissent alors, celui de la guerre froide et celui plus tardif du soft power.

De la Guerre froide[xiii] au soft power[xiv].

Chacun connaît la célèbre formule définissant la guerre froide : « Paix impossible, guerre improbable ». A l’issue de la seconde guerre mondiale, les alliés affichent rapidement leurs divergences idéologiques qu’ils avaient été constamment surmontées pendant les combats contre le Troisième Reich. Les bases de la paix ont été jetées lors de la conférence de Yalta du 4 au 11 février 1944, par le Président Théodore Roosevelt pour Les Etats Unis d’Amérique, par le Secrétaire général du PCUS., Joseph Staline et le Premier Ministre du Royaume Uni, Winston Churchill, réunis au palais de Livadia, résidence criméenne du tsar, restaurée pour l’occasion.

Les trois puissances s’entendent pour assurer la coordination des attaques contre l’Allemagne nazie pour aboutir à une capitulation sans condition et l’occupation par leurs forces armées de l’Allemagne vaincue. De plus, la coordination entre les trois puissances alliées était assurée par une Commission centrale de contrôle, regroupant les trois commandants en chef des armées, siégeant à Berlin. La France pouvait, si elle le veut, obtenir le contrôle d’une région et participer à la Commission centrale de contrôle.

Du 17 juillet au 2 août 1945 se tient la conférence de Potsdam en présence du Président H. Truman[xv] pour les USA, de J. Staline pour l’URSS et W. Churchill, puis Cl. Attlee, pour le Royaume uni. L’Allemagne est divisée en quatre zones d’occupation, l’Autriche retrouve son indépendance ;  les alliés s’entendent pour mettre en place la politique des 5 « D » : Désarmement, Démilitarisation, Dénazification, Démocratisation, Décentralisation.Pourtant cette entente du temps de guerre est vite remise en cause ; dès le 1 janvier 1947, Anglais et Américains créent la bizone qui deviendra trizone, le 3 juin 1948, avec l’adjonction du secteur français au deux secteurs anglais et américain. Les Américains mettent en place dès mars 1947 la Doctrine Truman pour lutter contre les infiltrations communistes dans l’administration américaine et accélérer la mise en place du plan Marshall pour contrer l’influence montante de l’URSS.

Les soviétiques répliquent par la doctrine Jdanov[xvi] le 22 septembre 1947 et en février 1948 par le coup de Prague par lequel les communistes s’emparent de la Tchécoslovaquie d’Edouard Beneš. Le rapport de force entre l’URSS et les Etats Unis change le29 août 1949 avec le premier test de la bombe nucléaire soviétique. Les Américains ne sont plus les seuls à disposer de l’arme absolue. Les conflits entre les deux blocs vont désormais se développer sur les marges des deux super puissance et prendre l’aspect de guerres de décolonisation soutenues au début tant par les Etats Unis que par l’URSS. La période qui s’étend de 1945 à 1960 est marquée par l’accession à l’indépendance de l’Inde (15 août 1947) de l’Indonésie (1949)du Viet Nam (1954), partagé en deux l’un au nord communiste, l’autre au sud pro américain, du Maroc et de la Tunisie (1956) de l’Algérie à l’issue d’une guerre difficile (1954-1962) de l’ensemble des colonies d’Afrique noire en 1960.  Toutes ces guerres de libération ont été menées avec le soutien soit des Soviétiques, soit des Américains. Les conflits ont été violents comme la guerre de Corée et ont conduit le monde au bord d’une troisième guerre mondiale, notamment en 1962 lors de la crise de Cuba. Toutes ces guerres ont certes abouti à l’indépendance des colonies, mais elles n’ont jamais débouché à un affrontement direct entre les deux super puissances d’alors. Il est incontestable que la possession des armes nucléaires et la capacité de destruction de ces deux superpuissances les a empêchées de s’engager dans un combat direct dont l’issue aurait été calamiteuse pour l’humanité entière. Dans ce type d’affrontement en effet, il ne peut y avoir de vainqueur. La guerre ne peut pas être le prolongement de la politique, nous ne sommes plus à l’époque de Clausewitz ! Il faut repenser la guerre !

