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Puissance et sécurité

Contribution de la Commission permanente d’études du

Pôle Bruxelles

(AR15-Bruxelles)

____________________

Rapporteurs :

Alain BIRON

Pierre ORTIZ

A aussi  participé à cette étude : 

Geoffroy de ROSMORDUC

Juin 2016

L’homme n’accepte le changement

que sous l’emprise de la nécessité

(Jean Monnet)

SOMMAIRE

Introduction générale. 1

Les tendances lourdes …... 2

La sécurité. 3

Qu’entend-on par « sécurité ». 3

Une perspective historique française de la sécurité. 4

Quelques caractéristiques historiques de la situation sécuritaire européenne. 4

Les menaces …... 5

L’islam à l’islamisme …... 6

L’ennemi  ou les ennemis …... 7

Qu’est-ce qu’un ennemi ?. 7

L’EI, ennemi principal …... 8

Comment est organisé cet ennemi principal ?. 8

Quelles sont les caractéristiques de cet ennemi ?. 9

D’autres ennemis ?. 10

Conclusion. 10

De la puissance versus la sécurité. 10

Qu’est-ce que la puissance ?. 10

La puissance versus la  sécurité. 12

Cadre national ou/et cadre européen ?. 12

Prévention contre le large spectre des menaces. 13

Lutte contre l’ennemi principal au niveau européen. 14

Conclusion. 16

ANNEXE I : De l’islam à l’islamisme. 17

ANNEXE II : Qui est l’ennemi principal ?. 18

Bibliographie. 19

Introduction générale

L’énoncé de cette année arrive tristement à point nommé ; il est comme une prescience. En effet, la sécurité devient la première préoccupation des français et des européens occidentaux avant même la situation économique pourtant préoccupante. Comme pour les travaux de l’année précédente, la question peut se poser de savoir si cette montée d’une violence extrême est une vraie surprise ou s’il s’agit d’un vague de fonds qu’on n’a pas vue ou pas voulue voir dans un monde soumis à l’accélération des flux de personnes convoyant avec eux des trafics de toutes sortes à commencer par celui des armes de guerre circulant à peu près librement en Europe.

Le thème d’étude de l’an dernier insistait sur deux concepts : la guerre et le politique, celui de cette année en met deux autres en avant : la sécurité et la puissance. Ainsi il devient loisible de bâtir un quadrilatère dont les quatre sommets seraient : la guerre - le politique - la sécurité - la puissance. Comme lors des autres études se pose la question du « désormais » qui peut et sans doute doit être entendu comme un arrêt sur la situation actuelle, cela ne donnerait cependant qu’une idée partielle et sans doute partiale du sujet qui nous occupera.

Le pôle Bruxelles a choisi de se renvoyer au travail remontant au moment au printemps arabe et à l’intitulé « l’arc de crise » puisqu’au plan sécuritaire il marquait une étape, celui d’une vague de fonds qui avait surpris du moins en apparence les observateurs du monde entier à commencer par les plus attentifs et les plus compétents.

L’arc de crise est devenu un arc de conflits oscillant entre la basse intensité comme c’est le cas en Tunisie, la moyenne intensité en Libye (pour le moment) et la haute intensité en Syrie et en Irak, sans compter les conflits soudanais, maliens, somaliens , yéménites entre autres, tous ces pays étant de religion musulmane et en proie à la violence intégriste. Le cas ukrainien se situe à part puisqu’il fait partie des nombreux conflits que l’on n’avait pas voulu voir en devenir il y a 5 ans de cela, conflit pourtant décrit avec plus de dix ans d’avance par Samuel Huntington.

L’arc des crises reposait déjà sur les prémisses de tiraillements, de divisions, de luttes voire de conflits avant tout à caractère  infra étatiques. Le paramètre  « temps » avait déjà été mis en avant, tout en soulignant l’inconnue majeure que ceci  pouvant représenter quant à son évolution. Une possibilité de débordement hors l’arc de crise-allant de la côte atlantique de l’Afrique à la frontière indienne vers l’Europe occidentale représentait alors un cas de figure théorique, la situation sécuritaire de l’Europe et de l’Occident en général ne semblant pas être directement affectée par une évolution à court terme de l’arc de crise.

La constitution et l’extension continue de l’autoproclamé califat islamique, appelé Etat islamique (Daesh, dénommé par la suite EI), a, dans ce cas aussi, pris de court les observateurs et les analystes de l’évolution du monde. Il en est de même de l’adhésion à cette nouvelle « patrie » de dizaines de milliers de jeunes et de nouveaux musulmans vivant dans la partie occidentale de l’Europe qui quittent l’Europe pour rallier les zones de combat en Syrie, puis en Irak et en Libye pour, souvent, revenir vers leur pays de départ, entraînés, aguerris, financés, armés et décidés à porter le fer au cœur  de pays européens où la communauté musulmane est la plus nombreuse.

Ainsi il est facile d’entendre que la donne sécuritaire n’a pu que changer résolument comme cela a été amplement prouvé lors du massacre dans les locaux de Charlie Hebdo et du 13 novembre 2015, ce dernier épisode marquant une étape dans la situation de la sécurité en France et dans les pays voisins, au premier rang desquels la Belgique. Il ne surtout pas oublier les nombreuses tentatives terroristes désamorcées par des services sollicités en permanence.

Le pôle Bruxelles va donc dans son étude tenter d’analyser en quoi la situation sécuritaire a évolué en France et en Europe, quelles sont les menaces et les évolutions prévisibles au plan national autant qu’européen dans ce qui peut être conçu comme une nouvelle forme de guerre ? En quoi cela change la problématique de la puissance que le politique doit manier ?

Les tendances lourdes …

L’environnement de l’après-guerre froide s’est caractérisé par des frontières de plus en plus ouvertes, où les aspects internes et externes de la sécurité se sont indissolublement liés. Les flux d’échanges et d’investissements, le développement de la technologie et les progrès de la démocratie ont apporté à certains la liberté et la prospérité et à d’autres un sentiment de frustration et d’injustice. Devient aussi de plus en plus préoccupante au plan de la sécurité la question des réfugiés quittant leur pays d’origine à cause des conflits et les autres migrants qui le quittent pour des raisons principalement économiques. Par ailleurs, ces évolutions ont élargi la marge de manœuvre dont disposent des groupes non-étatiques pour jouer un rôle dans les affaires internationales, et ont accru la dépendance de l’Europe, et donc sa vulnérabilité.

Dans la plupart des pays en développement, la pauvreté et la maladie provoquent des souffrances indicibles et sont à l’origine de problèmes de sécurité particulièrement pressants. Près de trois milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale, vivent avec moins de deux euros par jour. Quarante-cinq millions de personnes meurent chaque année de faim et de malnutrition. Dans bien des cas, l’échec économique est lié à des problèmes politiques et culturels débouchant sur des conflits violents.

La concurrence pour les ressources naturelles, notamment l’eau, qui sera aggravée par le réchauffement climatique dans les prochaines décennies, sera probablement source de troubles supplémentaires et de mouvements migratoires plus déferlants dans différentes régions du monde.

La réduction spectaculaire des déficits publics dans la zone Euro durant la crise de 2008 et la politique d’austérité   ont poussé vers la pauvreté des franges de plus en plus importantes de la population européenne en même temps que les inégalités explosaient dans le monde, et dans l’Europe dans une moindre mesure, pour atteindre un niveau historique.

