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Cycle d'études 2015-2016-La synthèse régionale du sujet "sécurité et puissance.

 

INTRODUCTION  

                                                                                                 

I LES PUISSANCES AU DEFI DE LA  SECURITE                                            

 

A Les enjeux                                                                                                                     

1 Les états

2 Espaces maritimes

3 Les paramètres de la sécurité

 

B la recherche de la puissance globale                                                                         

4 Puissance pouvoir et sécurité

5 Puissances établies et émergentes

6 Transition

 

C Evolution des moyens de la puissance                                                                      

7 Les facteurs

8 La puissance reste un outil de la sécurité

9 Les 3 piliers de la sécurité

 

II NOS FAIBLESSES FACE A NOS ENNEMIS                                                   

 

D Identifier nos ennemis                                                                                                 

10 Islamisme et Lumières

11 Daech ennemi proche et lointain

12 L’ennemi intérieur

 

E Détermination à user contre eux de la puissance requise                                       

13 Reniement des racines européennes

14 Tentation pacifiste et vulnérabilité

 

F Surmonter nos faiblesses pour y parvenir                                                                

15 Déficits démographiques et migrations

16 Les idéologies à l’origine des doutes et des renoncements

17 intimidations : islamophobie et repentance coloniale

 

III PROPOSITIONS                                                                                                

 

G Intégrations européennes                                                                                          

18 Propositions pouvant s’intégrer dans une dimension européenne

19 La cybersécurité

20 La doctrine européenne d’intervention non létale

 

H Propositions concernant la France                                                                            

21 Interpeller l’UE

22 La France

23 Cohérence

24 Capacités

 

CONCLUSION                                                                                                        

 

Notes de renvois                                                                                                   

 

Synthèse régionale AR15 Nord réalisée par François Yves DAMON en collaboration avec Bernard COGET.

 

 

 

INTRODUCTION : Puissance et sécurité: passé, présent, avenir.

 

La paix de Westphalie (1648) et le système « westphalien » qui en découla introduisirent  les concepts directeurs des relations internationales modernes: équilibre des puissances, inviolabilité de la souveraineté nationale, principe de non-ingérence dans les affaires d’autrui. Le système westphalien s’est reposé sur un ordre géopolitique homogène, où les États d’Europe concernés partageaient un intérêt commun fondé sur la réciprocité: la stabilité étatique. 

Depuis la seconde guerre mondiale, les Nations Unies tentent d’instaurer un autre système de gestion de la puissance, un système de sécurité collective, en abandonnant le concept de l’équilibre des puissances. En revanche, les principes d’inviolabilité de la souveraineté nationale et de non-ingérence ne sont pas remis en question. 

 

Pendant la guerre froide, L'équilibre bipolaire s'est encore inscrit dans le système westphalien. Le monde n'était pas multipolaire et un équilibre précaire (conflits par procuration entre les deux blocs) s’était établi est créé par la maîtrise de l'atome que détiennent les deux puissances antagonistes que sont l'URSS et certains pays occidentaux.

 

Après la guerre froide et avant le 11 septembre 2001, Les droits de l’homme se sont installés au centre des considérations géopolitiques euro-atlantiques, mais, en préconisant la protection des populations civiles contre les états, , le « devoir d’ingérence » a remis en cause les principes d’inviolabilité de la souveraineté nationale et de non-ingérence.de plus, l’approche humanitaire, a des effets pervers en s’inscrivant comme « carburant de crises durables ».

L’Union européenne, renonçant à la puissance, s’est installée dans un « monde clos » fait de lois et de règles, de négociations et de coopérations transnationales, tandis que, de leur côté, les États-Unis continuent à exercer leur puissance dans un monde devenu anarchique où lois et règles internationales sont peu fiables et où la vraie sécurité ainsi que la défense et la promotion d’un ordre libéral dépendent toujours de la détention et de l’usage de la force militaire. Tout laisse à penser que la résistance commune à la menace soviétique par la promotion de la démocratie et de la liberté, a longtemps camouflé les différences de priorités entre l’Europe et les Etats-Unis

 

Désarroi de la puissance après  le 11 septembre 2001.

Le fossé séparant l’UE des Etats-Unis se révèle pleinement.  L’idée d’un retour à un équilibre multipolaire est partagée par l’Europe, la Chine et la Russie mais se heurte à la complexité du monde.

Le problème de l’Europe est de s’accommoder de la puissance américaine car une trentaine d’années de non investissement dans la puissance l’amène à compter largement sur les Etats-Unis pour sa sécurité.

Le problème des Etats-Unis est d’exploiter leur puissance en  optant pour le désordre du  laisser-faire  tout en augmentant leur capital de puissance militaire.

.Aujourd’hui, la notion d’équilibre des puissances n’a plus le même sens puisque l’ensemble géopolitique planétaire est fondamentalement déséquilibré, les repères du passé ayant  disparu.

Dès lors, trois options se présentent.

Un État impose son hégémonie dans un monde hétérogène, le voulons-nous, est-ce réaliste : la toute puissance US est flanqué des signes réels de leur fragilité

.Les Etats travaillent à la mise en place d’un « gouvernement mondial », rien ne permet de penser la probabilité de cette deuxième option

.Les Etats travaillent à l’instauration d’un véritable système de sécurité collective. 

Cette troisième option est sans doute la plus souhaitable, gardant à l’esprit que cette sécurité collective exige l’effort de tous et que les politiques qui pèsent sur la dimension des armées pour ajuster les budgets sont incomplètes, dangereuses et occultent la complexité d’un monde qu’on ne peut plus se contenter de cartographier mais qu’il faut radiographier.

Dans un monde complexe et dans de nombreux domaines, la puissance reste un outil indispensable de la sécurité, cette puissance devra être  rationnelle,  multiforme, et capable de s'adapter aux enjeux de la sécurité.


I  LES PUISSANCES AU DEFI DE LA SECURITE .

Les facteurs de vulnérabilité, risques et menaces, se diversifient dans un monde devenu plus complexe depuis la fin de la guerre froide et du système bipolaire qui l’accompagnait. L’accélération de la mondialisation nous rend  plus vulnérables aux effets d’événements géographiquement lointains.

L’accès et le contrôle des ressources, eau, hydrocarbures continue à constituer l’enjeu géopolitique principal, d’autres, telles les crises financières, se perpétuent, d’autres s’y ajoutent, de nature climatique (passage du nord-ouest) alimentaire,  environnemental et sanitaire, surtout dans un contexte de pression démographique. Les populations d’une quarantaine d’Etats demeurent  en situation de crise agro alimentaire et nécessitent une assistance extérieure, mais l’aide internationale se trouve confrontée à la déstructuration des capacités locales de résilience lorsque l’aide humanitaire s’installe dans la durée. Quasiment toutes les activités humaines sont aujourd’hui dépendantes de l’espace numérique mondialisé, assurer sa sécurité est devenu une tâche majeure des états, des institutions et des organisations.