Les  événements de 1989 (Chute du mur de Berlin) et de 1991 (disparition de l’URSS) ont eu des incidences majeures sur la transformation de l’art de la guerre. Tout d’abord, la disparition d’une alternative économique et sociale au libéralisme laisse aux Etats Unis d’Amérique un leadership incontesté sur le reste du monde ; c’est alors que se met en place la doctrine du soft power.

La création de la Fédération de Russie entraîna non seulement les indépendances de toute la périphérie, mais aussi le renoncement à une longue et patiente politique séculaire vers l’Asie centrale, le Caucase et les mers intérieures du Sud. Les grands objectifs stratégiques et politiques ont disparu en un clin d’œil . Les Etats Unis pouvaient affirmer une vision d’un monde unipolaire dont ils assuraient la mise en place. Les ex-républiques de l’URSS devaient entrer dans l’OTAN, puis dans l’Union européenne, pour permettre aux Etats-Unis d’organiser le containment de la Fédération de Russie toujours perçue comme une rivale potentielle. Cette brève situation de monopole idéologique, économique, social et militaire des Etats Unis, est mise en cause à partir des années 2000 et l’élection en Russie de Vladimir Poutine. Le premier signe de cette nouvelle donne est la décision de Poutine, juste nommé premier ministre de déclencher la 2e guerre de Tchétchénie (26 août 1999-1e février 2000), véritable réponse de la Fédération de Russie au Silk Road StrategyAct, voté par le congrès américain le 19 mai 1999, et qui prévoyait de modifier la circulation des fluides du Nord/sud en Est/Ouest, ce qui aurait évincer la Russie des réserves de l’Asie centrale. La guerre de Tchétchénie a été utilisée pour lancer un signal fort aux Etats Unis, : vous ne passerez pas par la Tchétchénie. Un autre temps fort qui a profondément influé sur les concepts de guerre est le 11 septembre 2001. Ce jour, les djihadistes d’Al-Quaida s’emparent de quatre avions de ligne avec passagers ; deux d’entre eux sont projetés sur les tours jumelles du World Trade Center de Manhattan, le troisième sur le Pentagone et le quatrième s’écrase à Shanksville dans la Pennsylvanie après que les passagers aient tenté de reprendre le contrôle de l’appareil. Le choc médiatique et politique de cet attentat est énorme ; pour la première fois, les Etats Unis d’Amérique sont touchés dans leur cœur financier et militaire ! Un autre monde s’ouvre, la guerre asymétrique n’épargne plus aucun adversaire ; elle a pour stratégie la guérilla et le terrorisme ; elle s’inscrit dans une longue durée et surtout sait tirer avantage des moyens exceptionnels que lui offre le web pour endoctriner et combattre. Nous sommes entrés dans un nouvel espace de guerre, celui de la cyberguerre. Celle-ci revêt différents aspects que nous évoquerons .

3-La cyberguerre

Le World Wide Web permet aujourd’hui de mondialiser les théories, les analyses et les actions ; c’est un fantastique espace d’informations dont savent se servir les membres des réseaux de criminalité. Récemment la cybercriminalité aurait permis aux djihadistes de diffuser après avoir pénétré TV5Monde, les noms et  les adresses des familles de soldats français combattant au Mali, comme ils l’avaient déjà fait pour des soldats américains en Irak. Dans le premier cas, ils sont même allés plus loin, car ils ont diffusé les renseignements concernant leurs familles et leurs amis. La lutte n’est plus uniquement sur la ligne de front, elles se développent sur les arrières et peut développer une psychose relayée par la presse et les nombreux experts sollicités ! Les actes decyberguerre[xvii]  conduits sur le web ontdes effets dévastateurs car ils mondialisent la crainte, la peur et la vulnérabilité. La guerre n’est plus le prolongement de la politique. Le politique s’exprime par la maîtrise de la toile et des innombrables réseaux qu’elle véhicule. La guerre des armées, le terrorisme ne sont plus que des épisodes programmés en fonction non plus exclusivement de résultats militaires, mais surtout de l’exploitation que l’on pourra en faire sur la toile : Les bombardements aériens décidés contre Daesh et les exécutions d’otages répondent le plus souvent à ces critères. Ils permettent aux uns comme aux autres de montrer leur capacité de résistance et d’occuper la toile.