Dans le domaine économique, les monarchies pétrolières sunnites (essentiellement du fait de leur poids financier considérable) rachètent des pans entiers de l’économie mondiale et poussent à l’extension d’un islam sunnite rigoriste bien au-delà des régions traditionnelles du monde arabo musulman.

Dans le domaine des religions :

ü  Pour beaucoup d’observateurs le XXIème siècle sera celui de l’islam. Ce qui est incontestable, c’est l’extension et la radicalisation de cette religion, surtout dans sa forme sunnite, notamment en Europe et en Afrique, religion très présente, souvent dans des formes très militantes dans certaines parties de l’Europe, et tout à fait absente d’autres pays à l’Est du continent.

ü  Les Chrétiens, eux, se voient persécutés et chassés en masse par l’islam de certaines zones, au premier rang desquelles les régions dans lesquelles ils étaient installés bien avant les musulmans.

Dans le domaine démographique et de l’immigration : Au cours des dix dernières années du XXème siècle, on a pu constater une explosion démographique incontrôlée en Afrique, au Proche Orient et dans certaines parties de l’Asie. Cela a contribué à jeter des masses de déshérités vers les rivages d’une Europe vieillissante et de l’Amérique contribuant à des tensions de plus en plus dures avec les populations locales

Dans d’autres domaines sociétaux : 

ü  L’apparition de véritables armées non-étatiques qui tentent de redéfinir les territorialités et les frontières.

ü  Un cyber monde naissant ouvrant des horizons prodigieux aussi bien du point de vue des échanges d’informations instantanés que dans celui des agressions et des manipulations jusqu’alors inconnues.

La sécurité

Qu’entend-on par « sécurité »

En France, la notion de Sécurité nationale désigne l'objectif de parer aux risques ou menaces susceptibles de porter atteinte à la vie d'une nation. Elle est définie (depuis la loi du 29 juillet 2009) par le nouvel article L.1111-1 du code de la Défense, qui dispose que « la stratégie de Sécurité nationale a pour objet d’identifier l’ensemble des menaces et des risques susceptibles d’affecter la vie de la Nation, notamment en ce qui concerne la protection de la population, l’intégrité du territoire et la permanence des institutions de la République, et de déterminer les réponses que les pouvoirs publics doivent y apporter. L’ensemble des politiques publiques concourt à la Sécurité nationale. La politique de Défense a pour objet d’assurer l’intégrité du territoire et la protection de la population contre les agressions armées. Elle contribue à la lutte contre les autres menaces susceptibles de mettre en cause la Sécurité nationale. Elle pourvoit au respect des alliances, des traités et des accords internationaux et participe, dans le cadre des traités européens en vigueur, à la politique européenne de sécurité et de défense commune. »

La Défense nationale concerne la protection contre les seules menaces extérieures, alors que  le terme « sécurité » vise des menaces non liées explicitement à des agressions militaires. Sur un territoire national, la sécurité peut concerner l'ordre public et les menaces intérieures en général. Il est alors question de sécurité intérieure, de sécurité sanitaire, etc... La mise en œuvre est de la responsabilité de ministères particuliers en fonction des menaces observées (ministère de l'Intérieur avec les forces de sécurité, ministère de la Santé, …), ou d'organismes interministériels lorsque la menace est plus large.

La compétence dans le cadre de la PESC « couvre tous les domaines de la politique étrangère ainsi que l’ensemble des questions relatives à la sécurité de l’Union, y compris la définition progressive d’une politique de défense commune qui peut conduire à une défense commune » (art. 24-1 du traité sur l’Union européenne – TUE –). Sur cette base, l’UE développe depuis 1999 une politique de sécurité et de défense commune (PSDC), composante de la PESC dédiée à la gestion des crises sur les théâtres extérieurs, et elle pourrait à l’avenir assurer elle-même la protection de son territoire et de ses habitants et devenir une alliance défensive.

La simplicité relative de la guerre froide a laissé place à une succession de crises et de conflits impliquant des acteurs hétérogènes et des situations fluctuantes. Les questions de sécurité exigent désormais une approche qui prenne en compte les aspects régionaux et globaux, mais aussi les dynamiques politiques (coalitions, pression médiatique, rivalités stratégiques ou guerres limitées) et militaires (capacités nucléaires et conventionnelles, formats d’armées, types et modalités d’intervention) dans toutes leurs composantes.

Il est donc désormais nécessaire pour les décennies à venir d’aborder cette question non plus uniquement sur le plan national, mais aussi et surtout sur le plan européen, régional et mondial.

Une perspective historique française de la sécurité.

Il est intéressant de noter succinctement les évènements principaux qui ont porté atteinte à la  sécurité en France depuis la Révolution. On citera notamment :

  • L’époque moderne de la sécurité s’est ouverte par l’attentat de la rue Saint-Nicaise de décembre 1800 contre le Premier Consul, période durant laquelle Cadoudal fut considéré comme un terroriste.
  • Le premier âge d’or du terrorisme est celui des attentats anarchistes de la seconde moitié du XIXème  siècle.
  • L’entre-deux guerres voit la montée en puissance du terrorisme d’extrême droite représenté par la Cagoule.
  • La période des trente glorieuses est un période de « paix sécuritaire » avec l'exception des attentats de l’OAS et du FLN.
  • Du début des années 60 au milieu des années 80, la France est relativement tranquille, à l’exception du terrorisme corse.
  • A partir du milieu des années 60, l’augmentation sensible de la population musulmane pose un nouveau problème: celui de l’accroissement d’une population de culture différente, voire opposée aux valeurs traditionnelles judéo chrétiennes, républicaines et laïques de la France des quatrième et cinquième Républiques, entrainant le retour des attentats à connotation religieuse.

Quelques caractéristiques historiques de la situation sécuritaire européenne.

Les pays européens ont aussi connu  des menaces et des détériorations de leurs situations sécuritaires qui pourraient montrer des causes et des racines communes : 

  • En Espagne, le mouvement anarchiste violent se prolongera jusqu’au milieu de la guerre civile espagnole ; puis, après la victoire des nationalistes, l’Espagne connaîtra la violence meurtrière des indépendantistes basques.
  • L’Angleterre a connu, dès les années 20 après l’indépendance de l’Irlande, une forme de terrorisme en Irlande du Nord où les catholiques et les protestants s’affrontèrent dans une guerre civile mêlant le religieux au national et à l’ethnique.
  • L’Italie a connu les attentats anarchistes toujours très ciblés jusqu’à la première Guerre mondiale ; puis, elle a été frappée dans les années 60 jusqu’à récemment par des attentats gauchistes et par des attentats d’extrême droite comme celui de la gare de Bologne particulièrement sanglant, sans compter l’insécurité installée par la Mafia.
  • L’Allemagne connaitra la dureté des attaques terroristes de la Fraction Armée Rouge.
  • La Belgique ne sera pas épargnée avec des attentats de CCC (Cellules Communistes Combattantes) et les attaques« tueurs fous de Brabant wallon » au milieu des années 80,  avant d’être frappée à son tour par le terrorisme islamique
  • La partie orientale de l’Europe va connaître une situation profondément différenciée. En effet, ces pays soumis  à un régime communiste tout puissant encadraient la population de telle manière que la question de la sécurité intérieure  ne se posait pas.