 

A LES ENJEUX

 

1/ Les états La multiplication des Etats alimente les tensions et les conflits : Un mouvement généralisé de réaffirmation des frontières s’est affirmé comme une tendance lourde de ces deux dernières décennies, comme une réaffirmation du rôle de l’Etat.  Si des litiges frontaliers ont fait l’objet d’accords, de  nombreux contentieux territoriaux anciens sont parfois réactivés : frontières fermées, murs, barrières et clôtures.

Le monde compte 193 Etats, 271 frontières communes à deux Etats contigus, soit 500000 km de frontières à gérer. 27000 km de frontières ont fait l’objet d’accords de délimitation et de démarcation

18000 km de programmes de murs, clôtures, barrières métalliques et électroniques ont été réalisés ou annoncées. Des régions terrestres entières (Sahel subsaharien)  échappent au contrôle des gouvernements centraux ou provinciaux. Par ailleurs les grandes métropoles (de plus en plus nombreuses et peuplées) posent de considérables des défis de maintien de l’ordre et de présence de l’Etat.

 

2/Espaces maritimes

Le droit de la mer, mis en place par la Convention de Montego Bay de 1982, définit juridiquement d'une part les espaces maritimes et d'autre part les droits et les devoirs des États dans ces espaces.

Des Zones maritimes, détroits et canaux, étendues maritimes côtières échappent cependant au contrôle des gouvernements centraux ou provinciaux et menacent les  approvisionnements en énergie et en matières premières (exploitation et acheminement).

L’espace maritime français est aujourd’hui le deuxième au monde par sa superficie, de l’ordre de 11 millions de km², juste après celui des États-Unis.

 

3/Les paramètres de la sécurité

Les puissances émergentes n’auront sans doute pas le niveau de vie par habitant des puissances en place, d’où un facteur de tensions internes (« puissances prématurées »). Les Etats dits « émergents », redéfinissent leur image extérieure à partir de critères culturels tantôt de façon pacifique, militante, tantôt de façon agressive et radicale, parfois les deux simultanément (La Chine dans les Mers de Chine du sud)  

La prolifération d’armes de destruction massive, nucléaires, chimiques ou bactériologiques mais aussi une augmentation généralisée des dépenses d’armements balistiques et conventionnels (hors Europe) augmentent la dangerosité du monde. Ainsi peut être mis en évidence  un accroissement du nombre des paramètres de la sécurité, laquelle devient un nouvel enjeu de puissance : la capacité et la volonté sécuritaires.

La sécurité s’élargit : de la sécurité militaire traditionnelle vers la sécurité politique, économique, sociale, environnementale, alimentaire,…(absence de guerre, poursuite des intérêts nationaux, protection de valeurs fondamentales, capacité de survie, résistance à l’agression, amélioration de la qualité de vie, renforcement des Etats, éloignement des menaces, émancipation de l’être humain).

                                                            Tableau 1

Sécurité intérieure

Sécurité économique

Sécurité civile

Sécurité alimentaire

Sécurité environnementale

Allemagne

++

+++

++

+++

+

Australie

+++

+++

++

+++

+/-

Brésil

-

-

-

++

-

Chine

+

++

+

++

--

Etats-Unis

+

++

++

+++

--

France

+

++

+++

+++

+

Inde

+/-

+/-

-

+/-

-

Pakistan

--

--

--

+/-

-

Russie

-

+/-

-

+

--

Les études menées par les participants au groupe sur différents pays ont révélé trois paramètres essentiels de la sécurité (Tableau 1):

préservation des valeurs centrales de la communauté reposant sur une identité repère,

absence de menaces contre la communauté,

formulation d’objectifs politiques.

 

B La recherche d’une puissance globale :

 

4/ Puissance,  pouvoir et sécurité Il s’agit d’abord d’Etats recherchant une puissance globale pour être lisible sur la scène internationale. En géopolitique, comme dans les relations internationales, la notion de puissance fait le plus souvent référence à des États mais d’autres acteurs sont dotés d’une puissance indéniable, notamment les institutions financières, les firmes transnationales ou les organisations non gouvernementales majeures, sans oublier les organisations criminelles. Cependant, la responsabilité politique de la sécurité n’est plus exclusivement du  ressort de l’État,  elle implique en effet d’autres acteurs: les organes politiques  régionaux ou locaux ; des institutions  internationales, des organisations non  gouvernementales, ou même des organisations militaires privées. Les acteurs non étatiques voient leur importance et leur influence soulignées. Le citoyen ignore souvent comment nos sociétés se mobilisent pour la sécurité, la lui assurer. L’effet pervers d’un effort sécuritaire peu visible est qu’elle amène le citoyen à penser qu’il n’est plus nécessaire de se défendre.

 

5/ Puissances établies/traditionnelles et pôles émergents Les puissances occidentales sont souvent amenées à avoir souvent des intérêts mondiaux et variés : leurs engagements internationaux exposent au terrorisme ces pays occidentaux notamment la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, principalement mais aussi dans une certaine mesure le Canada, l'Australie, l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l'Espagne et l'Italie.

Quand aux pôles émergents : ils ne s’installent pas vraiment sur toutes les dimensions de la puissance, car si l’émergence pose une équivalence de principe entre des indicateurs quantifiables (taux de croissance, participation au commerce mondial, réserves de changes, etc.), les phénomènes de puissance sont d’un autre ordre. La puissance désigne la capacité à faire triompher sa volonté dans le rapport des forces entre les diverses unités politiques. Elle implique une intention politique consciente, un système institutionnel adéquat, la mobilisation efficace des ressources de pouvoir et des représentations géopolitiques affirmées.

Or, en ce qui concerne les pays émergents, projet politique, conscience historique et sens des responsabilités internationales ne sont pas au rendez-vous. De surcroît, les centres de pouvoir présentés comme des contrepoids à l’hégémonie occidentale ne constituent pas un ensemble cohérent. A cela s’ajoute la perte de dynamisme des pays émergents : les indicateurs de croissance témoignent d’un « ralentissement » (défi sociaux internes: Brésil, Inde, Chine notamment).Enfin, les difficultés intérieures des émergents renforcent l’autisme qui caractérise les grandes masses politiques et leur peu d’appétence pour les responsabilités.