D’autre part, les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de diriger les armes à distance. Nous connaissons tous l’usage des drones[xviii] que les forces américaines utilisent pour éliminer les responsables des cellules terroristes. Ces engins, comme le célèbre predator, sont dirigés à partir de stations terrestres situées très loin des champs de bataille. Leur développement depuis une décennie surtout, s’inscrit dans la stratégie de la guerre sans mort, pour « l’agresseur » ! L’US Navy a consacré un budget de 2 milliards de dollars pour l’acquisition de drones pour la période 2013-2015 et ce chiffre pourrait s’élever à 7 milliards de dollar d’ici 2020. La France ne reste pas inactive[xix] ; Dassault aviation conduit le projet « nEUROn » ; la loi de programmation militaire prévoit un total de 12 drones MALE d’ici 2019 ; il est intéressant de les comparer aux 6819 drones comptabilisés pour les Américains au premier janvier 2010 ! Du moins pour les Etats Unis qui disposent d’une flotte importante de ces engins. Toutefois l’utilisation systématique des drones pour éliminer leurs ennemis pose desérieux problèmes juridiques. En effet, l’assassinat de membres de la lutte armée qui se déplacent en voiture dans un pays qu’ils tiennent et sont tués par le tir des drones,relève du crime de guerre selon les règles internationales. En effet celles-ci ne permettent de tuer un adversaire militaire que si celui-ci est une menace directe ou qu’il participe activement à un affrontement, ce qui n’est évidemment rarement le cas. En outre, de nombreux pays dont le Pakistan ont interdit l’utilisation de drones sur leur territoire à cause du grand nombre des victimes collatérales, en particulier des populations civiles, hommes, femmes et enfants ! Inéluctablement, nous allons vers une nouvelle judiciarisation des actes de guerre dans ces nouveaux conflits à distance. Il faut clairement redéfinir les notions de crime de guerre !

Néanmoins, tous les états à fort engagement militaire, comme les Etats-Unis, la Fédération de Russie, Israël, la Chine et d’autres, développent avec intensité les systèmes des nouvelles techniques qui produisent des armes redoutables qui sont dirigées loin des champs de bataille. La problématique qui en découle est importante. La guerre présente alors de troublantes similitudes avec les jeux électroniques. La guerre est déconnectée des horreurs du terrain et de la peur. Le tireur est installé confortablement devant son écran à plusieurs milliers de km. du lieu de l’action militaire. Il manœuvre son drone et décide du tir, sans le moindre risque. II s’agit d’une nouvelle forme de la guerre dont nous découvrons seulement les prémices. La robotique militaire qui ne cesse de se développer, permet en effet de lancer dans le combat des chars de combat robotisés.

Ces transformations inéluctables de l’outil militaire ne peuvent que peser sur le concept de guerre. Le conflit armé qui tout au long du XXe s., a été dominé par l’engagement des troupes sur le terrain avec des chiffres impressionnant de victimes : rappelons que la première guerre mondiale a fait :

 

Pertes pour la Première Guerre Mondiale[xx]

Pertes militaires

pertes civiles

total

Blessés militaires

France

1.397 000

300. 000

1.697 800

4 266 000

Royaume britannique

885 138

109 000

994 138

1 663 435

Empire russe

1.811 000

1 500 000

3 311 000

4 950 000

Empire Allemand

2 036 897        

426 000

2 462 897

4 247. 143

Empire d’Autriche-Hongrie

1 100 000        

467 000

1 567 000

3. 620 000

 

 

Pertes pour la seconde guerre mondiale[xxi] :

Pertes militaires

pertes civiles

total

France

217 600 col. Incl

350 000

567 600

Royaume Uni

383 800 col. Incl.