Il convient là aussi de constater que « les pays de l’Est » qui ont intégré l’UE dans les années 2000 étaient des pays de population homogène sur les plans religieux et ethnique, ce qui a joué un rôle marquant dans la lutte pour la libération du communisme.

Il est important de garder cela à l’esprit pour comprendre les grandes différences que l’on peut avoir  dans la perception de la sécurité dans l’UE, différences caractérisées par, d’une part, une population européenne occidentale où l’islam sera de plus en plus présent et jouera un rôle de plus en plus actif dans nos sociétés notamment au plan politique et sociétal et, d’autre part, une Europe qui, n’étant pas directement concernée, acceptera très difficilement ce phénomène.

Les menaces

Afin d’assurer sa défense et sa sécurité, la France doit être en mesure de percevoir et d’analyser les multiples dangers auxquels elle est exposée, en tachant d’établir des priorités entre les différentes menaces avec le courage qui s’impose, et de relever avec détermination les défis que cela lui pose. Face à ces dangers, la volonté propre d’un acteur extérieur de nuire à notre pays peut transformer ce risque en menace.

Il n’est pas nécessaire de reprendre in extenso l’analyse détaillée des menaces que le Pôle Bruxelles avait faite dans son rapport 2014-2015 ; il est aujourd’hui plus intéressant de différencier ces dangers, de s’attacher aux plus importants et de regarder quels en sont les acteurs et de se poser la question de savoir si des choses ont changé depuis cette époque : ce sont les suivantes, elles s’appellent 07/01, 13/11, Cologne etc. ….

Tout d’abord, une approche fine de ceux-ci permettrait de distinguer : 

  • Les menaces
    • Le terrorisme, la radicalisation, le recrutement de terroristes et le financement  lié au terrorisme. D’abord la composition de la société a changé, la population d’obédience musulmane a cru très largement et c’est parmi elle que se recrute une minorité de candidats aux attentats et autres actions violentes. Cette composante se caractérise par sa culture différente qui voit un grand nombre de ses adeptes contester sur le fond les valeurs de la République, de l’UE et du monde occidental, sans tomber pour autant dans la violence. La question du financement d’une pratique extrémiste de cette religion est aussi emblématique : ce financement d’ampleur inépuisable vient souvent promouvoir la pratique d’un islam rigoriste, voire intolérant et violent jusqu’au cœur de nos sociétés. A partir de ces éléments, s’est développé un terreau peu engageant pour l’avenir. En effet, se développe une forte opposition entre :

ü  D’une part, nos sociétés mondialisées vivant sur le modèle américain qui se caractérise par la concurrence acharnée entre les individus et les entreprises, par la consommation à tout crin, par le culte de l’enrichissement sans limite. Elles produisent une foule toujours croissante de laissés-pour-compte qui sont dans la logique même de la course entre les nations, les individus et les entreprises, les premiers laissés-pour-compte étant ceux-là mêmes qui sont issus d’une culture qui ne prône pas cette course précipitée au rendement et à la compétitivité. Les sociétés occidentales se caractérisent de plus en plus par un chômage croissant, un pouvoir d’achat déclinant, une précarisation et une segmentation grandissantes.

ü  D’autre part, une société non intégrée, ni assimilée, à la recherche de la dignité et de la reconnaissance sociale, produit des candidats au terrorisme, recrutées et  soutenues par des réseaux planétaires maitrisant parfaitement les technologies de l’information et qui se reconstituent à peine détruits. Mais ce recrutement ne se limite pas à cette partie de la société.

Des éléments qui précèdent, il ressort que nous assistons à une vague de fond qui risque de transformer en profondeur des sociétés occidentales sécurisées depuis longtemps et qui voient surgir devant elles le spectre d’une violence aveugle et d’agissements dont le but, bien sûr, n’est pas de prétendre à une victoire militaire, mais de créer une psychose pouvant  déboucher sur une fracture brutale et irrémédiable au sein de nos Etats.

  • La grande criminalité organisée ;
  • Les flux et trafics illicites (armes, immigrés illégaux musulmans et salafistes, capitaux, etc. ;
  • La prolifération des armes de destruction massive (ADM) ;
  • Les menaces liées aux nouvelles technologies
  • Les risques, d’origine naturelle pour lesquels l’homme, s’il intervient, ne le fait qu’involontairement.
    • Les risques sanitaires
    • Les risques environnementaux

Dans le cadre de notre étude sur la relation entre sécurité et puissance, le Pôle Bruxelles va se limiter à développer les trois premières menaces. En effet, au fil des dernières années, ces menaces ont cru en intensité de telle manière qu’elles sont devenues la réalité. Nous avons aussi constaté que la sécurité intérieure ne pouvait plus être disjointe séparément de la sécurité extérieure, question existant depuis longtemps mais dont on a pris conscience trop tardivement. Dès lors, il semble nécessaire de faire un détour pour éclairer le différentiel et les liens éventuels qui existent entre islam et islamisme.

L’islam à l’islamisme …

Comme le résume le Général Allard, l’islamisme, mouvement politico-religieux avec diverses obédiences, issu des traditions les plus rigoristes de l’islam, visait aux XIXème et XXème siècles, à une régénération des sociétés musulmanes avec une première urgence : combattre leurs gouvernements laïcs. Les stratégies développées alors s’articulaient entre utilisation des outils démocratiques pour conquérir le pouvoir ou guérillas islamistes nationales. Al Qaïda a tenté de créer un lien entre ces différentes dynamiques subversives en instrumentalisant un ennemi commun, hors des ces espaces nationaux : l’Occident. Mais la cristallisation du mouvement autour de la personne de Ben Laden a montré la faiblesse de cette stratégie à la mort de celui-ci. Dès 2006, l’État islamique a fait entrer l’islamisme dans une nouvelle ère idéologico-stratégique. Il a développé une stratégie d’implantation territoriale dans un Irak dévasté par la guerre, en s’appuyant sur certaines tribus sunnites et sur les cadres et les soldats des forces armées et de sécurité jetés à la rue par la rigidité américaine et le sectarisme chiite. Au fur et à mesure que les gouvernements laïcs s’écroulaient dans les pays musulmans, l’islamisme s’installait ouvertement sur des territoires, soit porté par des groupes autonomes ou affiliés à Al Qaïda, soit par des groupes subordonnés à l’État islamique, lui-même installé en Irak et proclamé en Califat. Quant au rêve occidental d'une concurrence entre les groupes islamiques ou modérés, l’exemple de la Syrie et de la Libye montre que, au-delà des antagonismes locaux pour conserver une position avantageuse sur le terrain, l’État islamique ou Al Qaïda, n’ont cessé de se renforcer avec des « brigades modérées » qui passent avec armes et bagages sous leur commandement. La dernière défection date de février 2016 !

Nous ne sommes donc pas en présence d’un phénomène de terrorisme conduit par des individus marginaux radicalisés obéissant à des pulsions et des appels pseudo-religieux. Nous sommes en présence d’une opération de conquête articulée en une stratégie fluide et dynamique qui s’appuie sur une utilisation de la religion à des fins de motivation (obéir à l’appel Dieu et gagner la récompense dans l’au-delà) et de coercition (récompenser sur terre ceux qui obéissent aux représentants de Dieu et punir les autres) et sur des milliers de combattants et des millions de sympathisants.