 

6/ Transition

Nous vivrions actuellement une période de transition entre un monde unipolaire – dominé par les Etats-Unis – et un monde multipolaire marqué par l’émergence de nouveaux Etats ou la réémergence d’anciennes puissances. Dans le monde multipolaire qui se construirait, aucun acteur n’aurait la possibilité de dominer l’ensemble des autres. Cependant, les pôles émergents identifiés qui se revendiquent d’un monde multipolaire présupposé équilibré et harmonieux, n’ont pas accédé à la puissance nécessaire pour faire triompher leur volonté dans le rapport des forces internationales : marchés émergents certes, puissances émergentes, certes pas. Ainsi l’idée de « monde multipolaire » est de portée limitée car l’émergence n’est pas la puissance: les pôles émergents ne s’installent pas vraiment sur toutes les dimensions de la puissance comme nous l’avons montré précédemment. La puissance implique une hiérarchie des acteurs : hyperpuissance, superpuissance, puissance moyenne, puissance déclinante, ancienne puissance, puissance ré-émergente, puissance émergente, etc.  Le système international évolue en fonction de cette hiérarchie mouvante des puissances et des capacités variables des Etats (système international multipolaire, bipolaire, unipolaire, oligopolaire, a-polaire).

 

C   EVOLUTION DES MOYENS DE LA PUISSANCE .

 

7/ les facteurs

La coercition demeure la manifestation principale de la puissance. La notion de soft power est apparue plus récemment,  sans que pour autant les puissances hésitent à utiliser le hard power (Irak en 2003...). Chacun aura noté que soft, smart ou hard, il s’agit toujours de power.

Aux  facteurs de la puissance d'aujourd'hui s’en ajouteront ou se substitueront sans doute d’autres dont nous pouvons cependant déjà discerner l’essentiel (« Internet, outils de dissémination et de collecte – parfois secrète – de l’information - Google, Apple notamment - , déjà outil de puissance, force de dissuasion demain » ? )

La puissance est aussi relative: certitude de la toute-puissance des Etats- Unis et perception simultanée de leur fragilité. Lorsque l’on s’éloigne du centre de pouvoir, celui-ci tend à s’amenuiser, on observe également que la puissance peut aussi être contestée dans les centres de pouvoir (Snowden, militants, partis ou médias…).C'est cependant une caractéristique du système démocratique qui peut s'avérer  être une force...La hiérarchie des puissances est fortement déterminée par les conditions techniques dominantes mais elle dépend aussi de la perception que les autres acteurs en ont.

La puissance n’est par ailleurs jamais une garantie de succès: fiascos des Etats-Unis en Irak comme en Afghanistan, Fiascos, en Libye où 80% des ciblages étaient le fait des américains.

 

8/La puissance reste un outil de la sécurité : la capacité de décider et de ne pas subir

On peut définir la puissance comme  "capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire. »L’installation de notre dissuasion nucléaire française, après l’affaire du canal de Suez s’inscrit dans ces dimensions.

Deux exemples plus récents.

Exemple 1 : Les Etats-Unis ont réussit à imposer au gouvernement français une participation au système de défense antimissile pour l’Europe – qui devient ainsi un élément avancé de la défense des États-Unis – alors que les stratèges français sont convaincus que la France n’a rien à y gagner, bien au contraire. Paris, en l’occurrence, n’a pas pu refuser de faire. Et Washington a pu imposer sa capacité de faire faire.

Exemple 2: Poutine a pris à contre-pied le président F. Hollande dans le déroulé de son intervention militaire en Syrie, annoncée comme quasi certaine lors de la conférence des Ambassadeurs fin août 2013, puis suspendue dans le vide tant par l’hésitation du président des Etats-Unis que par la proposition du Kremlin au sujet du contrôle des stocks d’armes chimiques de Damas. Il s’agit ici d’une « capacité d’empêcher de faire. »

Méfions nous enfin de la terminologie « capacité de nuisance », formule toujours utilisée pour caractériser l’attitude des « Autres ». En fait, il s’agit d’un volet de la puissance. Pour le dire autrement, la puissance caractérise la capacité d’un acteur du système international à agir sur les autres acteurs et sur le système lui-même pour défendre ce qu’il pense être ses intérêts, atteindre ses objectifs, préserver voire renforcer sa suprématie.

Il y a hyperpuissance lorsque le cumul puissance économique, financière, diplomatique, militaire permet de garantir globalement la sécurité (notamment le risque d'invasion, d'anéantissement, d'intégrité du modèle économique, juridique et social).

La puissance doit permettre de conserver  l'intégrité du territoire et des enjeux extérieurs dès lors qu'elle paraît crédible face à un ennemi étatique potentiel. La dissuasion nucléaire a pour objectif de se prémunir, par capacité de rétorsion,  des menaces d’attaques nucléaires comme celle de l’URSS à l’encontre de la France et du Royaume-Uni pendant la crise de Suez en 1956.

 

9/ les trois piliers de la puissance

 

Le territoire comme espace conquis, approprié, défendu.

la légitimité de la propriété du territoire peut être remise en question : La superficie du territoire terrestre ou maritime compte moins que la capacité à le maîtriser. Le territoire c'est aussi d’autres zones où s'exerce le contrôle : routes stratégiques, espace, espace numérique: autoroutes de l'information, investissements directs étrangers. Le contrôle s’effectue également par le dynamisme du peuplement, la qualité des structures sociopolitiques et des infrastructures économiques, les moyens investis dans la défense et la sécurité recouvrent toutes ces dimensions.

 

Les hommes

Il n'est de richesse que d'hommes (Jean BODIN) maxime plus que jamais d'actualité dans un contexte où face à une concurrence économique et géopolitique effrénée, ce sont les pays aux populations formées, informées et volontaires qui feront la différence, cela participe de la puissance.

Le nombre ne suffit pas pour peser dans le monde: des pays peu peuplés – comme Singapour – pèsent lourd dans la mondialisation. Pour autant, les populations sont à la fois une main d’œuvre et un marché qui participent de la montée en puissance des pays. Les hommes comptent surtout pour la dynamique. Il s’agit de mesurer la part de la croissance naturelle et part de la croissance migratoire, les capacités et les modes d’intégration des migrants, comment les personnes âgées sont prises en charge, le niveau d’éducation, la capacité de la population à consentir des efforts.

Enfin, le renseignement est un outil qu’une puissance ne peut pas négliger. Imaginer le contraire c’est renoncer à la puissance.

 

La volonté durable d’une ambition de puissance.

Renoncer c’est sortit des premiers rangs et devenir le  jouet  des pays qui ont cette ambition. Les Américains n’ont pas cessé d’être convaincus de leur « destinée manifeste » à dominer le monde et défendent  leur place de premier, y compris en espionnant leurs alliés. La recherche de la puissance peut se faire par des voies militaires, mais aussi par d’autres voies : économie et commerce pour l’Allemagne, le Japon.  Cette posture crée cependant des insuffisances que ces deux pays ont récemment entrepris de combler.