67100

450 900

URSS

8 800 000 à 11 000 000

8 000 000 à 15 900 000

26.900 000

Etats-Unis

416 600

1700    

418 500

IIIème Reich

5. 530 000       

1 220 000 à 3 270 000

6 750 000 à 8 800 000

Japon

2 120 000

500 000 à 1 000 000

2 620 000 à 3 120 000

 

                                                                                                   

Les tableaux sont clairs ; les guerres du XXe s ont causé des pertes majeures dans la démographie des peuples engagés dans les combats. La guerre était encore un affrontement sanglant entre les belligérants.

Aujourd’hui, la guerre n’est manifestement  plus le prolongement de la politique ; la cyberattaque a pris le relai. Dans un monde de plus en plus « connecté », la cyberattaque apparaît comme une manifestation efficace et redoutable pour déstabiliser les Etats. Ainsi depuis le 7janvier dernier, plus de 1500 attaques émanant d’une vague qualifiée « Opfrance » ont été conduites contre des PME. Selon l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) des dizaines de cyberattaques sont lancées chaque jour. Or, la montée en puissance de ces attaques laissent craindre des menaces de cyber sabotages visant à détruire des serveurs, des ordinateurs indispensables pour le bon fonctionnement des unités de production industrielle et stratégique. La vulnérabilité de nos économies, de nos industrieset de nos sociétés augmente au rythme du développement du champ de la cybernétique dans nos sociétés. Nos responsables l’ont bien compris, puisqu’en février 2012, l’exercice Piranet a tenté d’évaluer ces risques et ces menaces.

Conclusion

La réflexion sur la relation entre la guerre et la politique nous a permis de mesurer la rupture entre le XXe s., siècle des deux guerres mondiales, au nombre de victimes civils et militaires terrifiant, et le XXIe s qui se manifeste par la multiplication des cyberattaques et de la guerre virtuelle menée par des robots aussi bien de terrain que dans les airs.

Il nous paraît essentiel que l’Union européenne s’unisse pour faire face à ces nouvelles menaces. Nous ne pouvons que soutenir la proposition de M. Junker, Président de la Commission européenne, de créer une véritable défense européenne capable de faire face aux multiples formes des cyberattaques. Il est à l’évidence nécessaire de revoir le livre blanc et sa prévision de doter l’armée française de 12 drones MALE pour 2019. A la différence des Etats Unis nous n’avons pas pris conscience ni en Europe, ni en France, à la différence des Etats Unis, de la Chine, d’Israël et de la Corée du Nord, de cette nouvelle forme de guerre générée par les transformations permanentes de nos structures économiques par la cybernétique. IL ne s’agit plus de détruire un Etat « voyou » en l’écrasant sous un tapis de bombes, mais plus habilement de détruire ces capacités de production, ses réseaux économiques et de financement et de contrôler ses moyens de propagande par des cyberattaques. Ainsi isolées de la grande toile qui enserre le monde et le dirige par la multitude de ses réseaux, les populations locales seront en face de leur responsabilité.  La formule de Clausewitz pourrait être inversée ; ce n’est plus la guerre qui est le prolongement de la politique mais, les nouvelles technologies qui commandent le politique ; elle élargissent à l’infini les champs d’intervention et les stratégies d’influence, telles que le profilage pour définir les HVT[xxii] (High Value Target)  !!!