L’ennemi  ou les ennemis …

Tout le monde peut ainsi comprendre que le 13 novembre 2015 est le franchissement d’une nouvelle étape, qui fait suite aux attentats à Londres, à Madrid et de Mohamed Mera et des frères Kouachi, lesquels se caractérisent par la brutalité de leurs actions, par les ravages en terme de victimes, par la précision militaire de l’opération, par la logistique solide sur laquelle elle s’appuie et par les complicités passives ou actives dans la communauté dont sont issus les commandos.

A l’issue du Conseil de Défense du 14 novembre 2015, le Président de la République a dit : « C’est un acte de guerre qui a été commis par une armée terroriste, Daech, une armée djihadiste, contre la France, contre les valeurs que nous défendons partout dans le monde, contre ce que nous sommes : un pays libre qui parle à l’ensemble de la planète. C’est un acte de guerre qui a été préparé, organisé, planifié de l’extérieur, et avec des complicités intérieures que l’enquête permettra d’établir. » Par-là, il a clairement désigné l’Etat islamique (EI) comme l’ennemi.

Qu’est-ce qu’un ennemi ?

Le dictionnaire Larousse définit l’ennemi comme une personne qui veut du mal à quelqu'un, qui cherche à lui nuire, qui lui est très hostile ; ou comme des personnes, groupes, pays qui combattent dans un camp opposé, en particulier en temps de guerre. En cherchant dans les Livres blancs qui auraient dû identifier l’ennemi, on ne peut que constater que l’ennemi n’existe pas pour la France. Les « Livres Blancs de 1994, de 2008 et de 2013 n’emploient pas le terme « ennemi », pour privilégier celui d’adversaire, évoquant essentiellement les risques et les menaces devenus la norme pour ne désigner personne. Le Livre blanc de 2013 se limite même à évoquer seulement, à une reprise, la radicalisation ou l’auto-radicalisation d’un adversaire potentiel. Certes, l’émergence d’un islam plus radical est soulignée dans les concepts d’emploi des forces de 1994 et de 2010 mais celui de 2013 exclue toute référence à un agresseur particulier. La doctrine interarmées d’emploi des forces de 2011 redonne heureusement sa place à l’ennemi. Le terme d’ennemi est défini dans le corpus doctrinal militaire comme « Partie aux intentions délibérément hostiles qui, manifestant une volonté et une capacité de nuire, est combattue, si nécessaire, par l’emploi de la force ».

La réalité d'aujourd'hui montre que les Etats occidentaux hier si puissants sont contestés, contrés, menacés et attaqués indirectement ou directement. Comme le rappelle Hubert Védrine, « les Occidentaux sont en train de perdre le monopole de la conduite des affaires du monde, de la définition des problèmes et de leur hiérarchisation et des mots qu'on emploie pour les traiter ». Les Européens n'ont plus guère, à part de louables intentions, de pensée spécifique sur le monde ni d'analyse des risques, des menaces (...) ». Le refus de voir l'ennemi au profit d'un simple adversaire en est un signe. Ce point sera repris dans la  dernière partie.

Il est donc possible à ce stade de proposer la définition suivante : « un ennemi est celui qui, Etat, groupe ou individu, franchit un seuil d’hostilité constitué d’acte (s) volontaire (s) violent (s) dans les champs matériels ou immatériels, exprimant par là une volonté de nuire à nos intérêts vitaux, stratégiques ou de puissance. Incluant selon les circonstances les critères de subversion et de déstabilisation, le seuil d’hostilité est constitué d’un ou plusieurs critères relatifs à une agression réelle ou potentielle qu’elle soit terroriste, conventionnelle ou non, avec le critère déterminant de l’irréversibilité de la capacité de nuisance ».

L’EI, ennemi principal …

L’EI est donc bien un ennemi … désigné comme tel par la Président de la République. Il est même désigné par les plus éminents politologues et criminologues comme le principal ennemi. Et le Ministre de la Défense, M. Le Drian,  lors de son intervention aux VIèmes Assises nationales de la Recherche stratégique le 1er décembre 2015, a clairement indiqué deux défis majeurs : le premier étant de ne pas oublier la pluralité de la menace et la liberté que s’arroge l’ennemi, le second étant de bien définir l’action de notre défense consistant à considérer l’EI comme notre ennemi présent (ndlr : l’ennemi principal) sans oublier le plus large spectre des menaces. Pour cela, il a aussi souligné la nécessité de garder les yeux ouverts sur tout le spectre de la menace, en particulier cet ennemi invisible et non-traçable qu’est la cyberdéfense et les Etats faillis), de faire barrage à de nouveaux ennemis et d’imaginer l’ennemi de demain.

Tout le monde reconnait que l’EI est maintenant l’ennemi, qu’il s’agisse des Français, des Russes, des Iraniens, des pays du Golfe, de l’Egypte, de la Jordanie et des Turcs. La France est bien en guerre contre l’Etat islamique qui est bien notre ennemi principal. Toutefois, ce n’est pas forcément le cas pour d’autres acteurs de la région (cf. Annexe II).

Comment est organisé cet ennemi principal ?

Il semble important à ce stade de l’étude de voir les caractères propres de cette organisation qui pourraient présenter des éléments utiles pour la contrer. L’EI est un ennemi hybride :

  • C’est une armée ralliée au djihadisme international composée de nombreux mouvements, utilisant une violence extrême.
  • L’EI professe une idéologie extrémiste basée sur l’utopie d’un califat en construction ayant pour but de construire une société nouvelle et un homme nouveau.
  • C’est un proto-Etat ayant :
    • une population : la priorité de l’EI serait de recruter des « citoyens » afin qu’ils participent à la construction du califat (combattants, mais aussi juges, experts militaires et administratifs, économistes, médecins, ingénieurs, etc.).
    • un programme suivant trois axes : développer la religiosité des masses, faire de la religion l’ordre social et politique, appliquer à la lettre le Coran.
    • des ressources financières, provenant d’une part, des pillages des réserves d’argent liquide des banques, de la saisie de « plusieurs tonnes d’or » au palais d’Oussama al-Noujayfi, soutenant et, d’autre part, du commerce du pétrole et du gaz naturel, d’impôts et d’extorsions de fonds, de la production du phosphate, de la vente de ciment, de l’agriculture, de rançons et de donations privées, sans compter sur le produits de différents autres trafics comme ceux de la drogue, des êtres humains et des objets archéologiques.
    • des moyens militaires très importants.
    • une armée en partie composée de mercenaires percevant une solde et venant volontairement des quatre coins du monde, ayant une expertise militaire.
    • un savoir-faire administratif.
    • des moyens de communications d’une très grande qualité.
    • une faculté impressionnante de sa mise en scène de la violence.

Quelles sont les caractéristiques de cet ennemi ?

L'Etat islamique est une coalition d'extrémistes sunnites montée de toutes pièces par d'anciens officiers de l'armée irakienne fidèles à Saddam Hussein, presque tous passés dans les geôles du terrible Camp Bukka durant l'occupation militaire américaine. Cet Etat islamique, pour lequel de jeunes musulmans se font sauter au milieu de civils, est dirigé dans l'ombre par d'anciens officiers des services de renseignement, complétement laïcs, qui ont fait de l'extrémisme sunnite leur arme fatale dirigée d'abord contre les chiites, et maintenant contre les occidentaux.