Une stratégie est nécessaire pour développer la puissance. Elle impose :

  • une analyse de la situation présente,
  • une réflexion sur les lignes de force des temps proches et lointains,
  • des choix d’objectifs,
  • l’allocation de moyens
  • une mise en œuvre pertinente.

Qu’il manque un de ces éléments et la stratégie échoue.  Si dans la réussite d’une stratégie, une part revient à la conception, aux moyens, une part revient aussi aux circonstances et au hasard dans un contexte inévitablement instable. La faiblesse des institutions, leurs contradictions ou leur corruption produisent de l’impuissance que les États soient démocratiques ou pas, centralisés ou fédérés. Une idéologie peut animer, explicitement ou implicitement, la volonté


II NOS FAIBLESSES FACE A NOS ENNEMIS

Dans le  chaos du monde, pour reprendre l’expression employée par Dominique Moisi lors de  sa conférence du 11 janvier 2016,  la capacité de la France à garantir sa sécurité  et préserver son identité nécessite la volonté d’identifier ses ennemis, sa détermination à user de la  puissance requise  pour les combattre, et à  surmonter  doutes et faiblesses pour y parvenir. Les concepts de survie, de sécurité et d'identité demeurent en effet étroitement liés: assurer la sécurité, c'est préserver l'identité. On n'échappe pas à cette question, même si elle a été mise de côté pendant des années[i] »

L’ennemi principal est,  depuis plusieurs années,  l’Islamisme. Dans les pays appartenant sociologiquement au monde musulman, tous les systèmes politiques qui ont été essayés, qu’ils soient inspirés du marxisme ou tout simplement autoritaires, ont échoué, d’où cette résurgence de l’Islamisme, idéologie pour qui l’Islam est à la fois Etat, religion et société. . Il emploie deux voies pour y parvenir, une voie violente,  le terrorisme, qui a produit les attentats de Toulouse, Paris, Bruxelles, Nice, Saint Etienne du Rouvray,  Berlin,  et    une voie silencieuse, l’intégrisme salafiste, dont l’objectif  est  la fragmentation territoriale, c'est-à-dire l’instauration de  zones d’un autre droit, où il organise la sécession cultuelle et culturelle.

Cette entreprise sécessionniste a été rendue possible par le renoncement des nations d’Europe aux armements et aux frontières, se rendant ainsi vulnérables. L’accent sera mis dans cette seconde partie sur nos faiblesses et notre indétermination, deux des principaux  agents à l’origine de notre vulnérabilité face à cette menace.  

 

D/  IDENTIFIER SES ENNEMIS.

 

10/Islamisme  et lumières

Les révolutions scientifiques et industrielles, la philosophie des lumières et de la raison, le principe d’égalité entre les sexes,  ont éclos dans la sphère occidentale, La civilisation musulmane n’en fut pas partie prenante. Le monde islamique n’est plus créateur de science depuis le XVIIème siècle, écrit le regretté Abdelwahab Meddeb dans « La maladie de l’Islam[ii] ». La dynamique esclavagiste, par exemple,  a subsisté tardivement dans les Etats islamiques[iii], le renoncement à l’esclavage a été imposé par les Occidentaux, il s’est donc agi d’une transformation subie non accompagnée d’une véritable évolution interne des idées et des mentalités.

Dache, voie violente de l’Islamisme,  s’est réapproprié cette dynamique esclavagiste : Sa revue officielle, Dâbiq n° 4 d’octobre 2014, rappelle qu’il est permis aux combattants d’avoir des rapports sexuels avec les femmes mécréantes captives, de les vendre, de les acheter ou d’en faire don. De même est-il recommandé d’avoir des relations sexuelles avec les femmes vierges, considérées par les combattants de l’EI comme un avant-goût du paradis, étant donné que le Coran (LII, 17) promet des houris (vierges) à tout musulman après sa mort surtout si cette mort intervient dans le djihad. Enfin, le viol de  femmes non musulmanes permettrait d’engranger des points supplémentaires pour accéder plus rapidement au paradis.

Beaucoup de jeunes hommes frustrés sexuellement rejoignent les rangs de l’EI en raison de sa politique sexuelle et des facilités qu’il met à leur disposition pour avoir des relations sexuelles dans un cadre prétendument islamique

En 1966, dans son ouvrage « Le Harem et les Cousins », l'ethnologue Germaine Tillion évoquait: «Les femmes écrasées qui fabriquent des homuncules vaniteux et irresponsables…» Germaine Tillion a été transférée au Panthéon en 2015. Faut-il la déclarer «islamophobe»? (ou  nauséabonde).  Depuis les années 1960, les islamistes, y compris d'État, ont restauré l'ordre patriarcal dans les rues du Maghreb et tentent de l’instaurer dans des rues françaises. La claustration fait de la femme aux cheveux visibles une rareté, ce qui stimule en retour l'agressivité envers celles qui dérogent à la norme  La montée au djihad (qu'il soit algérien dans les années 1990 ou syrien aujourd'hui), mais aussi l'émigration en Europe, sont  des moyens d'échapper à la misère sexuelle. Cette pulsion sexuelle vitale contrainte, et même écrasée, est une énergie que certains peuvent convertir par un passage à l'acte ; d'autant plus que dans les sociétés patriarcales, bien des mères ne cessent de valoriser une virilité que nos sociétés regardent aujourd'hui avec mépris. C'est une des clefs de l'impensable - et plus encore impensée - «ratonnade» de Cologne[iv]

 

11/Dache, ennemi proche et lointain 

Plus de 50 fosses communes ont été découvertes en Irak, sur un territoire anciennement contrôlé par les djihadistes de l'Etat islamique, dont trois charniers sur un terrain de football à Ramadi, les preuves des "crimes odieux" commis par le groupe ultra-radical s'accumulent à mesure que les territoires qu'il contrôlait en Irak sont repris[v]

Au moment où la bataille pour la reconquête de Mossoul n’est pas encore achevée, nous savons déjà que le combat à venir contre l’ennemi intérieur, sur notre sol,  sera le plus dur, ainsi que l’illustrent ces propos tenus par un fidèle devant la  Mosquée  Tawhid de Saint Denis: 

« Nous sommes cernés par les intégristes. Daech est aux portes de notre mosquée qu'ils veulent forcer pour imposer leurs lois obscurantistes.»...Les intégristes ciblent les jeunes et les plus fragiles pour les rallier à leur cause. Ils ne sont pas nombreux mais terriblement toxiques et veulent s'emparer à tout prix de ce lieu de culte pour asseoir leur empire. Ils ne veulent rien lâcher. Notre mosquée est toute proche de la basilique de Saint-Denis. Nous sommes à deux pas des sépultures des rois de France et de Charles Martel qui a arrêté l'invasion des musulmans en 732. Le symbole est fort pour cette poignée de fous d'Allah.