Ce travail est le fruit d’une réflexion collective des membres  du groupe IHDN d’ARRAS :

Acquistapace Emilie, Arrignon Jean-Pierre, Berquier Christian, Carpentier Robert, Comble Paul-Gilbert,Dambrine Pierre-Yves,  Dubois Alain, Fardel Pierre, Hallender Michel, Lebrun Albert, Le Moine Loïc, Montécot Francis, Ronfort Jacques, Roussel Jean-Pierre, Vitte Jean

                                                                                                                                            



[ii] Sun Tzu, L’art de la guerre, de B. Griffith et B.H., Liddell, Paris, Flammarion, 2008 [Classiques Champs- poche]

[iii] Carl von Clausewitz, De la guerre, N. Waquet, trad., Paris, éd. Rivages poche, 2014 [coll. Petite Bibliothèque Rivages]

[iv] Z. Brezinski, Le vrai choix : les Etats Unis et le reste du monde, Paris Odile Jacob, 2004, 310 p. et Strategic Vision : America and the Crisis of Global Power, New York, Basic Books, 2012.

[v] D. Saul et C. Perdereau, Les guerres de l’Antiquité à nos jours, Paris, Flammarion, 2010.

[vi] Ph. Contamine, La guerre au Moyen Âge, Paris, PUF, 2003, 518 p. [Nouvelle Clio, 24]

[vii] G. Chaliand, Les empires nomades de la Mongolie au Danube, Ve s. avt J-C –XVIe s., Paris, Perrin, 1995.

[viii] J.-P. Roux, Gengis Khan et l’empire mongol, Paris, Gallimard, 2002, 143 p. [Découvertes Gallimard]

[ix] R. Grousset, L’empire des steppes, Attila, Gengis-khan, Tamerlan, Paris, Payot, 1965, 669 p.

[x] G. Rothenberg, L. Henninger, Les guerres napoléoniennes : 1796-1815, Paris, Autrement, 2000, 224 p. [Atlas des guerres] et H. Drevillon, B., FONCK, M. Roucaud, Guerres et armées napoléoniennes : nouveaux regards, Paris, Nouveau Monde éditions, Paris, 2013, 562 p. [La bibliothèque napoléonienne]

[xi] St. Audouin-Rouzeau et A. Becker, La Grande guerre 1914-1918, Paris, Gallimard, 2009, 398 p. [coll. Folio histoire]

[xii] J. Keegan, La Seconde guerre mondiale, Paris, Perrin, 1988 et M. Ferro, Questions sur la seconde guerre mondiale, Paris, Complexe, 2007.

[xiii] A. Fontaine, La guerre froide, 1917-1991, Paris, Points-Histoire 2004, 572 p. ; P. Grosser, Les temps de la guerre froide, Paris, ed. Complexe, 1995, 465 p. ; Cl. Quetel, Dictionnaire de la Guerre froide, Paris, Larousse, 2008, 589 p. ; G.H. Soutou, La Guerre froide 1943-1990, Paris, Fayard, 2010, 1103 p. [Pluriel]

[xiv] F.-B. Huyghe et P. Barbes, La Soft idéologie, Paris, Laffont, 1987, [Essai] ; J.S. Nye, Spft power : The Means to Success in World Politics, New York, Public Affairs, 2004.

[xv] G.M. Soutou, Les relations Est-Ouest, 1943-1990, Paris, Fayard, 2001 et texte du discours :

http://mjp.univ-perp.fr/textes/truman12031947.htm

[xvi] A.N. Volynec,  Ždanov, Moscou, 2013, 619 p. [MolodajaGvardija] (en russe).

[xvii] J.S. Nye, Cyberpower, Harvazrd, Harvard UP., 2010

[xviii]fr.wikipedia.org/wiki/drone

[xix] La robotisation des armées occidentales modernes : enjeux et perspectives : urs-srv-eprints.u-strasbg.fr/338/

[xx] fr.wikipedia.org/wiki/perters_humaines_de_la_première_guerre_mondiale

[xxi] fr.wikipedia.org/wiki/pertes_humaines_de_la_seconde_guerre_mondiale

[xxii]en.wikipedia.org/wiki/High-value_target