Les européens partant pour l’EI sont en principe engagés pour rester tant qu’ils sont payés (de 50 à quelques centaines de dollars par mois selon une grille des salaires bien établie) avec la mission claire d’être des combattants. S’ils tentent de déserter, ils sont généralement exécutés. Ces combattants sont pour la plupart issus de milieux sociaux variés dont une minorité de diplômés, ont moins de 30 ans, dont une part a déjà fait de la prison. Ils sont généralement issus de familles musulmanes, pas forcément pratiquantes, certains d’entre eux étant de nouveaux convertis.

La plupart des experts sont de plus en plus convaincus que, un an et demi après l’établissement du califat irako-syrien, l’EI disposerait d’un bras armé pour commettre des attentats terroristes loin de ses bases, dont les attentats commis en novembre 2015 à Paris seraient le principal fait d’armes de cette structure. Cette branche opérationnelle extérieure permettrait à l’EI, avec ses relais en Europe, d’y augmenter le nombre de ses attaques et, ainsi, de faire retomber la pression exercée par la coalition internationale sur son califat en Syrie et en Irak.

D’après Hugues Lagrange, il n’y aurait pas de communauté musulmane homogène. En effet, une élite composée de jeunes de l’immigration, notamment maghrébine, est entrée dans les institutions et a investi la vie au plus haut niveau ; une grande partie des jeunes de la « deuxième » et plus encore de la « troisième » génération est diplômée et a acquis des positions de responsabilité dans le privé et le public. Par opposition, ce sont les mêmes quartiers d’où proviennent ces jeunes qui nourrissent l’échec scolaire, le chômage et un certain nombre de dérives (drogue, délinquance) et qui servent de cadre de vie à une autre fraction de la jeunesse issue de l’immigration maghrébine et sahélienne.

Ces derniers jeunes, ayant frayé avec la petite délinquance et ayant nourri au fil des ans une haine de l’Occident se sont laissés saisir par un islam radical, devenant des salafistes, puis des djihadistes, puis des djihadistes kamikazes, leur aspiration à une dignité et à la reconnaissance passant par une nouvelle forme de nihilisme et par l’adoption d’un credo identitaire nationaliste et xénophobe.

D’autres ennemis ?

Enfin, pour être complet, nous nous contenterons seulement d’introduire pour mémoire l’idée, qui sera développée dans la dernière partie, que la France et les Etats membres de l’Union européenne sont peut-être aussi, dans une certaine mesure, leurs propres ennemis du fait qu’ils se sont révélés jusqu’à maintenant incapables de donner à l’Union européenne les outils de la puissance qui lui seraient tant nécessaires aujourd’hui.

Conclusion

On ne peut que dire que la France, et plus loin, l’Europe, est en guerre ; en effet, elle combat l’islamo-gangstérisme de l’Afrique sahélienne, bombarde les djihadistes de l’EI en Irak et en Syrie, et est attaquée à la kalachnikov et à l’explosif dans les rues de Paris et d’ailleurs. Dès lors, on doit se poser la question de ce que recouvre désormais le concept de sécurité avant de voir quelles sont les parades que la puissance doit mettre en œuvre pour assurer la sécurité de la population et des intérêts de la France et de l’Europe.

De la puissance versus la sécurité

Après avoir vu que la France, l’Europe et une bonne partie du monde était en guerre, nous avons constaté que l’ennemi principal était l’EI qui prône une interprétation radicale de l’islam qui se manifeste par la violence la plus extrême et le terrorisme. Chaque Etat concerné réagit aux évènements en prenant des mesures contingentes que la soudaineté et la brutalité des évènements imposent, en concertation avec ses plus proches voisins ou avec l’ensemble des Etats membres de l’UE, voir avec des pays tiers comme les USA, avec parfois des difficultés importantes dans la collaboration entre ses propres services de renseignement. Tout le monde convient désormais que la menace représentée par cet ennemi principal continuera de peser durant des années, des décennies, voire plusieurs générations.

La question est donc de savoir quelle est la forme de puissance qui sera capable d’assurer la sécurité telle que nous l’avons définie ? De voir quels sont les aspects de la puissance que la France, et l’UE et les tierces parties  devraient posséder et mettre en œuvre pour garantir la sécurité de leurs populations sur leurs territoires et à l’extérieur ? Comment définir la stratégie de défense pour les 15-20 ans à venir sans oublier toutes les mesures qui devront être prises à court et moyen termes pour s’inscrire dans cette vision et cette stratégie globales sachant que cette menace comme l’évolution de la guerre sont frappées au coin de l’imprévisibilité.

Qu’est-ce que la puissance ?

La puissance d’un Etat peut se définir par sa capacité à contrôler ou à influencer les actions des autres Etats et par sa capacité à changer le comportement d’autres Etats. A ce stade de la réflexion, il est nécessaire de distinguer les attributs de la puissance de ses modalités, qui toutes deux réunies forment les facteurs de puissance.

Les attributs de la puissance qui suivent sont tous nécessaires pour qu’un Etat puisse être considéré comme une puissance :

  • Le territoire est un espace de taille variable qui doit être maîtrisé pour contribuer à l’exploitation des ressources naturelles et à la qualité des infrastructures de transport et d’alimentation en énergie. Son ouverture sur les mers est un enjeu majeur de sa puissance, ouverture qui lui permet de s’approvisionner en se prévalant de la liberté offerte par la circulation maritime en temps de paix.
  • La démographie de l’Etat est un critère important (nombre de personnes actives, évolution de la population, flux d’immigration, niveau de qualification global et de formation, institutions stables, adhésion de sa population à des valeurs fondatrices et partagées.  
  • La puissance résulte d’abord et aussi d’un désir. C’est le différentiel d’ambition qui fait la différence entre deux pays. La volonté de puissance doit se retrouver au sein des institutions fortes, mais doit aussi être soutenue par le peuple qui attache une importance au rayonnement international. Ce désir de puissance, voire de domination, se retrouve dans la culture du pays.
  • La puissance militaire. Un Etat détenant une force militaire appréciable, dotée d’équipements technologiquement sophistiqués, voire de l’arme nucléaire, et capable d’intervenir partout sur le globe rapidement, possède des atouts de taille.
  • La puissance économique et financière consiste en la puissance combinée de la finance, (c'est-à-dire de la capacité à intervenir sur les marchés financiers), de la capacité de production industrielle, souvent couplée à l’innovation technologique.

Les modalités de la puissance peuvent se décliner de trois manières principales :

  • La puissance dure – le « hard power » - désigne la capacité d’influencer de façon agressive, voire brutale, le comportement d’autres corps politiques ou économiques, à l’aide essentiellement de moyens militaires, financiers et/ou économiques.
  • La puissance douce – le « soft power » - désigne la capacité d’influencer le comportement d’autres groupes,  à l’exclusion de moyens militaires ou économiques. Cette capacité présente essentiellement  d’une part une capacité de remporter l’adhésion par l’attraction que représentent certains principes ou valeurs, tels que la religion, les droits de l’Homme, la démocratie, la culture, la capacité de faire rêver par une vision attirante du futuret, d’autre part, une capacité d’influence et de conviction reposant sur des capacités de communication et de persuasion.
  • La troisième est la puissance structurelle qui est la capacité à déterminer la façon dont sont satisfaits quatre besoins sociaux essentiels dans une économie moderne : la sécurité, le savoir, la production, la finance. C'est donc en quelque sorte la capacité à influer sur les besoins des consommateurs. Un Etat puissance (comme les USA) peut réussir à persuader les autres d’intégrer des alliances militaires (comme l’OTAN), des organisations internationales, alors qu’il en est le principal bénéficiaire.