Et la tension monte ici, chaque jour un peu plus.» Didier Paillard, maire de la ville, se dit tout aussi démuni face aux phénomènes de radicalisation: En tant que maire, je n'ai aucun moyen d'intervenir. C'est un vrai problème. Sur mon territoire, je ne sais combien de personnes, ni même si des agents de la Ville, sont concernés par les fiches S.»

La préfecture du département de la Seine-Saint-Denis  confirme la situation: «Je pense qu'il y a plusieurs animateurs ou salariés surveillés. «Les islamistes radicalisés ne portent pas forcément la barbe, mais sont autrement plus radicaux et violents. Ils sont intelligents, dangereux, très mobiles et très déterminés. Nous sommes entrés avec eux  dans une course de vitesse, mais  nous ne pouvons rien faire tant que les individus surveillés n'auront pas commis d'actes contraires à la loi.» A eux donc, Grosso modo, l’initiative

 

12/L’ennemi intérieur[vi]

D’après une enquête de  l‘Institut Montaigne[vii], les personnes qui se déclarent musulmanes représentent 5,6 % de la population métropolitaine de plus de 15 ans en métropole, soit environ 2, 8 millions. L’enquête les répartit en trois groupes.

La "majorité silencieuse", groupe composé de 46 % des sondés. Leur système de valeurs est en adéquation avec la société française, qu’ils contribuent d’ailleurs à faire évoluer par leurs spécificités religieuses.

Les "conservateurs". Groupe plus composite, ils composent 25 % de l’échantillon et sont au cœur de la bataille politique et idéologique que les propositions de notre rapport doivent permettre de conduire et de remporter. Fiers d'être musulmans, ils revendiquent la possibilité d'exprimer leur appartenance religieuse dans l'espace public. Très pieux (la charia a une grande importance pour eux, sans passer devant la loi de la République), ils sont souvent favorables à l'expression de la religion au travail, et ont très largement adopté la norme halal comme définition de "l'être musulman". Ils rejettent très clairement le niqab et la polygamie et acceptent la laïcité.

Les "autoritaires" forment le dernier groupe, soit 28 % de l'ensemble (environ 800.000)  Ils sont majoritairement jeunes, peu qualifiés et peu insérés dans l'emploi. Ils vivent dans les quartiers populaires périphériques des grandes agglomérations. Ce groupe se définit davantage par l'usage qu'il fait de l'islam pour signifier sa révolte vis-à-vis du reste de la société française que par son conservatisme et  constitue le vivier potentiel de l’Islamisme radical. Elisabeth Schemla titre son article rendant compte de l’enquête Montaigne dans Le Figaro du 24 septembre 2016 : ». « La frontière entre islam et islamisme est plus poreuse qu’on ne le disait

 

E/ DETERMINATION A USER CONTRE NOS ENNEMIS DE LA PUISSANCE REQUISE

(Mais nous sommes malheureusement indéterminés)

 

13/ Reniement des racines européennes 

Nous nous sommes, de plus, de façon volontaire, affaiblis culturellement face à cette immigration massive : L’Europe est née sous X, Le  Préambule de sa constitution déclare bien s’inspirer « des héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe », mais ceux-ci demeurent  anonymes, ce déni de filiation, refus  d’appeler par leur nom, CAD grec, romain et judéo-chrétien,  ces racines constitue un affaiblissement culturel,  volontaire,  de l’Europe.

 

14/Tentation pacifiste et vulnérabilité

Selon Jean-Baptiste Vouilloux, auteur du livre,  « La démilitarisation de l’Europe, un suicide stratégique », nous,  européens sommes confrontés aux dividendes d’une longue paix.  Le projet européen a été profondément idéaliste,   persuadé que la  mondialisation serait un vecteur d’enrichissement, de paix  et de démocratisation, persuadé également que cette posture pacifiste,  vertueuse et moraliste,  aurait  une dimension normative.  A quoi bon dans ce cas, entretenir un panel onéreux de capacités militaires alors que l’Europe est pacifiée et que le recours à la force y est moralement banni ?   Or, le reste du monde ne vit pas dans un environnement aussi pacifié, et contrairement à l’Amérique du nord cernée par deux océans, l’Europe est voisine de zones d’instabilité où le  concept de surprise stratégique demeure pertinent.  L’alternative des Européens est simple, soit choisir  un véritable positionnement stratégique en consolidant leurs capacités militaires  dans le cadre d’un partenariat avec les Américains, soit devenir les vassaux  de l’Amérique, à l’instar des  Britanniques qui se sont toujours catégoriquement opposés à tout ce qui remettrait en cause la primauté de l’OTAN, primauté permettant aux Etats-Unis d’imposer leurs normes (antimissile balistique) et leurs productions d’armements au détriment des industries européennes de la branche. L’enjeu d’autonomie  stratégique, thème proposé  cette année à notre réflexion, étant également un enjeu industriel. Cette démilitarisation procède du principe aussi irénique que suicidaire qu’il suffit de ne pas se vouloir d’ennemis pour ne pas en avoir et vulnérabilise un continent européen dont la sécurité ne sera plus systématiquement garantie par les Etats-Unis. L’Europe court désormais le risque d’être marginalisée sur la scène internationale, bafouée par l’arrogance des nouvelles puissances :

«  Le président Recep Tayyip Erdogan réclame le soutien des Européens dans son entreprise de purge de l'opposition, faute de quoi, laisse-t-il comprendre, l'accord sur le contrôle de la frontière, qui protège l'Union d'une éventuelle nouvelle crise migratoire, serait remis en cause[viii] ».

L’Europe risque  enfin,  d’être exclue d’une mondialisation pleine d’opportunités, repliée sur elle-même et surtout à la merci d’une surprise stratégique destructrice.

 

F/ SURMONTER TOUTES NOS FAIBLESSES POUR Y PARVENIR

Quelles sont ces faiblesses ?

 

15/Déficits démographiques et immigrations

Notre première faiblesse est démographique, trois pays d’Europe seulement dont la France se situent au dessus du seuil de reproduction, l’Irlande étant à 1.99, 13 pays sont entre 1.5 et 2 tous les autres sont inférieurs à 1.5 donc sujet au décroissement de leur population, or les tiroirs-caisses de notre économie européenne de la demande ont besoins de clients, d’où l’ouverture à  l’immigration soutenue et recommandée par Bruxelles. Les immigrations successives se sont insérées  pacifiquement dans le paysage français, public et privé, sauf une, victimaire, revancharde, et porteuse de haine en son sein : l’islam maghrébin et oriental.

 

16/les idéologies à l’origine des doutes,  des renoncements et des collusions

La première est  la version  millénariste des droits de l’homme, c'est-à-dire porteuse d’une nouvelle promesse de paradis sur terre. Cette idéologie  rejette  toute différence entre les groupes  humains, différences rejetées comme essentialistes, tout en stigmatisant et essentialisant l’homme blanc[ix]. Elle refuse en particulier d’admettre la résistibilité des régimes arabes à la démocratisation[x] . Cette   idéologie établit  les droits de l’individu comme supérieurs à celui des états et les sociétés, allant ainsi  jusqu’à entraver la défense de  ceux-ci. Preuve en est le recours français à l’article 15 de la CDHE, en même temps qu’était décrété  l’état d’urgence après les attentats du Bataclan[xi]. Sans ce recours suspensif - sauf de l’article 2 - nos forces de police, nos forces armées, nos services de renseignements, auraient trop perdu de leur efficacité pour assurer notre défense et prévenir de nouveaux attentats[xii].

La seconde idéologie est le multiculturalisme comme agent de déconstruction de la culture occidentale. Cette idéologie du relativisme culturel est venue occuper la place laissée vide par l’idéologie communiste discréditée par les  catastrophes commises en son nom. Le  culturel s’y est substitué à l’économique et   la destruction de l’Occident à celle du capitalisme, avec comme moyen  l’éviction de l’idée la nation au profit de  la société diversitaire[xiii],  sans normes ni culture communes, pour, au final, abattre la République issue des Lumières[xiv]

 

17/Intimidations : Islamophobie et  repentance coloniale

L’Islamophobie est une invention pour empêcher tout débat[xv], et a été utilisé comme tel pour faire taire le journaliste Kamel Daoud,  qui,  à l’occasion des agressions sexuelles de la Saint Sylvestre 2015 à Cologne avait en effet évoqué comme cause de ces agressions la frustration sexuelle masculine du monde arabe évoquée dans mon point 1, « Islamisme et modernité ». Dans ces procès en «islamophobie» intentés publiquement, sur telle ou telle tribune, dans les médias traditionnels ou sur les réseaux sociaux, à tous ceux qui refusent toute complaisance avec l'islamisme politique notamment, le verdict est ainsi toujours prononcé avant même que le procès ait eu lieu.  Un large milieu originaire surtout des secteurs culturel,  médiatique et universitaire  se comporte de manière très complaisante avec l'islamisme. Cette complaisance va parfois jusqu'à la complicité voire la compromission, elle nécessite un évitement de la réalité qui permet son déni. [xvi].

IL nous faut, de même,  mettre fin à la doxa martelée de la  repentance coloniale ce succédané laïque du pêché originel qui nous est infligé depuis tant  d’années. Dans cette  figure d’intimidation, le colonisateur est d'ailleurs lui-même essentialisé (ici c’est permis)  comme homme blanc occidental européen etc. La finalité est de nous imposer l’idéologie multiculturelle et nous dissuader  de regarder de plus près la réalité des décolonisations africaines, caractérisées, du nord au sud, à de rares exceptions, par la disparition de l’état de droit au profit de l’état néopatrimonial et de  la corruption.

Dans le  chaos[xvii] mondial,  qu’ils gèrent autant qu’organisent, les Etats-Unis ont concédé à la France, pour reprendre une fois encore Dominique Moisi, le rôle de shérif adjoint, ce que les dirigeants français ont, grosso modo, accepté, y compris le soutien du Qatar aux Frères musulmans et le financement de l’islamisme qui nous accable par l’Arabie saoudite alliée des Etats-Unis[xviii]

Le bon shérif-adjoint  doit admettre  qu’il existe un ennemi intérieur, l’islamisme. La stratégie de conquête territoriale des islamistes consiste  à intimider les populations, l’espace une fois occupé, comme déjà dans certaines fractions du territoire en Seine Saint Denis par exemple, ou à Trappes, les Islamistes y imposent  l’application de leur loi dans son intégralité, c'est-à-dire l’abolition de  toute altérité[xix].  Le problème est d’autant plus grave que les islamistes  obtiennent parfois l’appui politique d’élus locaux clientélistes[xx].

Il est impératif d’opérer une distinction radicale, politique, légale et judicaire, à la hauteur du radicalisme ennemi, entre organisations, associations musulmanes et mosquées républicaines et ceux qui prétendent substituer leurs pratiques politico-religieuses aux lois de la République voire détruire celle-ci[xxi]. Consolider notre force morale en surmontant nos  doutes et nos faiblesses doit rester notre  priorité absolue : le bon shérif-adjoint  devra plutôt  s’inspirer du « Sanglot de l’homme blanc[xxii] », de Pascal Bruckner  et non  proposer le désarmement général comme la candidate écologiste aux élections présidentielles de 2012 ou verser des larmes devant les caméras comme l’a fait la cheffe de la diplomatie européenne – s’il existe une telle diplomatie –en réponse aux attentats de Bruxelles.


III PROPOSITIONS : Quelle puissance pour la France et l'Europe au service de la sécurité demain?

La sécurité est un état à rechercher, à assurer alors que la puissance est un moyen. On ne peut renoncer aux actions de puissance sous prétexte d'assurer sa sécurité. Ce serait une politique de court terme alors que les solutions aux problématiques de sécurité s’inscrivant dans le très long terme, exigent adaptabilité et pragmatisme.

Le monde  reste partagé entre sociétés ouvertes, en nombre limité,  pratiquant entre elles de la sécurité coopérative et un monde fragmenté  marqué par l’absence de véritable Etat et livré au chaos.

Notre approche de ces deux mondes doit se faire avec des standards différents sans pour autant exclure une légitimation des interventions autant que faire se peut par la communauté internationale.

Pour la France, intégrer la pertinence du concept de sécurité nationale qui associe sans les confondre politique de défense, politique de sécurité intérieure et de sécurité civile, politique étrangère et politique économique pour la prise en compte globale du traitement d'une menace à la fois  intérieure et extérieure.

La France s'assume comme une puissance responsable, avec des valeurs, mais réaliste, elle ne peut s'engager sur de multiples territoires et doit privilégier les engagements là où elle a des intérêts à protéger.

Nous ne devons pas nous focaliser uniquement sur la menace terroriste. En effet, la médiatisation et les enjeux ne doivent pas nous amener à sous estimer les menaces traditionnelles (phénomène concomitant de montée en puissance et de posture belliqueuse de certains pays).

Chacun doit savoir que la sécurité ne s’obtiendra que par le courage, l’effort (notamment budgétaire), l’acceptation de contraintes individuelles et collectives en matière de contrôle et de sécurité et une cohésion sans faille de la communauté nationale.

L'Assemblée Générale des Nations-Unies, sorte de Sainte Alliance qui veille sur l'équilibre général du monde, dont les objectifs sont de faciliter la coopération dans le droit international, la sécurité internationale, le développement économique, le progrès social, les droits de l’homme et la réalisation à terme de la paix mondiale, reste, pour trop souvent le lieu des discours stériles. Toutefois le Conseil de sécurité de l’ONU, depuis sa création, fonctionne plutôt bien en termes de sécurité globale du monde : il n'y a pas eu de guerre majeure de haute intensité depuis 1945.