Dans la suite de notre étude, nous ne traiterons pas des mesures à court et moyen termes qui sont ou vont être prises : stratégie nationale et européenne contre la radicalisation ;  système de renseignement adapté ; PNR ; Europol ; Eurojust : mandat d’arrêt européen ; équipes communes d’enquêtes, etc. pour nous concentrer sur une réflexion pouvant avoir des effets à long terme.

La puissance versus la  sécurité

La question qui se pose alors est de savoir comment faire jouer les ressources de la puissance (attributs et modalités)  afin de garantir la sécurité face à l’ennemi principal. Dans la première partie, nous avons tenté de connaître les causes des menaces, de la radicalisation, de la nature de l’ennemi principal. Nous tâcherons maintenant d’analyser comment les ressources de la puissance pourraient permettre de faire face à l’ennemi.

Cadre national ou/et cadre européen ?

La France possède une partie des ressources de la puissance, bien que sa puissance militaire soit une des plus importantes au monde, sa puissance économique et financière ne peut lui suffire, pas plus que quelque pays ou puissance,  à contrer seule les menaces qui pèsent sur sa sécurité. La France, depuis 1940, est une puissance moyenne qui a perdu ses dernières illusions en tant que grande puissance en 1954 à Dien Bien Phu, puis à Suez en 1956. Elle est et reste cependant une puissance (se situant toujours dans le groupe des 10 nations les plus influentes de la planète) aux plans militaire, culturel, industriel et technologique, diplomatique puisqu’il y a encore peu de temps sa diplomatie était indépendante. Au plan financier, quoique dans une moindre mesure, elle continue d’exister au plan européen et mondial.

La question qui reste actuellement sans vraie réponse est de savoir avant tout si la France, ses dirigeants et son peuple veulent jouer le rôle que beaucoup de nations dans le monde attendent d’elle et, si c’est son réel désir, quel est le cadre le plus idoine en fonction des événements et des politiques : cadre national, européen et/ou mondial ?

Le cadre européen est sans doute à privilégier, cadre qui lui-même devra se transformer en profondeur pour devenir enfin un instrument efficace et convaincant. Ceci pourrait conférer à la France une valeur ajoutée non négligeable en termes pour face aux crises économiques et au terrorisme.

L’UE est le premier bloc économique et commercial du monde avec un ensemble de 508 millions d’habitants (3ème après la Chine et l’Inde), avec le premier PIB mondial (20%) et le premier commerce mondial (plus de  14% des échanges) – Toutefois  ces chiffres sont trompeurs car les Etats membres se caractérisent par de grandes différences. Elle pourrait être, par la somme des budgets nationaux alloués à la défense, la seconde puissance militaire (après les Etats-Unis, et avant la Chine et la Russie) – avec de très grandes différences entre Etats membres qui font que l’Union européenne est encore loin d’avoir  une puissance militaire intégrée et indépendante. Si elle a un territoire apparemment uni, le concept d’Etat-nation reste très fort chez certains Etats membres. Et, pour finir, il n’est pas certain que l’Union européenne ait à ce jour ce désir de puissance qui ferait d’elle un partenaire solide sur la scène internationale. 

Force est de constater que l’UE, comme la France, ne parvient toujours pas à s’imposer par manque de volonté et de vision communes. Dès lors, elle est amenée à user de ses attributs de puissance plus par le biais du soft power que par celui du hard power. Si elle parvenait à parler d’une seule voix et à développer ses Institutions vers une Europe politique indépendante, avec peut-être un nombre plus réduits d’Etats membres son influence ne pourrait-elle pas devenir plus prégnante. Jusques à quand les Chefs d’Etat et de Gouvernement se voileront-ils la face au risque de la perdre aux yeux du reste du monde ?

Les élites dirigeantes françaises sont peut être les plus à même de soutenir cette vision, vision qu’il reste encore à faire partager à beaucoup de pays européens et non des moindres. En effet, la  commission des affaires européennes du Sénat français a réaffirmé en janvier 2016 son attachement au principe d’une « union toujours plus étroite entre les peuples » qui constitue l’un des fondements du projet européen. Le 9 février 2016, les six pays fondateurs de la Communauté européenne, devenue ensuite l'Union européenne, ont dit à Rome être prêts à relancer le projet européen, à bout de souffle, quitte à laisser certains des 22 autres Etats dans un deuxième cercle. Bien plus, les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres ont décidé que l’Union préparerait une nouvelle « stratégie globale de l’UE pour la politique extérieure et la sécurité » pour le Conseil européen de juin 2016. Il faut espérer que cette énième déclaration soit suivie d’effets.

L’association Eurodéfense-France a publié en mai 2015, sous la signature de plusieurs hauts responsables militaires un appel à rédiger un « Libre blanc sur la sécurité et la défense, devant aboutir en juin 2016 à la stratégie ci-dessus mentionnée. Ce document souligne en particulier qu’un tel livre blanc européen devrait exprimer la volonté politique des Etats membres, en accord avec leurs opinions publiques, de penser et d’organiser leur défense au niveau européen, sans que cela débouche obligatoirement sur un système de défense européen totalement intégré. Ce document fait des propositions concrètes sur ce que pourrait contenir un tel Livre blanc. Il indique en particulier que ce cadre européen devrait être revisité dans son fonctionnement et, peut-être dans sa composition, pour aller vers une Union européenne plus politique. Cette entreprise devra être accompagnée par :

  • Une nouvelle campagne de conception et d’explication aux populations de l’UE d’un nouveau projet européen, un nouveau « rêve », pour les années à venir, en leur donnant une vision. Refaire la preuve de l’Europe passe par des propositions de solutions européennes au chômage des jeunes, à la transition énergétique, aux questions d’infrastructure, à l’harmonisation de la fiscalité des entreprises, etc. pour aboutir à des résultats en matière de bien-être socioéconomique. Les populations européennes ont besoin de preuves réelles et non plus d’un rêve dépassé.
  • Aller de l’avant vers une Union européenne plus politique avec ceux qui le désirent, dans le cadre de coopérations renforcées.
  • Une meilleure intégration de la puissance militaire européenne qui lui fait singulièrement défaut actuellement. 

La période que nous traversons, avec la crise économique, la crise des migrants et la recrudescence du terrorisme, semble présenter pour l’Union européenne une fenêtre d’opportunité pour faire un ou plusieurs pas vers une Europe plus politique, au moins pour certains Etats membres de l’UE.

Pour conclure ce point, et en paraphrasant Jean Monnet, nous sommes convaincus, d’une part, que l’UE n’acceptera le changement que sous l’empire de la nécessité ; et, d’autre part, qu’une fenêtre d’opportunité est peut-être aujourd’hui à saisir. Si ce n’est pas le cas, l’UE risque de poursuivre sa route, dans le contexte actuel de la mondialisation, au mieux vers une plus grande vassalisation ou , au pire, vers sa décomposition et sa désagrégation pour ne garder qu’une unité de façade.

Prévention contre le large spectre des menaces

Tout d’abord, il semblerait que la sécurité de la France et de l’UE devrait pouvoir être garantie par les attributs et les modalités de leur puissance, tout au moins en ce qui concerne le spectre complet des menaces à l’exception de celles représentées par le terrorisme djihadiste. En effet, toutes les dispositions nécessaires ont été décidées dans les différents Livres blancs de la Défense français et dans les Traités instituant l’UE et la PESC et l’OTAN.