Ce « bon fonctionnement » vient sans doute du fait les membres du Conseil de sécurité de l’ONU sont des puissances nucléaires capables d'imposer la paix par la force et rappelons que dans ses principes de genèse le conseil de sécurité réunissaient les pays ayant cette capacité. L’UE, lourde, lente et n’anticipant rien, n’est d’aucun poids dans les relations internationales, seuls les plus optimistes en font un acteur en devenir.

 

G/ INTEGRATIONS EUROPENNES

 

18/Des propositions pouvant raisonnablement s’intégrer dans une dimension européenne en l’état actuel de l’U.E.

Cette intégration pourrait concerner les fonctions de défense liées à la défense du continent européen (a condition que leur emploi ne soit pas empêché par les controverses entre états européens sur les engagements extérieurs liés aux différentes politiques étrangères) : unités de garde-côtes et de souveraineté des eaux territoriales et des ZEE des pays européens, unités blindées, de la défense aérienne (supériorité aérienne et capacités sol-air) pourraient être envisagées. Là où le consensus est difficile, ces actions pourraient s’initier par des coopérations renforcées d'Etat volontaires.

Sur le plan de la sécurité, Poursuivre l'indispensable travail de renforcement des services de renseignement, de cybersécurité, de force de police classique, du budget de la justice (magistrats et prisons).

 

19/La cyber sécurité est un enjeu essentiel dont la prise en compte pourrait aboutir à la montée en puissance d'une dissuasion cyber européenne.

La renégociation des accords de Schengen devrait permettre un rétablissement d'un contrôle aux frontières : effectifs et configurations à la frontière permettant à la fois capacité de contrôle et fluidité du trafic. La libre circulation des personnes et des marchandises reste la norme mais une possibilité de contrôle aux frontières doit s’instaurer tant que les politiques pénales et judiciaires ne sont pas harmonisées.

 

20/le concept européen d’intervention non létale

Donner à l’ensemble de pays européens plus de lisibilité internationale en particulier sur le plan de la défense avant qu’il ne soit trop tard devient essentiel.

Les annonces du nouveau président des Etats-Unis peuvent nous conforter sur ce projet.

De plus vers 2040, la majorité hispanique des USA n’aura plus de liens historiques avec le vieux continent et les USA se désintéresseront probablement du vieux continent.

L’OTAN qui travaille à sa transformation sera-t-elle encore un parapluie ?

Alors, il est temps de revoir les traités fondateurs de l’U.E. et d’abandonner notamment le concept d’intervention non létale qui s’y trouve.

 

H/ PROPOSITIONS CONCERNANT LA FRANCE .

 

21/Interpeller l’U.E.

Les dangers qui nous menacent n'ont pas de frontières et visent aussi directement nos partenaires européens. La défense française bénéficie de fait aux pays de l’Union européenne. Il est légitime, comme nous le martelons depuis plusieurs années, comme le souligne désormais nos autorités politiques que les dépenses de défense soient écartées du calcul du taux d’endettement des pays de l’Union européenne, que les efforts de défense et de sécurité assumés par la France soient partagés par les pays de l'Union Européenne (participation des armées et/ou contribution financière), et pourquoi pas, dans une démarche certes un peu provocatrice, proposer d’utiliser l’excellence opérationnelle reconnue aux armées françaises pour assurer la protection de l’ensemble des pays membres de l’Union européenne, ces derniers contribuant au budget dédié à la réalisation de cette mission.

 

22/La France.

La France, c’est 11 millions de Km2 d’espace de souveraineté, enjeu de croissance et de puissance (pêche, ressources sous-marines).Il s’agit de défendre en premier lieu ce qui est essentiel à la survie de la Nation et préserver son potentiel économique. Les premiers moyens en sont les outils de renseignement associés à un réseau diplomatique puissant.

Il convient de conserver notre dissuasion nucléaire dans son concept actuel tout en participant à la construction d’une dissuasion cyber européenne.

Il faut conserver la mise à niveau de capacités de projection sur n'importe quel point du globe : volant permettant de se projeter sur les zones d'intérêts et volant qui serait financé et géré par coopérations renforcées au niveau européen.

Toutefois on ne peut faire l’impasse des capacités de force spéciales et de forces d'intervention à partir de porte-avions ou de pays non controversés plutôt que de multiplier les implantations dans les pays peu sûrs.

 

23/cohérence

La cohérence de notre diplomatie et de nos intérêts stratégiques doit nous amener à reconsidérer notre politique étrangère, à désigner clairement l'ennemi extérieur et ses soutiens (risquer le terrorisme si nos intérêts sont en jeu mais non au nom d'une idéologie). I faut revoir nos alliances pour retrouver de la cohérence. Entretenir des relations diplomatiques mais pas forcément d'alliance avec des pays avec lesquels on le doit mais qui ne partagent pas les même valeurs.

Cette cohérence viendra peut-être en partie :de notre indépendance énergétique  portée notamment par une économie « verte » de transition, d'une réorientation de nos exportations en particulier d'armement vers des zones géopolitiques plus en cohérence avec nos intérêts stratégiques, et enfin d'un contrôle accru des investissements étrangers en France et en Europe (ceux des États du Golfe).Par ailleurs, garder un dialogue avec la Russie est une nécessité pour changer la donne géopolitique et participer à un recentrage européen.

Cette nouvelle donne est à prendre en compte dans le processus de transformation de l’OTAN pour rouvrir plus largement le dialogue OTAN-Russie qui devrait permettre à terme une solution politique à la crise ukrainienne.

 

24/Capacités

Si notre volonté est comme il l’est annoncé de conserver un statut de puissance moyenne pesant sur le monde, ne pouvant le faire dans le domaine économique (regard réaliste et non pas décliniste), comment ne pas rappeler le rôle politique essentiel et spécifique d’un dispositif militaire cohérent et suffisant dans notre lisibilité internationale et ce dans le dispositif plus global de la Sécurité nationale.

Ce qui signifie que nous devons être particulièrement vigilants à conserver des capacités conventionnelles complètes et suffisantes, comprenant des capacités d’interventions extérieures nécessaires à la protection de nos intérêts, au respect des accords internationaux qui nous concernent.

Une rupture de nos capacités conventionnelles discréditerait de fait, par ailleurs, notre dissuasion nucléaire.

Les capacités opérationnelles de nos soldats sont remarquables et doivent être maintenues. Je pense en particulier au cycle de préparation de nos militaires qui doit être préservé.

Les matériels qui s'usent, des savoir-faire qui disparaîtraient, si une surprise stratégique s'imposait à nous, nous ne serions sans doute pas en capacité d'y faire face.