Lutte contre l’ennemi principal au niveau européen

Nous vivons une double réalité décrite par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale : les « menaces de la force » (de type étatique) et les « risques de la faiblesse » (les zones de chaos toujours plus étendues sur lesquelles prospèrent des mouvements radicaux). En plus des mesures à court terme que nous n’aborderons pas, nous allons voir quelles pourraient être les idées utiles pour attaquer les problèmes à la racine.

  1. Lutte contre l’EI

Contre l’établissement du Califat, en Irak-Syrie ou en Libye, des mesures ont  déjà été prises et devront continuer longtemps pour détruire l’armée djihadiste, ses ressources financières et logistiques, ses capacités dans le domaine de la communication et de l’endoctrinement. Seuls le hard power et la puissance militaire pourront avoir y arriver mis en œuvre par une alliance de pays, à laquelle participent la France et quelques autres Etats membres de l’UE. Il est évident que la puissance militaire serait plus impactante si les Etats membres acceptaient de mieux soutenir, en particulier financièrement et en logistique,  ceux d’entre eux les plus investis dans le conflit. 

Toutefois, l’histoire démontre son insuffisance pour rétablir fermement la sécurité si cette première phase, qui peut être (très) longue, n’est pas suivie par des étapes de reconstruction et d’aide au développement des territoires concernés, processus où l’UE possède le savoir-faire et les outils nécessaires.

  1. Lutte contre le terrorisme islamique en Europe

Nous avons constaté le manque d’homogénéité de la population musulmane en France et en Europe, qu’il existait une tranche d’immigrés ou de descendants d’immigrés qui avait « réussi », sans doute de la deuxième génération. Pour les autres jeunes, nous avons qu’ils prenaient très souvent la route de l’échec scolaire les menant au chômage, la révolte, l’absence d’espoir et de rêve, les laissant très vulnérables à la radicalisation.

Il s’agit ici d’un grand chantier qui ne peut trouver des solutions qu’à travers un ensemble de politiques coordonnées à décider, si nécessaire au niveau européen. La question est de savoir si ces solutions, qui restent à définir, pourraient être mises en œuvre en utilisant volontairement les attributs de la puissance douce à la disposition de la France et de l’UE : un territoire réellement maîtrisé (Schengen révisé) ; une population plus intégrée (une  meilleure maîtrise de l’immigration – immigrés économiques et réfugiés - ; un éveil aux valeurs de la République et de l’UE comprenant évidemment l’obligation de soumettre la loi musulmane à la loi démocratique et des mesures fortes pour empêcher le développement du communautarisme qui permet la radicalisation et la prolifération du djihadisme et celle de la formation contrôlée des imams en Europe) ; une politique socio-économique nouvelle et européenne ; des institutions fortes permettant de faire  coopérer l’Etat, la société civile et le monde académique afin de comprendre le  djihadisme salafiste, par un travail intellectuel, psychologique et sociologique entre opérationnels et experts en sciences humaines tentant de « lire » le phénomène islamiste ; de développer la coopération public-privé en matière de sécurité en créant les conditions juridiques d’échanges d’informations ; de s’opposer rondement à la constitution de vastes enclaves de non-droit où s’accumulent les trafics criminels « classiques » (drogues, etc.) et les instruments humains et matériels du terrorisme ; et, en particulier, de créer un service de renseignement dédicacé à la lutte anti-terroriste (français et/ou européen), symbole d’une vraie coopération au sein de l’UE.

Il est évident que cette liste ne saurait être limitative et que la puissance actuelle et future de l’UE devrait permettre de changer la donne à long terme, à condition d’avoir la volonté politique de faire ce que l’on sait devoir faire !

  1. Lutte contre le radicalisme

Beaucoup d’études et de rapports ont été rédigés sur ce sujet qu’il n’est pas question de reprendre. Ce qui serait par contre intéressant serait de se poser ici quelques questions :

  • Serait-il possible de mettre fin au multiculturalisme qui s’est révélé être à la source du radicalisme, pour privilégier sans faiblesse une politique d’intégration  qui a bien fonctionnée lors des vagues d’immigration précédentes ?
  • Serait-il possible de refuser d’acheter la paix sociale par le  communautarisme sans oublier de s’accompagner d’un souci des plus démunis ?
  • Nos gouvernements pourraient-ils prendre d’urgence les mesures qui s’imposent pour garantir l’état de droit dans les « quartiers », creusets du radicalisme et de la criminalité ?
  • Serait-il possible de lutter contre la pauvreté et le chômage – qui génère souvent le radicalisme – pour, progressivement réduite la démographie familiale de subsistance ?
  • Serait-il envisageable de parvenir à l’égalité (dans toutes ses dimensions) dans la fraternité entre les croyants de foi musulmane et les fidèles d'autres religions) ? Est-il désirable que l'intégration des musulmans dans l'espace européen ait pour centre-partie l'éducation des citoyens européens non-musulmans sur ce qu’est l’islam pour favoriser une meilleure compréhension réciproque ? L'éducation de tous les citoyens de l'Union européenne devrait mettre l'accent sur la citoyenneté et sur les fondements démocratiques (qui sont souvent considérés comme acquis).
  • Serait-il envisageable d'encourager des débats approfondis qui n'hésitent pas à aborder avec courage des thèmes susceptibles d'irriter ? Ces débats devraient être conduits, sans complexe ni de timidité, dans un esprit d'ouverture et de liberté d'expression, sans limites, dans un climat de respect mutuel et de réciprocité dans le respect des personnes.
  • Serait-il envisageable d’imposer, par le biais de nos institutions fortes, une formation et un niveau théologique des imams en vue de « propager un islam ouvert et tolérant » en France et en Europe, ainsi que le respect des lois et des valeurs de la République et de l’UE (et ainsi de garantir le primat des lois de la République sur le religieux) et d’élaborer en commun un discours alternatif pour démonter sur le plan théologique tout l’argumentaire des organisations terroristes et djihadistes ?
  • Serait-il possible de susciter chez les musulmans le désir d’entreprendre parmi eux les démarches humaines et spirituelles en vue d’un possible œcuménisme entre sunnites et chiites à très long terme ?


Conclusion

Pour terminer, il nous a semblé plus convaincant de résumer notre analyse sur la question « la puissance peut-elle garantir la sécurité ? » par une série de questions fondamentales qui doivent trouver une réponse pleine et entière d’ici quelques années. Ce sont :

  • Nos chefs d’Etat et de gouvernement sont-ils prêts à parler d’une seule voix et à développer les Institutions de l’Union européenne vers une Europe plus politique – peut-être avec un nombre réduit d’Etats membres – de manière à se donner les attributs de la puissance, à définir un rêve européen à ses populations adapté à la période actuelle, et à se doter à moindre coût des moyens militaires nécessaires ? Ce n’est qu’au prix d’une conversion des mentalités de nos gouvernants vers une meilleure prise en compte de l’intérêt bien compris des peuples d’Europe que celle-ci sera en mesure de garantir sa sécurité.
  • Nos chefs d’Etat et de gouvernement vont-ils avoir le courage de prendre les mesures courageuses et fermes qu’ils savent devoir prendre (immigration, intégration, éducation, respect des lois, suppression des zones de non-droits, etc.), aux niveaux français et européen quel qu’en soit le prix pour leur carrière personnelle ? Il en va de l’avenir de nos pays !
  • Quant à la question de l’islam et de son interprétation, il est clair que cela ne peut se régler que sur le  long terme et uniquement par les musulmans. Toutefois, saurons-nous, politiques et citoyens, aider à créer un climat de dialogue dans la confiance réciproque si nécessaire à la paix sociale et au développement d’un monde plus uni ?


ANNEXE I : De l’islam à l’islamisme

Il y a deux ans, l’étude proposée par l’IHEDN sur l’arc de crise nous avait permis de constater que l’arc de(s) crise(s) correspondait à s’y tromper à l’arc des pays musulmans s’étendant de l’Atlantique aux frontières de la Chine, en passant par les pays du sud de la Méditerranée, ceux des Proche- et Moyen-Orient et de l’Asie de l’Est et du Sud-Est. Violence et islam !

Se fondant sur une lecture du Coran selon laquelle l’islam impose à ses fidèles « le combat (djihâd) sur la voie de Dieu » par tous les moyens jusqu’à ce que son message règne sans partage sur l’ensemble de l’humanité, certains concluent que la violence est un trait essentiel de la religion musulmane. La parole de Dieu et le message de Dieu s’adressant à l’humanité, c’est le devoir de ceux qui les ont acceptés de peiner sans relâche pour convertir ou pour soumettre ceux qui ne l’ont pas fait. Cette obligation doit durer jusqu’à ce que le monde entier ait rallié la foi musulmane ou se soit soumis à l’autorité de l’Etat islamique. Jusqu’à ce moment, le monde est partagé en deux, la maison de l’islam ( Dar al-Islam), où s’imposent la domination et la loi de l’islam, et la maison de la guerre ( Dar al-Harb) qui couvre le reste du monde.

Dès la disparition du prophète, ses plus proches compagnons se sont disputés sa succession. Les conflits sanglants, qui ont opposé les partisans du premier Calife à ceux qui contestaient son autorité, a marqué, de façon tragique la fin du Califat de Médine, débouchant sur la pratique de la violence comme mode quasi exclusif d’accéder au pouvoir, de l’exercer et de le garder.

Le moyen ultime pour les islamistes les plus radicaux de sauvegarder l’unité de l’Oumma (l’Oumma étant la volonté de vivre entre musulman) ou de lutter contre les forces mécréantes est le djihâd, « le combat sacré ». Le Coran évoque le grand djihâd, un combat personnel sur soi pour devenir meilleur et le petit djihâd ou djihâd par l’épée. Le petit djihâd est donc défensif ou offensif. Il devient défensif s’il existe une menace sur l’Oumma, tout musulman doit y participer. Le djihâd offensif est utilisé dans le cadre de la conquête du Dâr-al-Islam. Les grandes dates de sa progression sont :

  • Dans le monde musulman, après le départ des colonisateurs occidentaux, au tournant des années 1950 et 1960, trois types de djihâd se mettent donc en place progressivement : celui des partisans de S. Qotb dans les années 1980, dans le cadre de la guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques ; le djihâd des années 1990 contre les régimes militaires algérien, égyptien et en Bosnie ; enfin, depuis la fin des années 1990, le nouveau djihâd contre l’Occident. Ce dernier est la raison d’être du mouvement Al-Qaida.
  • A partir du 11 septembre 2001, le djihadisme mondialisé entre sur la scène des grands acteurs géopolitiques. Al-Qaida devient l’organisation terroriste à abattre, le cœur des préoccupations sécuritaires de l’ensemble des démocraties occidentales. La rhétorique de l’Axe du Mal de Georges W. Bush se développe.
  • L’intervention occidentale et la traque effectuée à l’encontre d’Oussama Ben Laden et de ses troupes, ont porté un coup à la nébuleuse d’Al-Qaïda. Elle est restructurée et se divise en deux sous-groupes en 2009 : Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA).
  • La même année en 2003, Abou Moussad al-Zarkaoui fonde la branche irakienne d’al-Qaida : « al-Qaida au Pays des deux Rives ». Il radicalise les objectifs de la « maison-mère » provoquant la réaction d’Oussama Ben Laden qui décide de se séparer de son allié irakien. L’État Islamique en Irak (EII) naît alors de cette scission.
  • Le 29 juin 2014, l’Etat Islamique s’auto-proclame califat en s’imposant par la force aux populations d’une zone de contrôle située du nord-ouest de l’Irak au nord-est syrien. Il se différencie d’Al-Qaida par un ancrage territorial déterminé dont l’expansion est la finalité depuis 2013. Son influence grandit, elle est devenue mondiale. D’abord, la médiatisation de ses actes de barbarie fait sa publicité auprès des potentielles recrues du monde entier déjà sensibilisées par les réseaux sociaux et les sites djihadistes. Enfin, l’EI s’impose comme modèle en Afrique, en Tunisie avec le groupe Okba Ibn Nafaâ ou au Nigéria, Boko Haram ayant prêté allégeance au calife Abou-Bakr Al-Baghdadi en mars 2015 et pourrait s’implanter sérieusement en Libye.
  • Violence de l’EI ! De même que la violence révolutionnaire de bien d’autres qui l’ont précédé, cette violence de l’EI pourrait se caractériser par une quête passionnée pour la  « terreur délicieuse », le sens du pouvoir, de la destinée, de la recherche d’absolu et d’inexprimable, tout en recherchant leur histoire, leurs traditions, leurs héros, leurs mœurs, etc.

ANNEXE II : Qui est l’ennemi principal ?

  • Pour Bachar al-Assad, il s’agit de l’opposition syrienne principalement, mais aussi des Etats réclamant son départ.
  • Pour les Turcs, l’ennemi principal est l’irrédentisme kurde qu’il leur faut contenir pour éviter un risque de sécession.
  • Pour les Kurdes, qu’ils soient syriens, irakiens ou iraniens, il s’agit seulement de défendre leurs nouvelles frontières. Pour les Kurdes d’Irak, la menace principale est la reconstitution d’un état central fort à Bagdad, qui pourrait contester l’indépendance de fait dont jouit le Kurdistan irakien aujourd’hui. L’EI empêche la création de cet état central kurde.
  • Les Chiites irakiens, défendent leur frontière confessionnelle, et n’abandonneront pas leurs coreligionnaires
  • Pour les Saoudiens, l’ennemi principal n’est pas l’EI, car ils ont peur d’une montée en puissance de l’Iran dans la région, Iran qui manifeste comme eux des ambitions régionales.
  • Les Iraniens veulent continuer à contrôler l’Irak, à exercer une influence sur la Syrie et à conserver leur accès au Liban pour soutenir le Hezbollah
  • Israël ne peut que se réjouir de voir le Hezbollah se battre contre des Arabes, la Syrie s’effondrer, l’Iran s’engluer dans une guerre incertaine, et tout le monde oublier la cause palestinienne.
  • Les Russes veulent maintenir Bachar al-Assad, tandis que les Français veulent vaincre l’EI mais se débarrasser d’Assad.
  • Les Américains affirmaient que le président syrien est plutôt le sergent recruteur de l’EI. Sans la volonté politique d’envoyer des troupes au sol, ils se contentent de faire du containment, mettant à mort les terroristes à coups de bombes et de drones.


Bibliographie