L’enjeu est de taille…Les événements tragiques de 2015 et 2016 semblent avoir joué dans la prise de conscience de cet enjeu. Le concept de « garde nationale » français permet de mettre en synergie les différentes réserves dont il faut poursuivre le développement.

Notre sécurité passe aussi par une augmentation des effectifs de toutes les institutions de défense et de sécurité.

Un redéploiement important des ressources financières de l’Etat vers les fonctions régaliennes de sécurité nationale et de défense est le prix à payer pour demeurer libre.


CONCLUSION

La puissance est concept multiforme, évolutif et complexe qui repose sur des fondamentaux comme le territoire, les hommes et la volonté.

Les contours et les moyens de la puissance, donc de la sécurité sont à redessiner en permanence. L’incertitude reste une constante, mais ceux qui se détournent de la recherche de puissance ont "toutes les chances de sortir des premiers rangs".

Le souvenir traumatisant des guerres européennes du passé, le confort des « dividendes de la paix » de la fin du XXème siècle et du tout début du XXIème siècle nous ont installés dans un persistant déni de la dangerosité du monde, en particulier de celle du terrorisme.

«L’U.E. doit cesser de renoncer à la puissance et la France doit travailler à renforcer sa puissance pour continuer à peser sur les affaires du monde.

 Fait majeur, rupture stratégique peut-être. La France a invoqué l’article 42-7 du Traité de l’Union européenne, et non pas l’article 5 du traité de l’OTAN lors des attentats meurtriers de 2015 qui l’ont frappée. Une nouvelle étape de la construction européenne semble s’imposer aux dirigeants responsables des pays de l’U.E,  nouvelle étape qui devra prendre en compte la vulnérabilité de nos sociétés ouvertes dans un monde hostile et dangereux. Cette nouvelle étape nécessite la révision des traités fondateurs.

 Une grande politique européenne doit reposer simultanément sur des intérêts, des valeurs et des responsabilités, ainsi qu’une convergence des objectifs impliquant un engagement intellectuel et moral.

Pour ce qui concerne la France, est-il pensable qu’un pays puisse se faire reconnaître sur la scène internationale sans défense crédible ?

Peut-on penser que l’affaiblissement de notre outil militaire n’aurait pas un impact sur les capacités de résilience des institutions et des populations ? Même si nos populations se sont éloignées des préoccupations de défense ?

Ainsi, la puissance militaire française, donne à la France une influence que ses autres ressources ne lui permettent pas, est un outil d’influence culturelle au travers du réseau diplomatique et de coopération militaire. Si l’avenir de la France est dans l’Europe, l’avenir  dépend largement de sa capacité à garder une puissance militaire.

 

Plus globalement, comment redonner à la France un maximum d’autonomie stratégique ?

Ce sera notre étude du cycle 2016-2017.

Notes de renvois.



[i] Thierry de Montbrial, Le Figaro, 26 janvier 2017

[ii] A. Meddeb, la maladie de l’Islam, Points Essais, p. 16.

« le sujet d’Islam, dans l’horizon de sa propre territorialité symbolique et linguistique, reste exclu de l’esprit scientifique : il n’est pas dans le concept de l’avion, ni dans son invention, ni même dans sa fabrication, mais il peut conduire admirablement l’engin volant et aller jusqu’à le détourner » id. p. 23

[iii] Jacques Heers, les négriers en terre d’Islam, Perrin, 2008

[iv]  Pierre Vermeren, Le Figaro le 10/03/2016

[v] Jan Kubis, auditionné par le Conseil de sécurité de l'ONU AFP , 06/05/2016

[vi] David Cumin, « l’ennemi intérieur dans la pensée de Carl Schmitt », Etudes polémologiques n° 53, p. 91-137

[viii] Nicolas Barotte, « Merkel face à la pression de plus en plus forte d’Erdogan », Le Figaro 30/01/2017

[ix]«  il suffit d'être homme, blanc, hétérosexuel et de préférence de culture chrétienne, telle 'est la conception archaïque et dépassée que propose aujourd'hui la France en ayant l'outrecuidance et la suffisance de penser que son modèle est idéal ». Virginie Martin, membre du Tihn Tank Terra Nova,  : « Sonner le glas de la France d’Astérix », Le Monde, 12 mai 2011.

[x] Nadine Picaudou, L’islam entre religion et idéologie. Essai sur la modernité musulmane, Paris, Gallimard, coll. «NRF essais», 2010, 310 p, Pierre Vermeren,  Le choc des décolonisations, op. cit. p. 202.

[xi] https://revdh.revues.org/1778 : A la suite des attentats survenus le 13 novembre 2015, l’état d’urgence a été décrété selon le cadre législatif posé en 1955, actualisé par la loi du 20 novembre 2015. Parallèlement à la mise en œuvre de ce régime d’exception, la représentation permanente française a informé le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe de la volonté de déroger à la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) sur le fondement de son article 15.

[xii] Jean Luc Harouel, Les droits de l’homme contre le peuple, Desclée de Brouwer, 2016

[xiii] « GB : Enquête sur les tribunaux islamiques », Le Figaro, 26 mai 2016.

[xiv] Mathieu Bock-Côté, le multiculturalisme comme religion politique, Edictions du cerf, 2016.

[xv]  Thierry de Montbrial, La Libre Belgique, 28 mai 2016

[xvi] Pascal Bruckner : « L’islamophobie est une invention pour interdire le débat », Le Figaro, 27/01/2017

[xvii] « A conditions que le chaos continue au Moyen – Orient », Viola Davis, as, Marylin richards, CIA Chaiwoman, in, » Syriana », film de Stephen Gaghan, 2005, d’après « La chute de la CIA », mémoires de Robert Baer, op. cit.

[xviii] Le fondamentalisme islamique menace les mosquées belges :  « un rapport officiel souligne le nombre croissant de lieux de culte et de centres souvent financés par l’Arabie saoudite, sous l’emprise des Salafistes dans le royaume », Isabelle Ory, Le Figaro, 9 février 2017.

[xix] la maladie de l’Islam, p. 45

[xx] « Il faut s’opposer aux communautaristes » – Patrick Amoyel | Actu prévention sécurité | France | Publié le 07/04/2016

[xxi]https://webmail1g.orange.fr/webmail/fr_FR/download/DOWNLOAD_READ_PDF.html?IDMSG=57028&PJRANG=2.2&NAME=La+parole+est+aux+Salafistes+Entretiens+en+mars+et+avril+2016.pdf&FOLDER=INBOX

Le Sanglot de l'homme blanc", par Philippe Bernard  LE MONDE | 14.08.2008

Le Sanglot de l'homme blanc, Pascal Bruckner Seuil, 2002, 300 pages, 7,50 €99